Interview

L’interview décalée : Alain Souchon

29/10/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 176 | Par Richard Zampa

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Entretien. Alain Souchon se produira le 9 novembre au Zénith de Dijon. Mais avant ce rendez-vous, la Gazette a gratté, non sans une pointe d'impertinence, l'intimité de ce chanteur discret, lucide, mélancolique et souvent drôle.

Entretien. Alain Souchon se produira le 9 novembre au Zénith de Dijon. Mais avant ce rendez-vous, la Gazette a gratté, non sans une pointe d'impertinence, l'intimité de ce chanteur discret, lucide, mélancolique et souvent drôle.
Entretien. Alain Souchon se produira le 9 novembre au Zénith de Dijon. Mais avant ce rendez-vous, la Gazette a gratté, non sans une pointe d'impertinence, l'intimité de ce chanteur discret, lucide, mélancolique et souvent drôle.

LA GAZETTE : On se tutoie ou on se vouvoie ?
ALAIN SOUCHON : On se tutoie ! Il n’y a pas de problème, on est amis depuis si longtemps… au moins une minute.
Qu’est-ce qui ne va pas, aujourd’hui, Alain ? On te sent triste, presque désespéré… Je veux bien écouter d’où vient ta peine si tu veux ?
Depuis toujours, mes chansons et mes disques sont mélancoliques. Je trouve qu’on a tous un peu cet état d’esprit en nous. Le problème, c’est que dans la vie, on n’a pas le droit de dire qu’on est triste ou mélancolique. Alors, nous, chanteurs, on le chante. À la radio, on se dit que ça fait du bien d’entendre quelqu’un qui est mélancolique, qui chante son mal-être. Ça doit rassurer.
Tu ne vas pas faire de connerie au moins… Pas la même année que Michael…
Non, non, non. Surtout pas (rires).
Pourtant la vie te sourit. Tu es un artiste respecté, aimé, populaire… On se révolte généralement à 20 ans, moins à 60.
Oui, mais je crains d’avoir gardé mes 20 ans au fond de mon cœur. J’ai la chance de faire un métier qui me fait rester un grand adolescent, tu sais.
Est-ce à dire que tu rajeunis avec le temps ?
Exact.
Es-tu plus malheureux aujourd’hui qu’à 20 ans ?
Je ne suis pas malheureux, je suis juste mélancolique.
Où est passée ta soif d’idéal ?
Elle est toujours là. Mais on est tous un peu déçus par la vie quotidienne. On a aujourd’hui envie d’autre chose.
Qu’est-ce qui te révolte le plus ? Les impôts ? Les patrons ? Sarkozy ? Non, je sais, le Che…
(Rires) Non, le Che ne me révolte pas, il est plutôt rigolo. Tout le monde l’adore mais il a une part d’ombre comme tous les hommes et il ne devait pas être un type aussi bien qu’on veut bien le laisser entendre. Ce qui me révolte, c’est la vie comme elle est. C’est de se lever tôt, à six heures du matin, pour emmener ses enfants à la crèche, à l’image de ces filles qui travaillent chez Virgin et qui ensuite prennent le train, vont travailler et rentrent le soir à vingt et une heures. C’est dur de concevoir cette vie-là, vraiment dur.
C’est ton côté rebelle, ça ?
C’est juste révoltant. On a tous un peu envie de taper dans la fourmilière.
Es-tu un artiste « engagé ou dégagé » comme disait Desprosges ?
Je ne sais pas.
Sais-tu combien tu as gagné depuis que tu es connu ?
Ah non. Mais j’ai dû gagner pas mal. Je n’ai pas de complexe de ce côté-là car le système des impôts fait que j’ai donné 60% de tout ce que j’ai gagné depuis le début de ma carrière. Je partage avec les gens. Quand je gagne 100 balles, j’en redonne 60, c’est plutôt sympa, non ?
Qu’est-ce que tu chantes le matin sous la douche ?
(Fredonnant) La Paloma adieu, adieu les roses… une vieille chanson d’une Espagnole militante, un peu révoltée qui chante cet air que j’adore.
La télé, tu zappes ?
Oui surtout qu’il y a beaucoup de chaines désormais. Pour tout te dire, je ne regardais pas la télé avant. Mais depuis l’arrivée de tous ces bouquets, je regarde Odyssée, Histoire, des chaines de cinéma car j’aime particulièrement les vieux films.
Comment va Laurent (Voulzy) ?
Je crois qu’il va bien. Il m’a appelé ce matin mais je dormais. Tiens, tu me fais penser qu’il faut que je le rappelle.
C’est quoi la chose la plus dingue que tu aies faite pour une femme ?
Traverser la nuit la France entière pour aller la voir un quart d’heure, en me disant « pourvu que j’arrive à l’heure et qu’elle ne soit pas déjà partie ».
Pourvu qu’elle soit seule surtout…
(Rires) Oui, c’est vrai, je n’y avais pas pensé…
T’es-tu déjà servi de ta notoriété pour entrer en boîte ou réserver une table dans un restaurant ?
Oui.
Avec qui passerais-tu un week-end sous les palmiers : Ségo, Carla ou Frédéric Mitterrand ?
La mieux roulée, c’est évidemment Carla et elle aime la musique en plus… Je ne sais pas… Oui, allez, je vote Carla car elle joue de la guitare, écrit des chansons. Là, au moins, on sait de quoi on parle. Mais j’aime bien aussi Ségolène Royal et Frédéric Mitterrand.
Si tu ne devais garder qu’une seule de tes chansons ?
J’ai dix ans car ce n’est pas une chanson, c’est un gimmick. Elle m’a tellement apporté de notoriété et de gentillesse. Je l’aime beaucoup.
Au fait, j’ai téléchargé ton dernier album sur le Net, tu m’en veux ?
Non, c’est la vie, c’est comme ça maintenant. En réalité, ce n’est pas toi qui es méchant, c’est le système.
La dernière fois que tu t’es vraiment mis en colère, c’était quand et pourquoi ?
C’était un mec qui m’avait dit qu’il avait téléchargé mon dernier album sur le Net. Ça m’a bien énervé.
Tu fais quoi dans une heure ?
Je vais boire du thym et je vais au Casino de Paris pour répéter avec mes musiciens et voir si toutes les lumières sont bien accrochées car je commence ce soir (ndlr : entretien réalisé le 20 octobre).
Tu n’en as pas marre de mes questions à la con ?
Non… j’ai l’habitude .



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