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29/10/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 176 | Par Jérémie Demay

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Générosité. Le don d'organe est encore trop souvent un sujet tabou. Pourtant, en parler avec ses proches peut sauver des vies.

Générosité. Le don d'organe est encore trop souvent un sujet tabou. Pourtant, en parler avec ses proches peut sauver des vies.

LA GAZETTE : Quel est l’état des greffes aujourd’hui ?
JEAN PAUL PITTET, PRÉSIDENT DE FRANCE ADOT 21 (ASSOCIATION POUR LE DON D’ORGANE ET DE TISSUS HUMAINS DE CÔTE-D’OR) : À la fin de l’année 2008, plus de quatorze mille personnes avaient demandé une greffe. Seulement quatre mille six cent vingt ont été greffées. Les demandes ne sont pas identiques. Les organes les plus demandés sont les reins. L’an passé se sont déroulées deux mille neuf cent trente-sept greffes de reins en France. Il en manquait encore. En France, le don d’organe est très encadré par la loi. 93% des prélèvements sont réalisés sur des personnes en mort encéphalique. Le prélèvement s’opère donc post-mortem. Le problème est que les morts encéphaliques ne sont pas très courantes. La preuve, cela concerne un décès sur cent cinquante.
Tout le monde peut-il donner ses organes ?
L’essentiel, c’est la volonté de la personne. Il faut qu’elle ait fait ce choix d’accepter qu’on lui prélève un ou plusieurs organes, si elle est en mort encéphalique. Ensuite, il faut savoir quelles personnes pourront être prélevées. Seul le corps médical peut le décider. Les antécédents médicaux bloquent environ 20% des prélèvements. Tout le monde ne peut pas donner ses organes. Les personnes séropositives ne seront prélevées en aucun cas. Pour celles ayant une hépatite, cela dépend, seul l’avis médical est important. De la même manière, les personnes ayant eu un cancer, il faut qu’elles soient en rémission totale depuis au moins cinq ans.  De plus, il faut regarder quel organe a été touché. C’est pourquoi, dans certains cas bien précis, ces personnes pourront être prélevées.
Si la personne n’a pas de famille ?
Les médecins, vont d’abord se connecter sur le fichier national du refus. Ainsi, ils sauront si le sujet est opposé au prélèvement. Si c’est le cas, la question ne sera plus abordée. Dans le cas contraire, les médecins vont demander aux proches quelle était la volonté du défunt vis-à-vis du don d’organes. S’il était pour, tous les examens médicaux sont effectués à ce moment.
Imaginons que le défunt ait sa carte de donneur. La famille a-t-elle le droit de refuser ?
Hélas oui ! D’ailleurs l’un des rôles essentiels de notre association c’est de sensibiliser les gens. Quelqu’un de prélevé peut sauver de trois à sept vies ! Ceux souhaitant prendre une carte, nous leur disons qu’il leur reste deux choses à faire. Premièrement, dire leur volonté à un maximum de monde. De plus, il faut qu’ils préviennent leurs proches : « si un jour il m’arrive un accident, ma position est d’être prélevé, et je vous en prie, respectez-la. »
Les familles ont-elles le droit d’agir de la sorte ?
Selon la loi bioéthique de 2004, le corps médical a l’obligation de s’informer auprès des proches (famille, voire amis) de la volonté du défunt.  Les personnes contactées peuvent donner la version qu’elles souhaitent. Les cartes que nous distribuons ne sont qu’indicatives de leur volonté. Elles ne sont pas légales, comme l’est le registre national du refus.
Est-ce le poids de la culture et de la tradition française ?
La culture a bien sûr un impact. Actuellement, notre travail est d’accompagner l’évolution des mentalités. Pourtant, les grandes religions monothéistes sont pour le don d’organe.
La baisse du nombre des morts sur les routes a-t-elle une réelle incidence sur les dons d’organe ?
Oui, et c’est une bonne chose. Une personne vivante et en bonne santé est préférable à une autre qui a été greffée. La baisse, conséquente, a été « compensée » par l’augmentation considérable des accidents vasculaires cérébraux. Aujourd’hui, près de 70% des personnes prélevées le sont à la suite d’un AVC .



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