Braquo dépôt
26/11/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 180 | Par Jérémie Demay

CASQUETTE à la Jamait vissée sur la tête. Le regard est attentif au moindre mouvement. Son visage arrondi pourrait le rendre bonhomme, mais sa barbe de trois jours et son blouson en cuir lui donnent un air de Titi parisien qu’il ne vaut mieux pas embêter. Pourtant, David Defendi est un vrai gentil. Sans se laisser marcher sur les pieds, sa principale préoccupation est l’humain. Son autre passion : les coups tordus. Qu’ils soient menés par des barbouzes, les services secrets, et même la police, David en raffole. Ce n’est pas pour assouvir un délire conspirationniste, mais le Dijonnais est tombé dedans quand il était petit. En effet, son père était agent secret… D’ailleurs, c’est grâce à une des histoires de son paternel que David écrit son premier livre : L’arme à gauche. L’auteur y explique comment dans les années 70, les services secrets français ont infiltré la gauche prolétarienne. Cet ouvrage rencontre un réel succès. David commence à se faire un nom.
Un jour pas comme un autre, en prenant le train, David tombe sur Olivier Marchal. Le réalisateur de 36 Quai des Orfèvres a lu L’arme à gauche. Marchal a même beaucoup apprécié cette histoire terriblement proche de son univers de prédilection. La conversation s’engage. « Nous nous sommes dit qu’il fallait qu’on travaille ensemble » se souvient David. « Il avait déjà le scénario de Braquo, alors j’ai pris le train en marche » précise-t-il. Braquo sur les rails, David et Marchal continuent a très bien s’entendre. Leurs idées sont très proches. Notamment sur la police d’aujourd’hui. Fini la représentation du policier en Pinot simple flic. Ce que veulent les deux compères : montrer la réalité. Après, pour les besoins de la série télé, le scénario n’est pas calqué sur le rythme du quotidien, tout en restituant bien le ras le bol des policiers. « Les flics deviennent le fusible de la société. En plus, ils ne sont plus soutenus par leur hiérarchie. Sarko les laisse dans la merde » s’agace David. Pudique sur sa vie, son parcours et ses œuvres, David se lâche quand la condition de la police est abordée. Difficile même de l’arrêter : « Tous les flics ne sont pas sarkozystes ! La société refoule ses problèmes sur les fonctionnaires. C’est une vraie erreur. » Sentant que l’entretien s’éloigne doucement de son objectif premier, David reprend son souffle. « Dans Braquo, nous ne faisons pas l’apologie de la police. Bien sûr, nous retrouvons le mythe du type solitaire. Mais ça reste du cinéma. Nous ne sommes pas là pour faire la morale. »
A la table d’à côté, deux jeunes hommes l’écoutent, très intéressés. Des fans de la série sans doute. Pourtant, après plusieurs minutes, David interpelle l’un deux pour trouver un appui à sa réflexion. Surprise, il y a un policier en repos dans le lot. Il prend part à la discussion. L’individu est de type européen, yeux bleus, corpulence moyenne, mesurant un mètre quatre-vingts… Il est totalement d’accord avec David. Sur le manque de soutien, le manque de formation et le recrutement des nouveaux, la politique du chiffre… Ce dernier point le fait bondir : « La politique du chiffre est un leurre » et le policier d’acquiescer et de donner un exemple : « Plus nous avons d’affaires résolues, plus notre chef touchera une belle prime ». Ensuite, il explique en substance qu’il est plus facile d’attraper un jeune avec du shit, que de chercher son vendeur… en tout cas, c’est plus rapide pour remplir la case « affaire résolue ».
Braquo est une fiction. Pourtant, son univers est calqué sur la réalité. Dans la série, on voit des policiers désorientés dans une société qui ne veut plus les comprendre. Dans la vraie vie, bien sûr, certains dérapent, comme l’a déjà raconté la Gazette du 2 juillet dernier, mais beaucoup sont exaspérés. Les suicides chez France télécom font l’actualité, mais les policiers connaissent le même malaise. La série n’a pourtant pas pour but d’être un documentaire. « Avec Marchal, on trouve la nostalgie de la police qu’il a connue dans les années 80. Les flics critiquent Braquo pour cela. Mais globalement, la police devient comme son époque : politiquement correcte ».
La série a connu un vrai succès. L’audience a même détrôné 24 heures chrono. C’est pourquoi, la saison 2 est déjà dans les tuyaux. Pour David Defendi, les projets ne s’arrêtent pas à Braquo. Il va tourner une adaptation de l’Arme à gauche au mois de juin. De nombreuses scènes seront d’ailleurs filmées à Dijon. Le rôle phare devrait être porté par Benoit Magimel. L’univers Defendi n’a pas fini de nous faire réfléchir .
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