MUP : Coco, mais autrement
26/11/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 180 | Par Alexis Billebault

LE MUP de Robert Hue, c’est un peu le caillou dans la bottine coco. Au Parti communiste, l’initiative donne quelques aigreurs à la nomenklatura en place. L’ancien secrétaire national du PCF candidat à l’élection présidentielle de 1995, qui avait déjà pris ses distances avec la direction du parti de Marie-George a créé le Mouvement unitaire progressiste (MUP), un an après la naissance du Nouvel espace progressiste. Les persifleurs n’y verront rien d’autre que la création d’une énième crèmerie d’une gauche éparpillée « façon puzzle. » Mais pas Claude Pinon, le vice-président du conseil régional, qui fait partie, avec Michel Julien et André Gervais, deux adjoints communistes de François Rebsamen, de cette formation politique « au-dessus des partis », explique-t-il.
Claude Pinon a pris acte des vociférations entendues depuis l’immeuble dessiné par Oscar Niemeyer, place du Colonel Fabien. « C’est normal, je veux bien les comprendre », déclame-t-il, la main sur le cœur, sans résister à la tentation d’une petite vacherie du genre « tout ce qui est nouveau dérange le PCF. » Lui qui affirme qu’il « est et restera communiste » aspire seulement à l’être différemment. Comme Robert Hue, qui a déjà endossé le costard du traître en allant s’encanailler avec le MoDem aux sauteries marseillaise et dijonnaise des duettistes Peillon – Rebsamen. « Nous avons simplement la volonté de vivre notre idéologie d’une autre façon. Le PCF (ndlr : Pinon y est toujours encarté) pense qu’il se suffit à lui-même, alors que depuis vingt ans, les résultats aux élections présidentielles sont en baisse importante. Une page se tourne. Je ne jette pas l’anathème sur le PCF, mais… » Mais quand on fait 2% comme en avril 2007 et qu’on se fait doubler sur son extrême-gauche par le facteur le plus célèbre de France, l’heure de se remettre en question est selon lui arrivée. Le fameux Front de gauche – téléguidé par les idéologues du parti et englobant le PCF, les dissidents du Nouveau parti anticapitaliste et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon – ne l’inspire pas. « Ce n’est pas avec cela qu’on va permettre le renouveau de la gauche… » Le MUP de Hue propose déjà des réformes : la réduction des inégalités salariales via la taxation des hauts salaires, celle du budget militaire et la fin de l’élection du président de la République au suffrage universel direct.
Du stalinisme, aujourd’hui à sa place – c’est-à-dire aux ordures – beaucoup de communistes en sont revenus. Claude Pinon préfère parler de progrès, de rencontres et de points commun entre le MUP et ses nouveaux alliés, dont le MoDem et les écolos de Daniel Cohn-Bendit. « Nous ne sommes pas d’accord sur tout, notamment les questions européennes. Mais avec le MoDem, on peut s’entendre sur certains aspects. Cela marche bien au niveau municipal, comme à Dijon par exemple. Et puis, on compte pas mal de déçus du socialisme parmi les électeurs du MoDem. » Robert Hue et ses suiveurs, qui se seraient même convertis à l’économie de marché – « à condition qu’elle soit régulée » – n’ont pas voulu faire de leur mouvement un parti, « parce que, contrairement au Front de gauche et surtout de Mélenchon, nous ne sommes pas obsédés par la présidentielle de 2012. » Mais Bayrou et les socialistes, eux, le sont…
A l’approche des élections régionales (14 et 21 mars 2010), le MUP a fait parvenir aux présidents socialistes de régions une proposition de constituer, dès le premier tour, des listes de rassemblement sur un programme de gauche. « Le PC en Bourgogne, de son côté, avait défini trois orientations », précise Claude Pinon. « Soit faire des listes communistes, soit travailler avec le Front de Gauche, soit s’allier avec les socialistes, ce qui sera le cas. » Le scrutin de mars prochain, véritable bouillon de cultures pour l’opposition émiettée, Claude Pinon veut l’imaginer comme un début d’alternative à la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement. « Il faut montrer au chef de l’État qu’en face de lui, il y a une vraie alternative, que son action qui consiste à faire des cadeaux aux plus riches est injuste », fulmine le vice-président du conseil régional, inquiet des répercussions de la suppression de la taxe professionnelle. Bah ! Woerth, conforté par Copé et sa bande de Pieds nickelés à l’Assemblée nationale, et qui ont trouvé le moyen d’aller faire les poches des accidentés du travail vont bien inventer quelque chose pour compenser cette perte de revenus des communes. « C’est comme pour la réforme des collectivités territoriales. Il a l’intention d’aller au bout de ses réformes. Et il va passer en force… » Comme si c’était le genre de Sarko… .
Revenir en haut de page





























