Emmanuel Bichot : «Â Le débat sur l’identité nationale devrait être permanent »
17/12/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 183 | Par Arnaud Bousquet

ARNAUD BOUSQUET : Vous êtes vice-président du conseil général, rapporteur du budget. Alors vous savez que ce n’est pas beau, d’être rapporteur, mais on va faire une exception en vous demandant précisément de nous rapporter ce qui attend notre département pour 2010. Y aura-t-il oui ou non un effet taxe professionnelle ?
EMMANUEL BICHOT : Il faut d’abord savoir que nous votons notre budget dès le mois de décembre, ce qui n’est le cas que dans moins d’un tiers des départements. Nous avons considéré que nous avions tous les éléments nécessaires pour construire ce budget, estimant aussi qu’il fallait donner de la visibilité aux ménages et aux acteurs économiques. C’est un budget de près de 550 millions d’euros, construit sur la maîtrise des dépenses de fonctionnement. Nous allons aussi maintenir l’investissement et nous allons même augmenter l’aide aux communes de 3 millions. Dans le budget 2010, et c’est valable pour toutes les collectivités locales, il n’y a pas d’effet taxe professionnelle parce que nous aurons la compensation intégrale des recettes que nous percevions avec la TP.
On va rappeler que vous vous êtes présenté l’an dernier aux sénatoriales sans investiture, face à messieurs Broissia, Menut et Houpert. Vous avez donc une certaine liberté de parole vis-à-vis du pouvoir. J’en reviens à la suppression de la taxe professionnelle : était-ce une bonne idée ou êtes-vous déjà inquiet pour le budget 2011 ?
On va remplacer la taxe professionnelle par un nouvel impôt basé sur une contribution foncière (les bâtiments) et sur la valeur ajoutée, qui tiendra donc compte de la performance économique des entreprises. Le tout sera moins élevé que la taxe professionnelle actuelle, ce qui représentera un allègement de charges, en particulier pour le secteur de l’industrie. De l’autre côté, les collectivités locales seront entièrement compensées de la différence entre l’ancienne TP et le nouvel impôt, par des transferts d’autres impôts de la part de l’État. Donc les collectivités vont avoir des ressources plus équilibrées.
Le débat sur l’identité nationale lancé à six mois des régionales : est-ce que ça n’est pas un formidable boomerang qui va revenir dans la tête de l’UMP en faisant grimper le Front national au dessus de 10% et donc en position de maintenir ses listes au deuxième tour ?
Ce débat est utile et devrait être presque permanent. Il est important de se redire régulièrement ce qui nous rassemble. Ce débat doit également se doubler d’un débat sur l’identité régionale, pour voir ce que ça veut dire d’être bourguignon en France aujourd’hui. Dans la perspective des élections régionales, je crois que c’est une question importante aussi. Je ne crois pas que l’on prenne de risque en ouvrant ce débat.
Vous vous êtes présenté aux sénatoriales de 2008 sans investiture. Vous n’avez pas été élu et en plus, Louis de Broissia a perdu son siège. Et en parlant des gens de droite dissidents, Louis de Broissia évoque « les petits messieurs, les connards qui se sont tiré une balle dans le gras de leur ventre. » Vous êtes tous les deux vice-présidents au département… Vous êtes assis l’un à côté de l’autre ? Vous vous parlez ? Vous vous souriez ? Ça m’intrigue !
Je ne sais pas qui Louis de Broissia visait dans cette formule mais, personnellement, je ne me suis pas senti visé. Aux sénatoriales, je regrette juste que ma candidature n’ait pas été retenue au stade des investitures. Nous aurions alors eu une liste plus représentative des territoires et plus dynamique. Mais au deuxième tour, j’ai respecté nos accords en me désistant en faveur de mes trois collègues, de manière à ne pas être responsable en quoi que ce soit de leur résultat. Louis de Broissia ne m’a jamais fait part de ressentiment à mon égard. S’il n’a pas fait le plein des voix au second tour, il y a des raisons qu’il connaît mieux que moi et qu’il est difficile de m’imputer.
On a un avocat à la tête de l’État. Vous avez été conseiller dans le cabinet ministériel du gouvernement Raffarin, ancien commercial chez Jacques Vabres. On va avoir un duel en Bourgogne pour les régionales entre un vétérinaire et un journaliste. Je me demandais si au fond, être énarque, ce qui est votre cas, ça n’était pas devenu un handicap pour réussir en politique ?
Comme dans tous les domaines, je crois qu’il y a des bons avocats, des mauvais avocats, des énarques qui restent enfermés dans leur bureau et puis des énarques qui se confrontent aux réalités et qui savent aller sur le terrain. Moi, j’espère être dans cette deuxième catégorie, en essayant de remplir au mieux mes fonctions actuelles : maire de Saint-Romain, adjoint à l’urbanisme dans la communauté d’agglomération de Beaune et vice-président chargé des finances au conseil général, à côté de mon activité professionnelle à la Cour des comptes. Je suis très heureux de ce que je fais aujourd’hui et ne serai pas candidat pour les régionales. En revanche, je soutiens la candidature de François Sauvadet qui sait écouter, dégager des priorités et rassembler pour les mettre en œuvre .
Revenir en haut de page

































