Lionel Fourré : «Le thème est contre-productif»
21/01/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 186 | Par Jérémie Demay

LA GAZETTE : Ce débat a-t-il une raison d’être ?
LIONEL FOURRÉ : Aujourd’hui, la question de l’identité nationale n’a pas de raison d’exister. On peut estimer qu’elle a été résolue au moment de la dernière élection présidentielle.
Pourquoi ?
Le président incarne le programme de la nation pendant tout son mandat. Ses discours sur la nation étaient assez forts pour que les électeurs s’identifient à ses choix politiques.
Mais alors pourquoi ce débat ?
Il est probable que la marseillaise sifflée par des Français pendant un match de foot peut troubler certains électeurs.
Ce débat arrive quelques semaines après l’intégration du Mouvement pour la France dans l’UMP. Il débarque également peu de temps avant les élections régionales. Est-ce un hasard ?
Je ne crois pas au hasard ! Il y a certainement une volonté de montrer à un certain électorat inquiet que la nation réfléchit à son évolution. Je ne pense pas que ce débat soit électoraliste. À ce jeu-là, on perd toujours. La manière dont est présenté le thème de l’identité nationale est contre-productif. Cela fait le jeu des extrêmes, et de toutes parts : religieux et nationalistes.
Pourquoi dans ces débats sur l’identité nationale ne parle-t-on que des immigrés ?
La république ne se définit-elle qu’à travers ses nouveaux arrivants ?
Quand on pose la question de l’identité nationale, cela signifie que des gens n’auraient pas d’identité. Par définition, en posant la question, on exclut une catégorie de personnes. Le débat aurait été différent si le thème avait été la définition de la nation, de la laïcité… on peut comprendre qu’une partie de la population se sente stigmatisée. On peut s’étonner que la question sous-jacente soit : qu’est-ce qu’être français ? La constitution et le code civil sont clairs là-dessus, c’est naître en France ou avoir des parents français.
Mais pourquoi faut-il définir l’identité nationale par rapport ce qu’il y a à l’extérieur ?
Effectivement, l’identité nationale ce sont des valeurs, mais c’est aussi avoir sa carte d’identité française. Après ce n’est pas parce qu’on n’aime pas la France, qu’automatiquement on n’aime pas la nation française.
Ce débat aurait-il dû avoir une dimension européenne ?
C’est un autre débat. La préfecture de Côte-d’Or a tenté de le faire. Mais ce sont deux choses différentes. On peut se sentir français et européen.
Comprenez-vous la question du débat qui s’est déroulé la semaine dernière à Vézelay : « Pratiques cultuelles et identité nationale » ?
Non, pour moi la république est laïque. Elle n’a pas à s’intéresser aux pratiques cultuelles. C’est du domaine du privé.
Ce genre d’intitulé est-il un dérapage ?
Je ne pense pas que cela soit un dérapage. Aujourd’hui, on sent bien que la laïcité est taquinée. Certaines personnes aimeraient la voir évoluer en laïcité américaine….
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