Safia Otokoré : « J’ai éconduit gentiment François Sauvadet »
03/02/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 188 | Par Arnaud Bousquet

Best of. Les meilleurs moments du Rendez-vous politique de France Bleu Bourgogne sont dans la Gazette chaque semaine. Lundi, à 18 h 45, Arnaud Bousquet recevait la socialiste Safia Otokoré, vice-présidente sortante du conseil régional et numéro deux sur la liste de François Patriat.
ARNAUD BOUSQUET : Vous êtes née à Djibouti, d’origine somalienne et devenue depuis une petite dizaine d’années, une élue de la République française. Alors je vous demanderai tout simplement ce que c’est qu’être français aujourd’hui, et s’il y a matière à en faire un débat ?
SAFIA OTOKORÉ : Non. On est français parce qu’on a choisi de vivre dans ce pays pour ce qu’il est, les valeurs qu’il porte en lui : égalité, fraternité, laïcité. C’est pour ça que je suis venue en France. J’étais prête à tout pour venir en France, rien que pour ces valeurs-là. Donc je suis un peu gênée aujourd’hui par ce débat. Encore, s’il était porté par des historiens ou des journalistes. Mais là, que ce soit un traître, Éric Besson, qui porte ce sujet, ça m’a gênée ! Ce n’était pas le bon moment et pas la bonne personne.
On a dit tellement de choses sur la burqa… Nos parlementaires sont même en train de légiférer sur son éventuelle interdiction. Je voudrais que vous nous donniez votre avis sur le port de ce voile intégral. Faut-il l’accepter comme un signe religieux et culturel respectable, ou y voyez-vous une offense faite aux femmes et à leur liberté ?
Il n’y a même pas à débattre. C’est quelque chose de contraire à l’égalité hommes-femmes. Il faut l’interdire, mais pas besoin de légiférer. Appliquons simplement la laïcité. En France, on ne peut pas venir dans les espaces publics habillées en burqa. En tant que Française d’origine immigrée et de confession musulmane, je trouve que la burqa me renvoie à une sous citoyenneté et à une femme soumise. Ce que j’ai refusé en étant là-bas, ce n’est pas pour l’accepter ici. Ça concerne deux cents femmes. Il suffit seulement d’appliquer les lois qui existent déjà. En France, on est dans un État laïc qui respecte les confessions mais qui respecte avant tout les libertés.
Vous avez été élue dans l’Yonne en 2004, cette fois vous postulez en Côte-d’Or. C’est un début d’implantation, donc logiquement vous demanderez une circonscription dans deux ans ?
Je suis depuis 2004 une élue pour la Bourgogne. Mais je suis contre le cumul des mandats. Je ne serai donc pas candidate aux législatives.
Vous qui connaissez bien le sport de haut niveau, parlons transferts : François Sauvadet, dans cette émission, faisait part de son souhait de vous avoir sur sa liste. Alors dites-nous s’il y a eu effectivement des travaux d’approche et surtout tout le bien que vous pensez de François Sauvadet…
C’est un homme charmant avec moi. Il m’a fait une proposition mais je lui ai dit que la politique n’était pas simplement une question d’amitié ou de respect. Ce sont d’abord des convictions et des idées. Je suis profondément socialiste. Et si pour lui, c’était très facile de passer de l’UDF à l’UMP, pour moi, non ! Je l’ai éconduit gentiment.
C’est devenu à la mode depuis Ségolène Royal en 2007 : on appelle ça la démocratie participative. On fait une sorte de boîte à suggestions, de grande enquête auprès de la population, on épluche le résultat et on en fait son programme électoral… N’est-ce pas le summum de la démagogie de dire « dites-moi ce que vous voulez, et c’est dans mon programme » ?
D’abord, rendons à César ce qui lui appartient : c’est François Patriat qui a eu cette idée dès 2004. On veut représenter les gens dans une assemblée qui décide de leur vie quotidienne : les lycées, la formation, les transports ou la culture. Il est donc normal de les interroger. En 2004, on a donc pu mettre en place un programme qui répondait à leurs souhaits. Là, François Patriat a consulté plus de cinq mille questionnaires de gens qui ont pris la peine de répondre et de nous dire quelles étaient leurs priorités. À partir de là, on construit un projet qu’on va maintenant populariser auprès des Bourguignons.
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Dixit Mme Otokoré : le sénateur et Président de région, actuel candidat à sa réélection, François Patriat a lui même consulté plus de 5000 questionnaires ???? Quelle abnégation ! Faudrait peut être communiquer plus en finesse, sur ce point : c’est guère crédible. Quelle a été la place accordée à la démocratie participative, la vraie, durant ce mandat ? Combien de fois le budget a été présenté, et discuté ? Quelles politiques ont été élaborées avec la participation des Bourguignons ? Ces questions sont essentielles..