Histoire

Une affaire de famille

10/02/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 189 | Par Roald Billebault

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Morbide. L’un des bourreaux les plus célèbres de l’histoire de France était dijonnais. À son actif, près de quatre cents exécutions, et pas des moindres.

louisdeibler

DANS LA FAMILLE Deibler, c’est une tradition, on est (naît !) bourreau de père en fils. Tradition qui remonte à la chute du premier empire napoléonien avec Josef Anton Dubler, un ancien grognard de la grande armée. D’origine allemande, il s’installe en 1815 avec armes et bagages pas très loin de Lyon pour y couler, pense-t-il alors, une paisible reconversion. Il rachète un petit café sans prétention où il rencontre sa future épouse, Marguerite. Pour effacer toute trace de ses origines teutonnes, pas des mieux perçues à l’époque, il francise son nom ; Dubler devient Deibler. L’un des piliers de bar de son établissement, Claude Chrétien, se prend d’amitié pour l’ancien soldat. Chrétien n’est pourtant pas le genre de personnage que l’on aime avoir dans son carnet d’adresses. Il est bourreau, exécuteur à Lyon. Pas franchement le genre de type avec lequel on aime plaisanter. Et pourtant les deux hommes se comprennent, s’apprécient même. À tel point que le bourreau lui propose le job d’aide exécuteur. Allez savoir pourquoi, Joseph accepte la proposition, fait ses armes aux cotés de Chrétien pendant près de deux ans, avant de rejoindre Dijon, toujours en qualité d’apprenti bourreau. C’est là d’ailleurs, le 12 février 1823, que naît Louis, le premier – et unique – rejeton de la famille. À l’adolescence, le petit Louis, encore trop jeune pour couper des têtes, suit une formation d’ébéniste avant de rejoindre Alger en 1850. Il y entame, héritage familial oblige, sa carrière de bourreau, comme papa une trentaine d’années auparavant. D’abord aide de Nicolas Wolf et Antoine Rasseneux, deux pointures en la matière ; puis auprès du paternel à Rennes, auquel il va naturellement succéder en 1863. Mais c’est une quinzaine d’années plus tard, au printemps 1879, que la carrière de Louis Deibler va prendre une tout autre ampleur, lorsqu’il accède au poste d’exécuteur en chef. En clair, le taulier des bourreaux. À lui donc les exécutions à la chaîne, face à un public survolté. Mais le style est brutal. Deibler n’est en effet pas du genre à y mettre les formes. Lorsqu’il exécute l’auteur d’un triple parricide à Agen en mai 1879, il  n’hésite pas à fracasser le crâne du condamné au sol avant de lui trancher la tête. Même l’auditoire, d’ordinaire friand de ce genre de mise à mort, est profondément choqué. Et les exécutions qui vont suivre ne vont pas redorer l’image de bourreau lent, gauche et froid qui lui collera à la peau comme le fameux poil sur le savon. À un journaliste de La Presse il dira : « Je suis un ouvrier de la justice, un simple mécanicien. Lorsque j’ai tout préparé, la rapidité de mon exécution dépendra non plus de moi mais de mon patient (sic) ». Deibler étoffe son palmarès au fils des années ; l’ancien cent-garde dépeceur Victor Prévost en 1880 ou le violeur assassin Louis Ménesclou la même année. En mars 1882, son fils Anatole assiste aux exécutions orchestrées par son père, telle une macabre intronisation. Pourtant le jeune garçon ne semble pas alors très attiré par la profession. Ce n’est cependant que partie remise. Louis, de son côté continue sa morbide tournée, ôtant la vie de Reims à Montbrison, de Bayeux à Dijon. À la fin de l’année 1892, plusieurs dizaines de criminels de tous poils y sont déjà passés. Et pas des moindres. Le terroriste anarchiste Ravachol notamment, en juillet 1892. L’un de ses comparses, Auguste Vaillant deux ans plus tard et, point d’orgue de sa carrière, l’anarchiste italien Jeronimo Caserio, assassin du président Sadi Carnot en 1894. Trois ans plus tard, le début de la fin. Lors d’une exécution – près de la quatre centième – Deibler est éclaboussé par un jet de sang au visage. L’expérience le marque profondément. Victime d’hémophobie, sa santé mentale en prend un coup, à tel point qu’il pose sa démission à l’hiver 1898. Sa hiérarchie accepte sa requête mais lui impose en guise de pot de départ une ultime exécution ; celle du tueur en série Joseph Vacher, auteur d’une vingtaine de meurtres sur de jeunes enfants, dont une fillette, à quelques encablures de Dijon. Diminué et atteint d’un cancer de la gorge, Louis Deibler décède en septembre 1904 dans l’anonymat le plus total. Son fils Anatole qui avait déjà repris le flambeau quelques années auparavant, exercera jusqu’en 1939. Il égalera même les statistiques paternelles.



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