Garzitto, l’exil en chantant
03/03/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 192 | Par Alexis Billebault
Réussite. L’ancien entraîneur de Besançon, Jura Sud et Louhans-Cuiseaux va rester un an de plus au TP Mazembé (RD Congo), qu’il a conduit à la victoire en Ligue des Champions africaine au mois de novembre dernier.

IL A RETROUVÉ le Katanga, Lubumbashi et Moïse Chapwe Katumbi, son omniscient président, trois mois après le succès qui l’a installé sur le toit de l’Afrique. Dans la capitale de la riche province minière, loin de l’insécurité qui règne à Kinshasa « où je ne vais quasiment jamais, sauf pour les matches » explique-t-il, Diego Garzitto est devenu plus qu’une célébrité. Il est aujourd’hui un entraîneur respecté et adulé, un homme qu’on arrête dans la rue pour le remercier d’avoir sorti le Tout Puissant Mazembé de l’anonymat dans lequel il s’était vautré depuis presque trente ans.
Le 7 novembre dernier, Victor Ezuruike un défenseur nigérian d’Heartland Owerri avait gommé vingt-neuf années de frustrations en marquant contre son camp lors de la finale retour de la Ligue des Champions. Ce dimanche pas tout à fait comme les autres, le stade de la Kenya dégueulant de ses impatients supporters avait fêté bruyamment ses nouvelles icônes, l’année du soixante-dixième anniversaire du club. « Il y avait une énorme attente. Le club n’avait plus rien gagné en Afrique depuis 1980 et la Coupe des Coupes », explique Garzitto (59 ans). L’histoire rappelle aussi que Mazembé fut déjà un grand d’Afrique à la fin des années soixante, au moment où le sanguinaire maréchal Mobutu entamait un règne dont le peuple congolais n’a pas encore fini de subir les effets. « Le club avait remporté deux Coupes des Champions (1967 et 1968) avant de perdre deux finales (1969 et 1970). Au moment de jouer la finale, tout le monde nous donnait favoris, parce que nous avions éliminé des équipes comme l’Étoile du Sahel (Tunisie) ou Al-Hilal (Soudan) et aussi parce que notre jeu est porté sur l’offensive. »
Un club qui ne manque
de (presque) rien
Garzitto connaissait déjà Lubumbashi. Il y avait fait escale en 2003-2004, et à cette époque, Moïse Katumbi lui parlait déjà de gagner la Ligue des Champions. « Lorsqu’il a repris le club en 1998, il ne pensait qu’à une chose, remporter ce titre », explique l’ancien entraîneur de Besançon, Louhans-Cuiseaux, Mâcon, Jura Sud et de l’Ethiopie. Katumbi, quadra multi-millionnaire et proche du président Joseph Kabila, a fait du Tout Puissant un des clubs les riches du continent, grâce à l’immense fortune amassée dans des secteurs aussi variés que les mines, la pêche et le transport. « Il assure presque à lui tout seul le budget (ndlr : qui oscillerait entre 4 et 5 millions d’euros) et le sponsoring », explique Garzitto. Officiellement, Katumbi, qui a laissé à sa femme la gestion du business familial, ne se consacre plus qu’à la politique et à son rôle de gouverneur de la province du Katanga.
À Lubumbashi, grâce à la prodigalité du président-mécène, les meilleurs joueurs peuvent gagner jusqu’à 10 000 euros par mois quand leurs homologues des clubs les plus côtés de Kinshasa (AS Vita Club, Motema Pembe) doivent se contenter de 300 ou 400 euros mensuels. « Il peut faire venir les meilleurs joueurs à Mazembé et recruter des étrangers, comme des Camerounais, des Zambiens ou des Zimbabwéens », poursuit Garzitto, qui a lui-même profité des titres remportés en 2009 pour obtenir une revalorisation de ses émoluments.
« Le président s’est montré très généreux après la victoire en Ligue des Champions, qui nous a aussi permis de disputer le Championnats du Monde des clubs à Dubaï. Les salaires sont bons, les équipements de qualité. Mais par contre, il y a encore beaucoup à faire au niveau des installations. »
Malgré les inévitables problèmes à l’africaine, les frasques de quelques joueurs et l’absence de vraies installations dédiées à l’entraînement, Diego Garzitto en a repris pour un an : « J’ai eu des propositions plus ou moins sérieuses venant de plusieurs clubs ou sélections, mais j’avais envie de repartir avec Mazembé. »
L’argent des Soudanais, le prestige des Tunisiens et les belles promesses nigérianes n’ont pas suffi à le convaincre de renoncer à un nouveau contrat d’un an. « On va essayer de conserver notre trophée en Afrique et nos titres nationaux, mais il faut s’attendre à ce que ce soit compliqué. Nous serons attendus partout », anticipe Garzitto. Mais l’entraîneur d’origine italienne n’est pas reparti tout seul à Lubumbashi.
Son fils Anthony s’occupera des équipes de jeunes du TPM, Nicolas Santucci, un ancien joueur de Dijon entraînera des gardiens et Florian Mulot fera de la préparation physique. Il y a dix jours, en battant le Stade malien (2-0) en Supercoupe d’Afrique, Mazembé et Garzitto ont ajouté une ligne à leur CV. Une de plus… .
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