Bachelot, labo, magot
10/03/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 193 | Par Jérémie Demay
Pandémie. Après le grand feuilleton de l’année dernière avec la grippe A, les parlementaires forment une commission d’enquête pour comprendre le rôle des experts médicaux. Alain Houpert, radiologue de métier et sénateur-maire (Divers droite) de Salives, participera aux investigations.
C’EST UN SECRET de polichinelle, les experts médicaux de l’OMS conseillent également les laboratoires pharmaceutiques. De là à penser que ces derniers ont pu profiter de leur position, pour exagérer la dangerosité de la grippe A dans le seul but que les commandes affluent dans les labos, il n’y a qu’un pas. En tout cas, les vingt-et-un parlementaires de la commission d’enquête vont s’interroger autour de cette problématique : le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion, par le gouvernement, de la grippe H1N1. Le programme s’annonce compliqué, surtout que Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, était tellement fière de son plan contre cette grippe qu’elle n’hésitait pas à renvoyer tous ceux n’allant pas dans son sens. Il suffit de se rappeler les nombreux messages d’alerte envoyés par Bernard Debré (frère de Jean-Louis et fils de Michel) député et urologue de formation. Réponse, en substance, de Madame la ministre : « vous n’êtes qu’urologue et pas épidémiologiste ! » Ne va-t-elle pas rétorquer la même chose à Alain Houpert ? « Avant d’être urologue, ou radiologue, il faut bac plus douze ou quinze. Nous faisons d’abord bac plus huit, c’est-à-dire médecin généraliste. Je trouve que les propos de madame Bachelot sont un peu excessifs. Comme disait Talleyrand : ce qui est excessif est insignifiant ! »
Houpert ne veut pas que la commission se transforme en chasse aux sorcières. Le sénateur préférerait mettre à plat le principe de précaution : « il faut du recul. Je pense que cette commission nous donnera de l’expérience pour savoir la limite dans le traitement d’une crise, sans aller trop loin. Avec ce principe de précaution utilisé à tout-va, on risque d’enfermer la société dans une infantilisation. Il faut toujours trouver un coupable. Les administratifs, comme les politiques en charge d’un ministère ouvrent le parapluie pour se protéger. » Cette grippe a fait beaucoup moins de morts qu’une grippe saisonnière, le gouvernement a acheté 96 millions de doses de vaccins. Plus de 5 millions d’euros ont été dépensé pour la communication… Pour le sénateur, pas de doute : « Il y a eu un traitement très technique et administratif de cette pandémie. J’ai le sentiment que nous n’avons pas fait appel à ceux qui sont sur le terrain et qui connaissent l’humain, c’est-à-dire les médecins. » Les parlementaires se réuniront une fois par semaine, pendant six mois. Le rapport devant être rendu à la mi-août.
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