A la une

La Gazette aime le ramdam

28/04/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 200 | Par Jérémie Demay

Réagir Télécharger le numéro

Bougies. En deux cents numéros, la Gazette a provoqué quelques sueurs froides. Politiques, religieux, autorités, directeurs de structures publiques etc., rien de l’actualité du département n’est oublié. Avec ce dossier, la rédaction a ressorti les articles les plus marquants de ces dernières années. Rétrospective par Jérémie Demay et Roald Billebault.

complet-roald-DIJON

Santé

ENTRE la Gazette et le CHU de Dijon, c’est une longue histoire d’amour. En même temps, la Gazette ne travaille qu’à partir de documents internes, confidentiels pour la plupart. Pire, la rédaction se procure, sans grande difficulté, tous les comptes rendus du conseil d’administration. Dans ces derniers figurent les comptes, mais aussi les orientations de la direction. Alors forcément, ça passe parfois mal. Ainsi, dès son premier dossier sur les comptes déficitaires de l’hôpital, la Gazette se fait plein d’amis. En premier lieu, l’ancien directeur Daniel Mari (décédé depuis) qui, à la question toute simple : « Pourquoi ce déficit ? » avait répondu : « Vous n’êtes pas à la hauteur de ce dossier. » .
Plus fort, même quand la Gazette souhaite montrer le travail et le courage des urgentistes la direction n’est pas contente et convoque deux malheureux médecins. Le premier est le responsable du service, le second est fortement suspecté d’avoir osé avouer à la Gazette que certains patients VIP sont prioritaires… tellement leur pouvoir de nuisance est important. Ce que la direction ne savait pas, c’est que le médecin en question n’était pas celui qui avait indiqué ce secret de Polichinelle…
La Gazette continue son travail d’information et publie sans cesse les comptes du CHU. Au point qu’il est notifié en CA de ne plus communiquer les documents à la Gazette. C’est trop d’honneur !  Cependant, histoire de rassurer la direction, la Gazette a tellement d’informateurs dans cette assemblée, qu’elle n’a que l’embarras du choix dans ses sources…
Dernière mésaventure : la grippe A. La rédaction souhaitait expliquer que le vaccin était aussi inoffensif que le virus. Malheureusement, certains médecins ont l’orgueil mal placé, et sont partis pleurer à la direction qui a envoyé illico une lettre à la Gazette. Cette bafouille racontait que le CHU ne répondrait plus à votre hebdo. Menace vite oubliée quelques jours après… Pourtant, la Gazette n’a aucune rancune particulière et dénonce la logique de l’hôpital-entreprise voulue par le gouvernement. Une logique qui tient en otage la direction entre rentabilité et service public de la santé .

Valduc

CE N’EST PAS vraiment un mystère, le CEA Valduc c’est un dossier sensible, très sensible… Pour son troisième numéro, les journalistes de la Gazette ont voulu en savoir un peu plus sur ce centre qui fait fantasmer les Dijonnais depuis plusieurs décennies. Sauf que l’on n’enquête pas sur le CEA Valduc comme on enquête sur la hausse du prix du primeur sur le marché de Dijon. Très vite les portes se ferment. Malgré nos demandes répétées, il sera impossible à nos journalistes d’obtenir un entretien avec les responsables du centre à l’énergie atomique. Nos photographes partis sur place prendre quelques clichés illustratifs seront littéralement encerclés par les gendarmes et les men in black de la sécurité du CEA à leur retour sur Dijon. À la parution de notre reportage, la Gazette est même attaquée en justice pour prise de photographies dans le secteur. Et pourtant rien de mirobolant sur ces images, juste un panneau indiquant qu’au-delà de ce dernier, les photos étaient interdites (cf image). La Gazette bénéficiera au final d’un non lieu En revanche notre reportage aura finalement fait bouger les choses puisque les maires des communes avoisinantes du CEA, qui déploraient dans  nos colonnes le manque d’information en cas d’accident majeure à Valduc, recevaient moins de deux mois après la publication de notre enquête une notice bien mieux détaillée… .

Éducation

LE CAMPUS, c’est environ 26 000 étudiants vivant sur Dijon. Un vrai village dans la ville. Bien sûr, la Gazette ne peut s’empêcher de trouver des petits problèmes. Premier reportage qui a fait jaser : les soirées étudiantes. Sous le titre Buvez jeunesse, elle s’était étonnée de voir comment certains alcooliers, associés à quelques discothèques, encourageaient les étudiants à boire très rapidement des alcools forts. Pourtant, la rédaction ne pensait que parler d’un secret de Polichinelle. Ni une, ni deux, le président de l’université de l’époque, Jean-Claude Fortier, avait convoqué les responsables de certaines associations étudiantes en disant : « Plus jamais ça, sinon, fini les subventions. » Résultat, les sprints d’alcools forts restent au vestiaire.
L’une des spécialités de la Gazette est d’investiguer à partir de documents confidentiels. Par un hasard phénoménal, la rédaction trouve sur sa boîte mail les comptes de la fac, accompagnés d’un mot de la présidente, Sophie Béjean, affirmant que la situation n’est pas terrible. La Gazette enquête et sort son papier Fac fauchée. Cet article n’a pas trop plu en haut lieu… Quand la Gazette évoque la situation bloquée au conseil d’administration, elle s’amuse à titrer Les malheurs de Sophie. Durant le blocage de 2009, la Gazette a confirmé sa nouvelle amitié avec Sophie Béjean qui envoie sur les roses un de nos journalistes souhaitant recueillir son sentiment sur la situation. En même temps, le bougre était rentré dans le QG des bloqueurs, et la présidente ne s’attendait pas à voir la presse à cette endroit ! Le titre du papier : Le blocage de Sophie.
Enfin, histoire de confirmer son statut d’empêcheur de tourner en rond, la rédaction s’est intéressée aux dernières élections universitaires et a expliqué le système Génération campus, fédération étudiante, régnant sur la vie estudiantine.
Génération campus n’a toujours pas digéré cet article mais la Gazette les renvoie à leurs études  .

Police

LES RAPPORTS entre la police et la Gazette s’apparentent à un évitement réciproque. Surtout depuis que la rédaction ose écrire sur les travers des flics. Le premier article avait eu du mal à passer : lors d’une affaire de courriers insultants, le commissariat de Chenôve avait égaré la seule pièce à conviction permettant de confondre l’auteur de proses racistes. Le titre du papier : Comme des bleus. Ça a chauffé encore sous le képi quand la rédaction a été témoin d’un contrôle pour le moins disproportionné dans un bar de Dijon. Dommage pour nos amis en uniforme, Alain Houpert, sénateur-maire de Salives était là aussi et a pu appuyer les propos de notre rédacteur. Après ce papier, les policiers avaient du bleu à l’âme…  .

Religion

LA RELIGION est une thématique souvent explorée par la Gazette. Pas du tout sous l’angle des rituels et autres fêtes de la Saint-Glinglin, mais la rédaction tente de comprendre pourquoi certains religieux aiment à confondre le temporel et le spirituel. En d’autres termes, quand la religion s’écarte du simple cadre privé.  
Ainsi, peu de temps après son passage en hebdo, notre plume a dressé le portrait de l’Opus Dei en Côte-d’Or. La Gazette avait pu suivre une messe, mais aussi rencontrer quelques membres, pour finir avec une interview du spécialiste du « bras financier » de l’Église : Christian Terras. Le rédacteur en chef de Golias expliquait comment l’Opus Dei s’est créé, et il démontrait ses dérives.
Autres religieux taquinés par la Gazette : les Mormons. Un de nos journalistes s’était fait alpaguer dans la rue par les missionnaires de l’Église de Jésus Christ des Saints des derniers jours. Sans hésitation, notre reporter s’était fait passer pour une personne en quête spirituelle et un peu paumée dans la vie. Une aubaine pour les Mormons, et aussi pour la Gazette qui a ainsi expliqué ce qui se passe derrière les murs de cette Église. Conclusion, les Mormons ne semblent pas dangereux, même si l’utilisation des fiches de l’état civil pour baptiser les morts est une atteinte au respect du défunt. Mais qu’importe, le mort n’a rien à dire.
Enfin, dernier dossier religieux évoqué dans la Gazette : le groupe de prière Amour et Miséricorde. Une dame affirme voir la Vierge tous les quinze du mois à minuit six. Le problème est que la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) parle d’Amour et Miséricorde dans un de ses rapports.
La description de cette enquête s’arrêtera là, puisqu’une action judiciaire, menée par un membre éminent du groupe, est en cours contre la Gazette.

Depierre

UNE CHOSE EST SÛRE : la Gazette n’aime pas les rumeurs. Pendant plusieurs mois, une histoire était dans toutes les conversations dijonnaises. Bernard Depierre, député UMP de la première circonscription, se serait battu avec des types sur le parking du château de Chambord. La rédaction enquête, récupère les procès-verbaux, des certificats médicaux, des témoignages, et part enfin interroger le député. Très vite, il passe par toutes les couleurs. Tente d’arracher le matériel de notre pauvre rédacteur. Puis il se lève, ferme la porte de son bureau, et appelle la police, le directeur de la Gazette… Mais rien n’y fait, le papier est quand même publié. Depuis, l’affaire du parking est classée sans suite… .

Suguenot

ALAIN SUGUENOT, député-maire de Beaune, pensait être tranquille à l’abri dans ses hospices. Pas de bol, la Gazette adore cette ville. Quand la rédaction apprend que Môssieur le maire fait des pieds et des mains pour empêcher l’installation d’une enseigne de magasin d’usine près de sa bonne ville, elle file l’interroger. Mais le brave député-maire ment à notre journaliste en pensant que ça passera comme une lettre à la poste. Problème, à la Gazette seule la vérité est publiée. Pire, Alain Suguenot explique que les Beaunois ne peuvent travailler que dans la vigne et pas vendre des fringues… C’en est trop. Le titre du papier de deux pages : Emploi, mensonge, et seigneurie. Malgré tout, Alain Suguenot, en vrai démocrate, comprend le rôle de la presse et répond toujours de manière courtoise à nos interviews… grand seigneur ! .

Immersion

L’IMMERSION, terme tabou dans le journalisme. Médiatisée avec l’émission des Infiltrés sur France 2, la Gazette n’a pas attendu David Pujadas pour réfléchir et tenter différentes méthodes. Car oui, tout n’est pas bon dans l’infiltration. Cependant, c’est parfois la seule méthode pour décrire au mieux la réalité. Quand le journaliste débarque sur un sujet en présentant sa carte de presse, le risque est grand que les interlocuteurs ne montrent que la face visible de l’iceberg, en oubliant volontairement de dévoiler les thèmes qui fâchent. Mais ce type d’action doit rester exceptionnel.
De plus, en-dehors de l’infiltration il existe la mise en situation. Meilleure façon, selon la Gazette, de comprendre au mieux la réalité. C’est pourquoi, quand elle s’est intéressée à l’accessibilité des lieux publics pour les handicapés, plutôt que de suivre un type en fauteuil, ou de simplement interroger un handicapé sur ses problèmes en ville, la rédaction a préféré mettre en fauteuil  un de ses journalistes pour mieux cerner le problème. Seul le vécu est source d’information dans ce type de reportage. C’est la même démarche qui a animé la rédaction pour mettre ce même journaliste dans la rue. Partager une chambre au foyer d’hébergement d’urgence avec de vrais SDF. Discuter avec eux de leur ressenti de la ville et de la rue. En arrivant comme journaliste, le discours aurait pu être caricatural, et donc inexact.
Enfin, l’infiltration, la Gazette ne l’a tentée réellement qu’une fois, avec les Mormons. Un de nos journalistes s’est fait alpaguer dans la rue par leurs missionnaires. Une aubaine pour comprendre la rhétorique de leurs discours, pour au final donner 10% de son salaire, et pouvoir baptiser les morts… Sans l’infiltration, qui a duré un mois et demi, il aurait été difficile de bien saisir et cerner leurs méthodes. Bref, ce type de travail est exceptionnel, et doit s’appréhender selon la situation. Ce que la Gazette s’est toujours efforcée de réaliser .

Rebsamen

FRANÇOIS REBSAMEN avait une habitude étrange : signaler les sans-papiers souhaitant se marier dans sa mairie, alors que le mariage est un droit universel, avec ou sans papiers. En s’appuyant sur l’article 40 du code de procédure pénale, qui oblige tout fonctionnaire à dénoncer tout crime et délit, le maire profitait de l’entretien préalable à la cérémonie pour demander les papiers des futurs mariés. Pas de papier, pas de mariage. Le hic est qu’il n’y avait aucune obligation à les demander à ce moment. Pas de problème pour Rebs : « Je ne fais qu’appliquer la loi. » En attendant, après deux articles dans la Gazette, le maire a stoppé son excès de zèle ! .

Argent

EN FRANCE c’est bien connu on n’aime pas parler argent en général, et de son salaire encore moins. Qu’à cela ne tienne ! En décembre 2005 la Gazette décide de dévoiler le salaire (issu de la politique) d’une petite trentaine d’élus du département. Inutile de préciser que la collecte des informations auprès des intéressés ne fut pas des plus aisées, voire même impossible dans certains cas, par exemple pour les maires de Daix, de Chevigny-Saint-Sauveur et de Dijon. Nos journalistes, à défaut d’une totale transparence, avaient donc procédé à des estimations. Estimations qui ne manquèrent pas de faire réagir, essentiellement le sénateur-maire de Dijon, François Rebsamen, qui par le biais d’un droit de réponse avait tenu à rectifier nos dires.
D’un salaire de 10 885 euros brut mensuel annoncé dans nos colonnes, l’élu nous indiquait que d’après l’article L2123-20 du code des collectivités territoriales, ses émoluments était plafonnés à 7887 euros brut. Dont acte. Loin de nous évidement l’idée que le maire ne respectait pas l’article précité, sauf que pour étayer nos chiffres, nos enquêteurs s’étaient en partie appuyés sur un papier de l’Expansion d’avril 2005, dans la même veine que celui de la Gazette, lequel annonçait des salaires supérieurs au fameux plafonnement pour plusieurs élus, notamment le maire de Mulhouse Jean-Marie Bockel.
Bref, sur la question, la législation française est complexe et personne n’est d’accord. Nous avons eu l’occasion de nous en rendre compte. Un joli buzz en tout cas… et encore nous ne nous étions pas intéressés au patrimoine personnel de nos chers élus .

Insolite

UN FRISQUET MATIN de décembre 2005, une enveloppe de papier kraft arrive à la rédaction de la Gazette. À l’intérieur, une vidéo et des clichés (anonymes) montrant une bande de joyeux lurons se faisant flasher en street-luge par le radar automatique du boulevard des Allobroges à Dijon… Dangereux, certes, mais impressionnant. À titre informatif, et avouons-le histoire de créer un buzz, nous décidons de publier les images, ainsi que la vidéo sur notre site Internet. Ni une ni deux, le film est repris sur tous les sites de partage de vidéo, également sur le réseau P2P. Elle sera même diffusée un samedi soir Aux enfants de la télé animé par le mielleux mais néanmoins sympathique Arthur .

Société

LA GAZETTE qui n’a rien contre un petit sujet racole de temps en temps, n’a néanmoins jamais fait de la drogue un de ses sujets marronniers. En sept années d’existence, seulement deux enquêtes consacrées à la cocaïne à Dijon ont vu le jour dans nos pages. Mais qu’elles furent édifiantes ! Nos lecteurs découvraient pour la première fois (avec stupéfaction vu le nombre de courriers reçus à notre rédaction) l’ampleur du phénomène cocaïne dans la cité des Ducs. Nous apprenions qu’à Dijon il était aussi facile de se procurer un gramme de coke qu’un verre d’alcool, qu’elle était la deuxième drogue la plus consommée dans les soirées dijonnaises et que bon nombre de cadres y avaient recours pour palier le surmenage du quotidien. Notre seconde enquête publiée quelques années plus tard confirmait cette triste tendance, cela avait même empiré… et oui, décidément, avec la coke les Dijonnais ont du nez… .

Exclu

EN 2006, dans un reportage de 52 minutes, le grand reporter dijonnais Emmanuel Razavi fait le point sur cinq années de lutte engagée par les Américains et leurs alliées pour débusquer l’ennemi public mondial numéro un, Oussama Ben Laden. Le sujet intitulé Ben Laden, les ratés d’une traque enchaîne les révélations fracassantes. En clair, à plusieurs reprises les Américains ont laissé fuir Ben Laden volontairement. Avant même sa diffusion sur une chaîne nationale, la rédaction de la Gazette dégote une interview du journaliste qui revient en détail sur le contenu détonnant de son reportage. Un entretien qui ne manqua pas de faire couiner dans les hautes sphères des autorités militaires françaises… et américaines.

Poujade

DEPUIS LES ÉLECTIONS MUNICIPALES de 2001, Robert Poujade restait muet. Aucune interview, aucune réaction à l’actualité… Bref, l’ancien maire profitait tranquillement de sa retraite entre Paris et Dijon. Jusqu’au jour où la Gazette a sonné à la porte de celui qui a dirigé Dijon pendant trente ans. Robert Poujade a accueilli un de nos journalistes. Ensemble, ils ont discuté pendant plus de trois heures. Résultat, grâce à la Gazette, Robert Poujade est sorti de son silence à travers une interview de quatre pages .



Revenir en haut de page

3 commentaires sur “La Gazette aime le ramdam”

  1. par MANGIN

    Il n’y a qu’un sujet sur lequel la Gazette ne s’esr jamais mouillée(à ma connaissance), c’est la controverse d’Alesia. A quand un article qui donne la parole aux contestataites?
    Un historien pas fier d’être bourguignon

  2. par Pichon

    Et bien! les chevilles !! vous etes trop fort !!! super dijonnais !! mais pathetique !

  3. par Vito

    vous faites un peu pitié avec un tirage ridicule..

Laisser une réponse

Votre nom :
Votre email :
L'email de votre ami :
Votre message (facultatif) :
La fin des haricots ?
En savoir plus [+]
Télécharger le numéro 296 de La Gazette de Côte d'Or au format PDF Archives
Revenir en haut de page