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Sarkozy plante, mais les agriculteurs

26/05/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 204 | Par Jérémie Demay

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Exaspéré. Dominique Chambrette, président de la Chambre d’agriculture ne décolère pas face aux actions du gouvernement qui ne règlent aucunement la situation des paysans.

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LA GAZETTE : Le plan de Nicolas Sarkozy pour aider les agriculteurs vous satisfait-il ?
DOMINIQUE CHAMBRETTE : Quand il est sorti il y a quelques mois, après avoir étudié les retombées sur les exploitations agricoles, nous l’avons signalé aux politiques : il va falloir un deuxième plan. La réforme de la politique agricole est défavorable aux producteurs de notre département. Nous leur avons dit que cela allait engendrer des problèmes. Cette situation, nous la vivons actuellement. Les exploitations de grandes cultures vont être amputées de 70 euros d’aide à l’hectare, pour que ces aides aillent dans le sud de la France. Les difficultés actuelles, nous les avions dénoncées.

Quelle est la marge de manœuvre des pouvoirs publics face aux marchés mondiaux ?
Ils n’ont aucune marge sur la mondialisation. Le fait que le prix des céréales ou du lait soit plus bas qu’il y a deux ans, cela ne concerne pas le gouvernement. Ce n’est pas lui qui fixe les prix. Il faut comprendre que nous sommes sortis d’une politique agricole où les prix étaient organisés. Depuis la fin de la guerre, l’Europe avait besoin de produire, c’est pour cela que cette organisation avait été mise en place. C’était un peu le système communiste. Cela n’avait rien à voir avec le marché. Les différentes réformes de la politique agricole de 1984 à aujourd’hui, ont complètement déconnecté les prix artificiels. Mais tout le monde n’est pas à égalité. Les céréales, les oléagineux, le porc, ou encore la volaille sont régis par les cours mondiaux. Mais le prix de la viande en France est payé deux fois et demie le cours mondial. Le gouvernement ne fait rien sur les marchés. Par contre, il peut jouer sur les charges, sur les contraintes administratives, sur les coûts environnementaux.

Selon vous, le gouvernement ne fait pas tout ce qu’il peut ?
Nous avons déjà des normes environnementales qui viennent de l’Europe. Mais, nos responsables français en rajoutent ! Ce qui dépend aujourd’hui des charges franco-françaises, ne dépend ni des marchés, ni de l’Europe. C’est la politique désastreuse de ce gouvernement, et même de ceux qui l’ont précédé. Nous avons commencé, en France, à avoir une politique agricole plus défavorable pour les agriculteurs que la politique européenne. Cette dernière a toujours été favorable à la France, en retour financier, et aussi pour les revenus des agriculteurs. Mais depuis quelques années, la France veut renationaliser sa politique agricole, mais elle complètement défavorable pour des régions comme la Bourgogne.

Pourquoi ?
La Bourgogne a la moitié de sa surface en herbe, et l’autre moitié ce sont des céréales. Nous avons les aides les plus basses de France. Les subventions pour notre région sont en dessous de la moyenne européenne. Avec tous les pays de l’Est, nous ne sommes pas concurrentiels. C’est de la responsabilité de notre gouvernement qui ne défend pas nos territoires. À cela s’ajoute le poids de nos charges.

Vous qui êtes en contact quotidien avec les agriculteurs, comment percevez-vous leur moral ?
Il n’est pas bon, et pas que pour des raisons économiques. Bien sûr, cela en fait partie, puisque de nombreux agriculteurs n’ont pas de revenus depuis deux ans. Ils sont inquiets de ne plus pouvoir payer leurs factures, rembourser leurs emprunts. Il n’est pas normal qu’aujourd’hui ils vivent avec le salaire de leur épouse qui travaille à l’extérieur. Mais il y a aussi le plan Sarkozy, où on a proposé des prêts. Quand je vois des gens aujourd’hui qui manifestent pour des augmentations de salaire, pourquoi ne leur propose-t-on pas des prêts comme pour les exploitants ? Il n’y a qu’à nous que l’on propose cela. La deuxième inquiétude est sur la bureaucratie qui manque de considération et la mise à l’index des agriculteurs. On dit de nous que nous sommes des pollueurs de la qualité de l’eau, des abeilles… La société ne nous considère plus alors que nous ne pourrions pas nous passer de manger. Nous sommes victime de campagnes calomnieuses de la part de médias et des associations pseudo environnementales. Alors que ce ne sont que des lobbies anti-agricoles. Le Grenelle de l’environnement a été le summum. Le président Sarkozy qui pendant sa campagne voulait mettre fin au processus de Mai 68, a réuni dans le Grenelle toutes les organisations nostalgiques de cette période. Tout ça, les agriculteurs, au quotidien, le vivent très mal.

Pourtant, Nicolas Sarkozy s’est rendu ce week-end sur les Champs-Elysées pour saluer les agriculteurs. Ce geste ne vous rassure pas ?
C’est de la com. Nous avons un président qui ne fait que de la communication. Il a compris au lendemain des élections régionales que le monde agricole n’avait pas voté pour les listes UMP. Tous les parlementaires lui ont fait remonter l’information. Le lendemain, il s’est rendu dans les exploitations d’Ile-de-France… mais ça reste de la communication. Il y a un malaise profond et grave entre le président de la République et une certaine catégorie d’exploitants. Il n’y a rien de concret. Même si quelques mesures pouvaient laisser penser à un léger mieux, notamment quand il a dit qu’il y en avait ras-le-bol de l’environnement, sauf que l’on ne donne pas les consignes au ministère concerné. Rien n’est fait pour arrêter la machine administrative.



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Un commentaire sur “Sarkozy plante, mais les agriculteurs”

  1. par dave

    Braavo à Chambrette pour ses propos pleins de bon sens et de courage

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