Politique

Alain Krivine : « Les gens se sentent insultés »

30/06/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 209 | Par Jérémie Demay

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L’argent existe dans certaines caisses

Alain Krivine, figure emblématique de la gauche révolutionnaire et maintenant du Nouveau parti anticapitaliste, était à Dijon lundi soir. Retraite, casseroles du gouvernement, crise économique, rien n’a été oublié.

krivine

LA GAZETTE : Pourquoi le NPA, le PCF, Lutte ouvrière, le Front de gauche, ou même Europe écologie n’arrivent pas à s’entendre sur un programme commun ?
ALAIN KRIVINE : Je sépare deux choses. Dans les mobilisations contre Sarkozy et le patronat, nous pensons qu’il faut l’unité la plus large de toutes les forces politiques, syndicales, et associatives. Très franchement, c’est en train de se faire. Il existe en France des centaines de comités de ce type réunissant tout le monde contre le projet des retraites. C’est la même dynamique qui nous avait réunis lors du traité européen. Par contre, aller aux élections ensemble, c’est autre chose. Le gros désaccord que nous avons avec tous les gens nommés avant, est que nous ne sommes pas pour gérer les institutions, ou entrer au gouvernement. Notamment avec le Parti socialiste qui nous a montré, quand il était au pouvoir qu’il avait une politique de droite. Nous ne voulons pas participer au discrédit de la gauche.

La gauche, malgré la crise sévère du capitalisme et du libéralisme, n’arrive pas à sortir du lot en proposant un projet. Pourquoi ?
C’est terrible de dire cela, mais la crise qui va pousser dans la détresse des centaines de milliers de gens, a l’avantage de montrer ce qu’est la réalité du capitalisme. Aujourd’hui, plus personne ne le défend intégralement. Le problème est qu’une partie de la gauche pense que l’on peut le rénover. Ce n’est pas crédible. Ceux qui pensent comme nous, c’est-à-dire qu’il faut le renverser, pour dire la vérité, ne sont pas encore crédibles. Pour répondre à la colère des gens, nous devons montrer que nous pouvons apporter des solutions dans le problème des retraites, et les autres problèmes liés à la crise. À condition d’avoir une autre répartition des richesses et d’oser s’attaquer à la propriété privée.

En quoi, vos théories seraient-elles la solution ?
Aujourd’hui, on créerait les quelques millions d’emplois qui manquent, le déficit des retraites n’existerait plus. Le problème clé des retraites n’est pas que les gens vieillissent, mais c’est qu’il y a plus de quatre millions de chômeurs. Cela fait des recettes en moins. Deuxième moyen de financement, c’est un choix de société avec l’abandon du bouclier fiscal. C’est une honte, comme les exonérations fiscales. L’argent existe dans certaines caisses. Mais le gouvernement ne veut pas y toucher, pareil, il ne faut rien faire avec madame Bettencourt. Avec cette histoire, les gens se sentent insultés par le fait qu’un ministre leur demande de se serrer la ceinture, alors qu’il protège la plus grande fortune de France. Cela prouve le choix de classe du gouvernement.

Ce choix de classe aurait conditionné le projet de réforme des retraites ?
Nous avons aujourd’hui, partout en Europe, qu’ils soient sociaux-démocrates ou de droite-droite, des gouvernements appliquant la même politique. C’est-à-dire faire payer aux ouvriers, aux femmes, aux chômeurs, aux immigrés, aux jeunes, une crise dont sont responsables les banquiers et les grands patrons.

La France, avec la crise et les délocalisations, voit son territoire se désindustrialiser. Comment pourriez-vous stopper l’hémorragie ?
Ce phénomène est terrible. Par exemple pour fabriquer une Renault, on va payer des ouvriers tchèques, roumains… dix fois moins cher qu’un Français. Quand j’étais au Parlement européen, nous avons essayé d’harmoniser par le haut les rémunérations. Aujourd’hui, s’il n’y avait pas de telles différences de salaire entre un ouvrier polonais et un Français, il n’y aurait pas de délocalisation. Il faut d’abord avoir des lois sociales européennes empêchant ce phénomène. De plus, il faut des lois pour empêcher les patrons de foutre le camp. Il faut des interdictions très dures. Tous ceux qui ont demandé des crédits, et qui s’en vont, ils doivent rembourser.

Le NPA a vu ses effectifs diminuer, et dans le même temps les scores aux dernières élections régionales n’ont pas été bons. Le parti a-t-il encore les moyens des ses ambitions ?
Nous avons perdu des gens car la situation a changé. Quand nous avions créé le NPA, il y avait des millions de personnes dans les rues. Beaucoup ont cru que c’était arrivé. Certains sont partis par déception. Maintenant, nous regagnons de nouveaux militants. La deuxième raison de nos difficultés est cette affaire du voile, faut pas le cacher. Cela a posé plein de problèmes, et à juste titre (une candidate du NPA avait posé sur les affiches électorales dans le Vaucluse, en étant voilée, ndlr.) je pense que ce n’était pas la chose à faire. Mais le NPA, avec la crise du capitalisme, a plus que jamais toute sa place pour proposer d’autres solutions.



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