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Cette coupe du monde n’est pas enthousiasmante

30/06/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 209 | Par Richard Zampa

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Le foot doit rester un spectacle même si ça peut paraître con de le dire ainsi

L’Afrique du Sud aura peut-être réussi sa Coupe du monde mais il y a comme un goût d’inachevé. Ce Mondial n’est pas franchement enthousiasmant. La Gazette s’en explique, aidée par l’ancien sélectionneur des Bleus, Michel Hidalgo en personne.

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« IL Y A PEU de matchs qui m’apportent un vrai plaisir. Il n’y a eu jusqu’ici que peu de grandeur et de beau jeu », déclarait à La Gazette le mythique sélectionneur des Bleus du début des années 80, Michel Hidalgo. Pour être honnête, l’interview a été réalisée jeudi 24 juin dans la dernière phase des matchs de poule. Depuis, selon le principe même des qualifications, le niveau de jeu des équipes encore en lice tend heureusement à s’élever. Logique, direz-vous, puisqu’il ne devrait rester que les meilleures équipes du moment. Mais La Gazette partage, sur certains points, l’avis de son consultant de luxe qui, rappelons-le, a su mener l’équipe de France en demi-finale en 1982 face à une Allemagne trois étoiles. Cette coupe du monde 2010 n’est pas la plus savoureuse de l’histoire à plus d’un titre. Il lui manque un soupçon de magie. Explications.

Des bleus à l’âme
Alors certes, il y a le navet servi en mondiovision par « les imposteurs », comme titrait L’Équipe, pour qualifier ces Bleus sans âme, sans intelligence, sans éthique et sans vergogne, se livrant à une sombre mascarade sur et hors des terrains de football depuis déjà trop longtemps. Une commedia dell’arte qui laisse un goût de cendres tièdes dans la bouche de tout un peuple. Une honte internationale que les responsables – joueurs, cadres et dirigeants – devront justifier. Cette explication s’avère indispensable pour espérer redonner de la couleur à cette équipe ridicule et ridiculisée. Bref, Laurent Blanc d’abord, les instances dirigeantes ensuite, le tout sous un contrôle « modéré » de l’État, devront laver sans délaver. « Il ne faut toutefois pas demander des têtes trop vite. Notre foot national doit recouvrer un peu plus de sérénité. Aujourd’hui, les coupables ont bel et bien conscience du désastre français », lâche Michel Hidalgo. Inutile donc de tirer davantage sur l’ambulance. « Méfions-nous aussi des joueurs champions du monde qui n’ont jamais été entraîneurs et encore moins sélectionneurs mais qui flinguent dans tous les sens. A-t-on entendu Laurent Blanc ? Ou Didier Deschamps ? Non. »
La dignité, le panache, le fair-play sont les maitres mots de l’ancien sélectionneur « car le foot doit rester un spectacle même si ça peut paraître con de le dire ainsi ». Comme nos grévistes millionnaires, Domenech n’a pas, non plus, été exempt de mauvais gestes. Allez, on tire la chasse.

Des joueurs cramés
Qui ne s’est pas plaint du manque de rythme au bout de l’heure de jeu ? Ou du manque de vivacité dans la majorité des matchs de poules ? Et toutes ces blessures ! Quelle surprise aussi de voir certaines grandes équipes, à l’instar notamment de l’Italie championne du monde, passer à la trappe ! « Aujourd’hui, toutes les nations se préparent bien, mais les grands pays du football ont des championnats relativement longs durant la saison, ce qui explique, en partie, leur manque de fraîcheur et toutes ces blessures », explique Hidalgo. Et celui-ci de craindre pour l’Espagne, son chouchou dans ce Mondial : « J’aimerais bien voir les Espagnols aller le plus loin possible car ils ont un football de qualité mais auront-ils la fraîcheur suffisante ? »
Sans oublier le froid, le mauvais temps dans cette partie de l’hémisphère sud à cette époque de l’année. Le banc en témoigne. Des couvertures sur les jambes, des bonnets, des écharpes, des gants… Ce ne sont pas les images auxquelles les téléspectateurs sont habitués pendant la coupe du monde. « En effet, le soleil et la chaleur nous manquent. » En attendant, nous, devant le petit écran, on fait grise mine.

Des tactiques fidèles au principe de précaution
« Il n’y a plus de petites équipes. » On a tous entendu ce sempiternel refrain émanant de commentateurs en manque – décidément – d’inspiration. D’aucuns disent que les favoris se préparent pour être prêts à la sortie des poules, ce qui expliquerait parfois des affiches ennuyeuses, proche de la Ligue 1. Là encore, nombre d’équipes ont évolué avec deux milieux défensifs et un seul attaquant de pointe. Un « 4-2-3-1 » qui s’est souvent vite recroquevillé en un « 4-5-1 » par peur d’encaisser un but. Plus que tout en début de compétition, les sélectionneurs ont voulu éviter la défaite. « Mais la tactique ne fait jamais une équipe », tacle Michel Hidalgo. « Il faut revenir à la simplicité : jouer ballon au pied, jouer le démarquage, jouer collectif sans ne mettre qu’un seul attaquant. La simplicité, c’est du génie, c’est de la qualité. En équipe de France, on a mis des joueurs à des postes qu’ils n’occupaient même pas en club. Comment voulez-vous constituer un collectif ? Ce ne sont même pas de grands individualistes ! On aurait aimé… Franchement, le spectateur moyen ne comprend rien à ces stratégies. »

Un ballon pourri ?
Le Jabulani n’est-il pas davantage une arme anti-frappeur qu’une arme anti-gardien ? Critiqué par les joueurs pour être un ballon de mauvaise qualité car flottant, difficilement contrôlable surtout sur les longues passes, il n’a toutefois pas empêché les Allemands, les Portugais ou les Argentins de faire twister les filets adverses. « Il ne faut pas oublier que ce ballon fait toujours le même poids. La différence, c’est qu’il n’est plus en cuir. Il a peut-être des trajectoires bizarres mais il est le même pour tout le monde, non ? » contre-attaque l’ex-patron des Bleus.

Un arbitrage contesté : errare humanum est
Les deux rencontres, Allemagne-Angleterre et Argentine-Mexique, ont ravivé la polémique sur l’absence de vidéo dans le football du 21e siècle, notamment lors des grands rendez-vous internationaux. Avec les moyens techniques actuels, il semble, aujourd’hui encore, anormal de ne pas y avoir recours, afin d’éviter de graves erreurs d’arbitrage (pointons du doigt le but non accordé des Britanniques qui leur aurait peut-être permis de redessiner la physionomie du match à 2-2 à la mi-temps ; et ce hors jeu flagrant qui, en revanche, permet aux Argentins d’inscrire leur deuxième but). Surtout que les écrans géants des stades confirment ou infirment en direct la décision arbitrale, sous le regard le plus souvent médusé du public. Les ralentis sur les actions litigieuses n’étant en général pas rediffusés. Les instances de la Fifa friseraient-elles alors à ce point l’autisme pour ne pas s’apercevoir que les arbitres, bien qu’extraordinairement préparés, ont atteint leurs limites humaines tout simplement ? L’heure est au réveil. Question de justice et peut-être même de fair-play. Après tout, l’arbitre-assistant de France-Italie en 2006 ne s’est-il pas appuyé sur la vidéo pour sanctionner le coup de boule de Zidane et ainsi faire basculer la finale ?

Au diable les vuvuzelas
Ces « trompettes du diable » n’ont jamais aussi bien porté leur nom. En nombre au début de la compétition, filtrées par les télévisions au fil des semaines, elles ont agacé plus qu’envoûté les rencontres tant devant le petit écran que dans les tribunes. L’ambiance assourdissante aurait également perturbé les joueurs dans leurs échanges sur le terrain et dans leur concentration. Alors certes, la vuvuzela « fait partie du folklore » sud-africain mais où est l’ambiance habituelle des stades enflammés par les cris, les sifflets et les encouragements sur les moments chauds ? On a sacrifié la vraie tradition footballistique sur l’autel de la tradition sud africaine, une petite nation de foot qui a, on ne le dira jamais assez, humilié la France.

L’Afrique du Sud vous fait-elle rêver ?
On dira bien sûr que l’Afrique du Sud, la terre de Nelson Mandela, a réussi sa coupe du monde. La première sur le continent africain. Mais franchement, outre l’exotisme du pays saupoudré d’un discours politiquement correct, les problèmes liés à l’insécurité, à la misère, à l’éducation, au racisme, au sida et, moins graves bien que notoires, aux infrastructures à peine achevées aux abords des stades, nous laissent sur notre faim. Pour toutes ces raisons, cette coupe du monde nous rappelle (trop) vite à la réalité et ne nous enthousiasme guère.



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