Stéphane Leneuf et les jeunes loups
13/07/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 211 | Par redaction
Portraits. Stéphane Leneuf, rédacteur en chef adjoint de France Inter et qui a vécu plusieurs années à Dijon a publié au printemps Le goût du pouvoir, où il décrypte les personnalités de ceux qu’on surnomme « les jeunes loups de la politique. » Mais sont-ils vraiment différents de leurs aînés ?

LA GAZETTE : Vous avez choisi quinze personnalités politiques appartenant à la nouvelle génération. Comment avez-vous choisi ces hommes et ces femmes ?
STÉPHANE LENEUF : J’ai commencé par établir une liste des « jeunes loups » âgés de 35 à 45 ans, ministres ou en situation de l’être un jour, et qui sont députés ou maires. J’avais vingt ou vingt-cinq noms sur une liste. Je voulais des têtes d’affiche, des gens médiatiquement reconnus.
Certains ont-ils refusé pour d’autres raisons ?
Oui. Vincent Peillon qui avait pourtant accepté dans un premier temps. Mais après les Européennes de 2009, il s’est inscrit dans une démarche plus individualiste, et il a finalement refusé. Olivier Besancenot n’a pas souhaité me rencontrer. Marine Le Pen était prévue. Mais je savais qu’en voyant son nom sur la liste, des gens de gauche auraient refusé de me rencontrer.
Olivier Besancenot, au niveau des valeurs démocratiques, ça ne vaut pas mieux que Marine Le Pen…
Sauf que lui n’entend pas exercer le pouvoir…
Heureusement… Et quels ont été les autres refus ?
Laurent Wauquiez ne m’a pas répondu. Des gens comme Nadine Morano ou Frédéric Lefebvre étaient sur une short-list, je les avais contactés, je n’ai pas eu de retour et je n’ai pas insisté. Avec mon éditeur, nous avions au départ eu l’idée d’avoir dix-sept portraits. Finalement, il n’y en a eu que quinze. Ils n’ont pas été très difficiles à convaincre. Au départ, il devait y avoir autant de gens de droite que de gauche. Finalement, avec les refus de certains, il y a eu plus de gens de droite.
Comment se sont passés ces entretiens ?
Bien, sans doute parce que je ne suis pas journaliste politique. Et ils étaient donc beaucoup plus détendus. Ensuite, parce que ce genre de livre est très peu courant. Je crois même qu’il s’agit du premier ouvrage consacré à cette génération. Je ne voulais pas écrire un livre exclusivement consacré à la politique. Je souhaitais les faire parler de leur parcours, mieux connaître leurs personnalités, savoir quelles sont leurs ambitions.
En lisant le passage consacré à Xavier Bertrand, on devine que l’échange n’a pas été des plus chaleureux…
En effet. Il m’avait reçu deux jours après les élections européennes, il avait été assez touché par le résultat et, personnellement, ce scrutin ne lui avait pas profité. Il a assuré avec moi le service minimum, un peu obligé de me répondre. Il faut savoir également qu’il n’aime pas beaucoup les journalistes, et accessoirement ceux de France Inter. Mais les autres se sont montrés courtois et ont accepté de prendre du temps pour me répondre.
Avec la langue de bois qui les caractérise ?
Ils savent la maîtriser. C’est aussi un outil de communication intergénérationnel. Quelqu’un comme Jean-François Copé, qui ne cache plus ses ambitions présidentielles, est dans une logique de communication. Il se lâche un peu plus.
« Les femmes évoluent dans un milieu très machiste » Avez-vous vraiment l’impression que ces « jeunes loups » soient fondamentalement différents de leurs aînés ?
Pas vraiment. Ils ne font pas vraiment de la politique autrement, à part peut-être dans le lien qu’ils ont avec les électeurs via Internet. La communication va plus loin, mais ils restent assez méfiants par rapport à Internet, car ils ne maîtrisent pas tout. Mais sur le terrain, ils ont les mêmes réflexes que leurs aînés…
Sont-ils frustrés par la longévité de leurs aînés ?
Oui, surtout à gauche. Certains, comme Valls ou Montebourg, éprouvent une vraie rancœur à l’encontre de Lionel Jospin, qui n’a pas su faire avancer cette nouvelle génération. Nicolas Sarkozy, lui, l’a fait, et ils auraient aimé que Jospin, au lieu d’aller chercher des anciens, leur fasse davantage confiance.
L’attrait du pouvoir passe-t-il avant l’intérêt général ?
Ils ne sont pas avides de pouvoir. Car pour beaucoup, la politique n’est pas leur unique façon de subsister. Ils pourraient tous ou presque retourner dans le privé. Ils ont, je pense, un vrai sens de l’intérêt général et de l’action publique. Je ne suis pas persuadé que tous rêvent de l’Elysée. Certains le disent, comme Copé. D’autres sont plus évasifs sur la question. Ils ont tous de vraies qualités. Mais pour quelqu’un comme Manuel Valls, assez isolé au PS parce qu’il n’hésite pas à évoquer des sujets sensibles pour la gauche (immigration, sécurité), cela risque d’être difficile.
Plusieurs femmes (Rama Yade, Nathalie Kosciusko-Morizet, Aurélie Filipetti, Valérie Pecresse, Najat Belkacem) apparaissent dans votre livre. Leur façon de faire de la politique est-elle différente ?
Elles évoluent dans un milieu très machiste, et ce n’est pas facile pour elles. Mais c’est une excellente chose que des femmes percent au plus haut niveau. Leur principal handicap, c’est de ne pas pouvoir compter sur des réseaux aussi puissants que ceux des hommes. Alors, elles peuvent être parfois plus dures qu’eux, mais elles sont obligées. Une femme comme Nathalie Kosciusko-Morizet est en train de se construire une vraie carrière politique…
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