Plus il y a de fous, plus on Ruiz
25/08/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 212 | Par Jérémie Demay
Délirant. Les textes d’Olivia Ruiz ont le pouvoir de transporter et de mettre en mots les univers fantastiques. Le cinéaste Tim Burton le fait en films. Elle, c’est en musique.

D’ABORD ÉTIQUETÉE candidate Star Ac’, le parcours d’Olivia Ruiz aurait pu se limiter à la simple variét’ de la bande FM. Mais avant son passage dans le château de TF1, son enfance baignait déjà dans les Brassens, Montand, et autres Bécaud. Pas de chance, ces influences ont tendance à la suivre et à guider son inspiration. Il ne faut donc pas s’attendre a ce qu’elle chante l’amour nié et simpliste coloré au rose d’une Candy surannée. Dans une de ses premières bafouilles J’aime pas l’amour elle chante : « En v’là du baratin / tout gluant de glamour / c’est du Pascal Jardin / dans ses plus mauvais jours ». C’était en 2003, et depuis, ce thème elle ne cesse de le lorgner, sans jamais tomber dans le surfait.
En 2005, elle cisèle un texte, avec un refrain tout en allitérations sur les amours hypocrites remplies de non-dits et d’apparences. Il faut avouer qu’elle a eu un petit coup de main en la personne de Christian Olivier, le couturier des textes surréalistes des Têtes raides : « On s’est menti autant de fois / que l’on se disait tout cela / tous les matins et les midis et toute la semaine aussi. / C’est ridicule mais c’est comme ça / si l’on recule on voit tout ça / on voit s’éteindre dans le ciel les étoiles et les arcs-en-ciel / on verra bien tu me disais / ce que cela fera après / dans le lit de tous les non-dits / sommeillent tous nos paradis ». L’amour devient même complètement psychopathe dans son dernier album avec Les crêpes aux champignons. La trame baigne dans un mystère déstabilisant. Son amour est parti. Est-il mort ? Est-il loin ? L’a-t-elle tué ? Quelques indices traînent dans la chanson : « Il est parti ce matin / je ne l’ai pas retenu / il est parti comme un rien / comme si c’était entendu. » Plus loin : « Allez, rentre ce soir / promis, je ne touche plus au poignard. » À force de crier son désespoir, ses voisins râlent : « Ils disent que je suis folle / que c’est moi qui l’ai tué / que mes idées s’envolent / que j’ai tout oublié / moi, je sais que c’est faux. » Mais au cas où son compagnon reviendrait, elle lui prépare des crêpes aux champignons. Empoisonnés ? L’histoire ne le dit pas.
Toute la force des textes d’Olivia Ruiz réside dans cette magie promenant l’imaginaire suffisamment loin, mais sans jamais rien imposer. Les couleurs, les personnages, les décors… tout cela est laissé au libre arbitre de chacun. Car, la discographie de cette fille du sud serait bien terne si elle ne chantait que l’amour, même de façon originale. Elle écrit le temps passé, qui coule… Parfois mélancolique, sa plume vise juste et se plante dans le cœur. Dans Le saule pleureur : « L’arbre qui nous aimait a cessé de grandir /et, comme pour se venger, s’est changé en chardon. / Il s’est laissé sécher comme mon sourire. / Il porte à sa façon nos larmes en fanion. »
Olivia Ruiz sait et aime s’entourer. Ses collaborations sont multiples. Elle appelle d’abord Chet, le poète de l’amour sombre et puissant. Puis elle choisit Néry, ancien membre des VRP, qui participe pleinement à son premier opus J’aime pas l’amour. N’appréciant définitivement pas la solitude, pour La femme chocolat son casting impressionne par sa qualité : Juliette, Nery (encore), Christian Olivier, Christophe Mali, Chet, et Mathias Malzieu. Avec ce dernier se développe une relation de travail et de cœur. Rien d’étonnant dans cette histoire, leurs univers sont si proches que chacun a la clé du jardin secret de l’autre. Olivia aime aussi prendre des risques et se confronter à des ambiances et des personnes totalement opposées. Ainsi, elle a collaboré avec Salvador Adamo. Une expérience qu’elle avait confiée à la Gazette lors de sa dernière visite à Dijon : « Quand je travaille avec Salvador Adamo, ce n’est pas tout à fait mon univers. C’est ça qui est chouette. On trouve des compromis. Ainsi, je ne suis pas dans quelque chose que je ne revendique pas, et dans le même temps, ce n’est pas forcément le type de répertoire que je défendrais sur mon propre disque. C’est rigolo. » L’amusement, le plaisir, l’évasion. Trois mots résumant les prestations scéniques et musicales d’Olivia Ruiz .
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