Politique

François Hollande : « L’ovniprésidence est source de malaise »

29/09/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 217 | Par Richard Zampa

Réagir Télécharger le numéro

Soyons déjà dans l’après-Sarkozy

De passage sur le salon littéraire Les Mots Doubs à Besançon, François Hollande, député socialiste et président du conseil général de Corrèze, s’est livré au jeu des questions-réponses dans nos colonnes. Dans ce « climat de défiance » celui qui se verrait bien locataire de l’Élysée en 2012, s’exprime sur « la construction » de la gauche, les primaires, le sarkozysme et « la crise institutionnelle qui en découle », la République, les retraites…

itw-hollande-GB061010

LA GAZETTE : Droit d’inventaires est paru aux Éditions du Seuil en 2009. Alors que les primaires en vue des présidentielles nourrissent l’actualité, est-ce là un énième livre sur la gauche qui promet tout ?
FRANÇOIS HOLLANDE : C’est un livre qui essaie de tirer les conclusions sur ce que nous avons réussi et sur ce que nous avons manqué à chaque fois où nous avons été au pouvoir et dans l’opposition. Ce n’est pas un livre pour évoquer le passé avec nostalgie mais un livre pour préparer l’avenir avec certitude. Je fais ce récit mais je me tourne surtout vers 2012 avec des propositions.

Est-ce votre profession de foi à deux ans des présidentielles ?
F. H. : C’est une longue profession de foi en effet. Ce livre est la clarification d’une démarche. C’est à la fois une méthode, une expérience et un projet. Ceci dit, je ne suis pas encore dans la rédaction de la déclaration de ma candidature. Je m’y prépare, je le dis. Depuis ce livre, j’ai travaillé sur un certain nombre de thèmes comme l’éducation, la fiscalité, la jeunesse et la politique étrangère… Je pense que la préparation d’un rendez-vous comme l’élection présidentielle, avec les primaires en préambule, représente un travail conséquent et sérieux ; nul ne peut s’improviser devant les Français sans ce travail sur soi et ce, quelles que soient son image ou sa popularité.

On parle aujourd’hui de pacte chez les socialistes, d’arrangements entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Khan, les dés de ces primaires sont-ils pipés ?
F. H. : Que des personnalités s’arrangent, ça les regarde. Si elles veulent à deux, trois ou quatre se mettre au clair pour n’en soutenir qu’un, c’est leur affaire. Mais les primaires auront lieu. Ce n’est pas parce que ces personnes-là s’arrangent de leur côté que pour autant la primaire, qui définira le candidat, ne peut pas se tenir. Pour être plus précis encore, je ne crois pas aux arrangements. L’élection présidentielle, dont la primaire est la phase préalable, est l’affirmation d’une volonté de convaincre son parti, demain le pays, pour le représenter. Ça ne peut pas être une candidature par défaut, par arrangements, par lassitude ou manœuvres. On ne peut pas être candidat parce que d’autres n’y sont pas allés.

Dans cette course à la présidentielle, les socialistes sont-ils crédibles dans ce qu’il convient d’appeler « la construction » ?
F. H. : C’est ce que je m’efforce de faire. Je pense qu’être dans l’antisarkozysme – que je peux comprendre face aux excès, aux décisions, aux excès du président de la République – n’est toutefois pas un programme, ni une position. C’est une facilité si ce n’est pas suivi d’une construction. Donc, ce qui attend les socialistes, ce n’est pas une victoire par rejet.

Oui mais aujourd’hui, ne pensez-vous pas que les Français voteraient à gauche par défaut ?
F. H. : Si c’était le cas, cette victoire serait lourde de conséquences. Car elle serait le fruit d’un malentendu. Ce qui serait grave, c’est que les Français ne choisissent pas une politique, un homme ou une femme, pour les représenter, mais simplement pour écarter la politique de Nicolas Sarkozy. Or ce qui attend le prochain président de la République, ce sont des décisions fortes, lourdes, concrètes sur la dette publique, l’éducation, la fiscalité, la jeunesse. Donc, on ne peut pas avoir la confiance de son pays lorsqu’on a été élu seulement par défiance de l’adversaire.

L’union de la gauche ou plutôt des gauches démontre votre détermination à lutter contre le sarkozysme mais comment parvenir justement à gouverner avec toutes ces gauches ?
F. H. : L’alliance des gauches ou le rassemblement de la gauche, que je préfère avec notamment les écologistes, doit se faire sur un projet. Il ne s’agit pas de nous mettre ensemble seulement pour gagner et écarter Nicolas Sarkozy car nous ne tiendrions pas longtemps. Le capitalisme financier sera toujours là, la mondialisation n’aura pas disparu, notre dette et nos déficits ne se seront pas volatilisés. Cessons alors de nous focaliser sur Nicolas Sarkozy, nous savons de toute façon que ce sera notre adversaire lors de ces élections. Soyons déjà dans l’après-Sarkozy.

Y a-t-il une véritable crise institutionnelle, selon vous ?
F. H. : Il y a une crise dans l’exercice du pouvoir au sens où l’hypercentralisation des responsabilités, ce que l’on appelle aussi l’omniprésidence ou l’ovniprésidence, est source de malaise non seulement dans l’opposition mais aussi dans la majorité. Il y a une sorte d’esprit de décomposition qu’on a pu ressentir à la suite des journées parlementaires de Biarritz. Il faut en tirer aussi les conséquences. Nous devons revendiquer des pouvoirs importants pour le chef de l’État qui a la légitimité puisqu’il est élu au suffrage universel. Mais en même temps, un homme ou une femme ne peut pas décider seul(e). Et s’il y a une crise, c’est parce que le parlement est abaissé, les partenaires sociaux déconsidérés et oubliés, les collectivités locales asphyxiées, les citoyens sans repères. Il ne peut pas y avoir de présidence réussie s’il n’y a pas un partage du pouvoir.

Les députés socialistes ont sorti à l’Assemblée leur écharpe tricolore lors du vote de la réforme des retraites. Par ce geste symbolique, faut-il voir un programme et un retour aux valeurs de la République de la part de la gauche ?
F. H. : Si les députés socialistes ont revêtu leur écharpe, c’est parce qu’ils avaient vécu très douloureusement la fin des débats décidée par le président de l’Assemblée nationale. Ils voulaient montrer la dignité qui normalement devrait présider lors des délibérations dans la chambre qui procède, elle aussi, du suffrage universel direct. Vous avez raison cependant, il y a une symbolique derrière ce geste. La République n’est ni de gauche, ni de droite.  Notre “vivre ensemble”, notre identité commune, c’est la République. Le socialisme est la République jusqu’au bout, c’est-à-dire qu’on a à la fois la conviction que le progrès peut se poursuivre et que l’égalité permettra à chacun de réussir sa vie. J’appelle ça le rêve français. Génération après génération, on considérait qu’on pouvait vivre mieux. Or aujourd’hui, ce sentiment semble inversé.

La République est-elle selon vous « abimée », « piétinée », comme l’affirment certains de vos collègues socialistes et êtes-vous en accord avec ces déclarations ?
F. H. : Nicolas Sarkozy est dans l’excès et il veut nous entraîner dans tous ses excès…

Et il y arrive ?
Il peut y arriver. Ce que je dis à mes amis socialistes, c’est de ne pas céder à cette tentation. Surtout ne passez pas à la surenchère, à la transgression, au dépassement des règles. Face à l’agitation, montrons notre calme. Face à l’esprit de division, soyons rassemblés. Face à la défiance, faisons preuve de confiance. Plus largement, je pense que Sarkozy aime le conflit, il en a besoin et il le cherche. Face à cette perpétuelle ouverture de polémiques, de querelles, il faut montrer qu’on veut autre chose. En un mot, rassembler les Français.

Cette crise à la française est-elle symptomatique d’un épuisement du pouvoir ?
F. H. : Il y a sûrement un épuisement de la présidence Sarkozy dans toute cette agitation médiatique, dans sa méthode, ses annonces, ses déplacements, ses promesses… L’épuisement a pour conséquence un abaissement de la politique. Nous ne sommes pas nous-mêmes à l’abri de cette dévalorisation de la parole publique. Quoi qu’on ait pensé de l’élection de 2007, je sais qu’elle a levé une attente pour une partie du pays et l’échec que Sarkozy rencontre aujourd’hui ne doit pas être l’échec de la volonté politique.

Le sarkozysme est-il mort ?
F. H. : Non. D’abord parce qu’il existe une droite en France qui n’est jamais loin de la majorité même lorsqu’elle est dans l’opposition. Ensuite, Nicolas Sarkozy a du ressort et il n’hésitera pas à toucher notamment les catégories populaires par des réflexes de peur, d’émotions. Il ne fait jamais de déclarations par hasard et il n’utilise pas des mots par erreur. Quand il crée la polémique sur les Roms, il sait qu’une large partie de son électorat adhère à cela. Quand il se fâche avec le président de la Commission européenne ou lorsqu’il remet en cause les propos de la commissaire luxembourgeoise, ce n’est pas innocent. Il sait que beaucoup dans notre pays n’ont pas une haute estime de l’Europe. Les réflexes sur l’insécurité jouent, de toute façon, en sa faveur, et il s’échine à démontrer que la gauche serait laxiste dans ce domaine-là, ce qui est faux. Il est dans cette veine populiste et c’est aussi pour cette raison que l’élection 2012 n’est pas jouée.

Si la gauche gagne en 2012, quel serait son premier chantier ?
La réforme fiscale. Le premier chantier est celui qui autorise tous les autres. Ce n’est pas non plus celui qui va résumer le quinquennat mais il autorisera de croire à la réussite de la législature. Il n’y aura pas la possibilité de faire une nouvelle réforme des retraites, de l’assurance maladie, de l’État…

… Est-il crédible de promettre de rétablir l’âge de la retraite à 60 ans ?
On peut le faire à condition de l’expliquer. Ceux qui ont commencé à travailler avant l’âge de 20 ans et qui ont quarante-deux, quarante-trois, quarante-quatre ans de cotisations doivent pouvoir partir à 60 ans. Pour ceux qui ont commencé à travailler à 20 ans et plus, ils ne prendront pas leur retraite à 60 ans sauf s’ils acceptent une décote. Il faut dire la vérité avec en toile de fond ce souci de justice fiscale.



Revenir en haut de page

Laisser une réponse

Votre nom :
Votre email :
L'email de votre ami :
Votre message (facultatif) :
La fin des haricots ?
En savoir plus [+]
Télécharger le numéro 296 de La Gazette de Côte d'Or au format PDF Archives
Revenir en haut de page