Isabelle de Almeida : « Il n’y a pas que les élus qui font de la politique ! »
29/09/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 217 | Par Arnaud Bousquet
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Lundi, à 18 h 45, Arnaud Bousquet recevait Isabelle de Almeida, secrétaire départementale du Parti communiste.

ARNAUD BOUSQUET : Un homme, seul, à la tribune des Nations Unies. Il déclare, solennellement, qu’il faut taxer les transactions financières pour aider les pays pauvres… S’agit-il de Leonid Brejnev, de Fidel Castro, de Kim Jong Il ? Non, celui qui veut taxer les mouvements de capitaux, c’est Nicolas Sarkozy, pas plus tard que la semaine dernière ! Quelle est votre réaction, vous, la responsable communiste ?
ISABELLE DE ALMEIDA : J’ai l’impression que le président de la République est plus rapide pour annoncer ça à la tribune des Nations Unies plutôt que d’appliquer, déjà en France, la suppression du bouclier fiscal. Le nombre de bénéficiaires du bouclier fiscal augmente : plus de 200 000 personnes vont toucher un gros pactole en cette rentrée. Alors, qu’il commence par supprimer ce bouclier fiscal et ça donnera un peu plus de crédibilité à sa proposition dans le monde ! Toute sa politique est un effet d’annonce, avec une politique réactionnaire derrière.
Votre analyse d’un sondage sans appel : deux Français sur trois ne croient pas au retour du départ à la retraite à 60 ans. D’abord, comprenez-vous cette résignation majoritaire ?
Moi, j’ai vu d’autres sondages d’opinion, ainsi que la mobilisation dans la rue et les grévistes. J’ai l’impression que les salariés savent qu’on pourrait financer la retraite à 60 ans en taxant les revenus financiers. Les Français sont maintenant en capacité de dire : « Voilà ce qu’il faudrait pour financer la réforme des retraites ».
Mais maintenant que le projet de loi a été voté par l’Assemblée, comment vous comptez vous y prendre pour revenir à 60 ans ? De quel arsenal disposez-vous ? Ne me dites pas que vous comptez sur les sénateurs cette semaine !
Je pense que les sénateurs, notamment ceux du groupe communiste et citoyen, vont mener la bagarre. Plus de 400 amendements sont prévus, comme l’ont fait les députés. Le bras de fer, c’est le gouvernement et Nicolas Sarkozy qui l’ont mis en place. C’est un moment de rapport de forces qu’il faut élever. 150 000 pétitions ont été remises à l’Assemblée nationale. À l’ouverture au Sénat, nous en porterons 250 000.
Comment, avec l’allongement de l’espérance de vie, on peut rester à une retraite à 60 ans avec un taux plein à 65 et sans allonger la durée de cotisation ?
Il y a d’autres sources de financement qui peuvent être examinées. Je l’ai dit, en faisant cotiser les revenus financiers des entreprises à la même hauteur que les cotisations patronales actuelles. Ça ferait plus de 25 milliards d’euros dans les caisses pour la retraite. Si on revient sur les exonérations à tout va des cotisations patronales, ce sont 30 milliards d’euros.
Pour la présidentielle, maintenant, les communistes devraient-ils participer aux primaires ouvertes promises par le Parti socialiste ?
Pour le moment, le Parti communiste n’a absolument pas décidé de participer aux primaires qui sont une pré-présidentialisation de ce moment politique, la présidentielle, que nous trouvons plutôt anti-démocratique. Nous, nous préférons travailler à un projet partagé avec tous ceux qui luttent et qui mettent beaucoup d’énergie dans l’élaboration d’un projet pour battre Sarkozy en 2012 et réussir durablement à gauche. Alors plutôt que de parler de l’homme ou de la femme providentiel(le) qui pourrait porter un programme fait de plein de promesses, nous préférons créer un pacte d’union populaire, notamment avec les organisations syndicales, les gens qui luttent ou les associations.
Mais un jour, il vous faudra bien choisir un candidat pour la présidentielle. Est-ce que cet homme ou cette femme pourrait ne pas être communiste ?
Nous examinerons toutes les possibilités et donc pas uniquement quelqu’un qui soit adhérent du Parti communiste, mais quelqu’un qui puisse rassembler, y compris les militants communistes.
Et localement maintenant, que représente le Parti communiste ? Parce-que vous avez quitté le conseil municipal de Dijon en 2008, le conseil régional au printemps dernier : qu’est-ce qu’il vous reste comme espace d’existence, en dehors des manifestations ?
Mes espaces de vie sont très nombreux ! Mon engagement politique remplit très bien ma vie sans avoir de mandats électifs. Heureusement qu’il n’y a pas que les élus qui font de la politique. Moi, j’en appelle plutôt aux gens, aux citoyens, aux hommes et aux femmes de ce pays à se mêler de la politique. Je ne fais pas que manifester. On a besoin de renouveler notre démocratie et fortement nos institutions.
Vous trouvez que la majorité municipale à Dijon, par exemple sur les questions essentielles de la sécurité ou des finances publiques, penche un peu plus à droite qu’à votre époque ?
Déjà en 2007, les questions autour de la sécurité avaient soulevé un débat au sein de la majorité municipale. En 2008, je suis partie, pensant qu’il ne fallait pas glisser vers la droite avec le MoDem. D’ailleurs, la preuve est faite aujourd’hui que le MoDem est bien une formation de droite et que les alliances avec la droite ne pouvaient conduire qu’à des propositions en demi-teinte par rapport aux exigences des gens.
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