Le « héraut » de l’AJA
27/10/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 221 | Par Jérémie Demay
Formé à Sochaux, Lucien Denis a propulsé Auxerre en D1. Avant, il a été la doublure de Patrick Dewaere dans Coup de tête. Aujourd’hui, il commente les matchs sur RMC.

LES CHEVEUX BOUCLÉS, bruns, mi-longs, frôlant les épaules, Lucien Denis, à la fin des années 70 avait clairement l’apparence d’un footballeur post épopée des Verts. Le Charentais est né à Cognac. « J’ai eu la chance de naître à côté d’un terrain de foot. Même si j’étais dans un pays de rugby, ma mère n’a pas voulu que j’y joue car ce sport lui semblait trop brut. Donc je traversais la route pour aller jouer au foot. » Bien lui en a pris. Il aime ce jeu, et en plus il se défend plutôt bien. Il passe le concours de jeune footballeur. Préparé par son premier entraîneur, Tony Puchait, il réussit brillamment l’épreuve : « J’ai fini troisième à Paris. Pour l’anecdote, Rocheteau a pris la trentième place… Quelques clubs ont commencé à s’intéresser à moi, dont Saint-Etienne, Sochaux, Valenciennes… Mon père m’a dit d’aller à Sochaux, car c’était un club qui formait des joueurs. En 1971, je suis parti dans ce club » se souvient Lucien. C’est avec ce club qu’il disputera son premier match en Première division. C’était le 20 novembre 1974, face à Rennes. Sochaux s’impose deux buts à un. La même année, il effectue son service militaire, en portant notamment les couleurs de l’équipe de France de l’Armée, mais il se blesse au genou. Une sale blessure, qui mettra du temps à se remettre. En plus, Lucien emporté par la fougue et l’envie de la jeunesse, remonte parfois trop vite sur la pelouse. Sa blessure l’écarte des terrains pendant quelques mois. Les responsables sochaliens de l’époque, dont René Hauss, pensent qu’il ne pourra plus jouer en professionnel, et encore moins des matchs de première division. Progressivement, ils commencent à lui expliquer qu’il ferait certainement un bon joueur, mais de deuxième division… L’entraîneur de Sochaux connaît bien Guy Roux. Ce dernier comprenant tout le potentiel de ce défenseur athlétique, solide, et débordant d’envie, le fait signer à l’A. J. Auxerre. En 1976, le club icaunais n’a qu’un rêve : monter en première division. Le club est en D2 depuis deux ans. Pour s’assurer toutes les chances de monter, l’AJA recrute la même année que Lucien, Serge Mesonès, Dominique Cuperly, Jean-Marc Schaer.
En 1977, Jean-Jacques Annaud, jeune réalisateur de cinéma, veut faire un film autour du football. Coup de tête, avec en tête d’affiche Patrick Dewaere. L’histoire se déroule dans une petite équipe de province, Trincamp, d’où Patrick Dewaere se fait éjecter et perd tout. L’équipe, lors d’un déplacement, a un accident. Il manque un joueur, et Patrick Dewaere réintègre non seulement le groupe, mais marque le but de la victoire. « Passer sur le grand écran, avec un metteur en scène, c’était excitant. » Car Lucien Denis apparaît dans le film : c’est lui qui assure la doublure de Dewaere pour les scènes de football : « C’était un footballeur d’une nullité comme j’en ai rarement vu ! Nous avions peur qu’il se casse la jambe en tapant dans le ballon. C’est paradoxal car il avait l’air assez sportif. Mais le voir jouer au foot, c’était invraisemblable ! »
L’année suivante, Auxerre se qualifie pour la finale de la coupe de France. Comme Trincamp au cinéma ! « Nous nous sommes beaucoup inspirés de Tricamp. Pendant l’aventure de la coupe il nous est arrivé de chanter Allez Trincamp, allez Trincamp. Histoire de rigoler, mais nous ne pensions pas pouvoir aller jusqu’en finale. » Première finale de coupe de France dans l’histoire de l’AJA, qui emmènera les Canaris nantais jusque dans les prolongations. Mais Auxerre s’incline au final quatre buts à un.
La saison 1979-1980 sera celle de la montée. Lucien Denis n’est pas innocent dans cette accession. Dernière journée du championnat, Auxerre est à égalité avec Avignon. L’AJA reçoit l’AS Cannes. Grâce à sa victoire deux buts à un, les Bourguignons devancent Avignon et grimpent en première division. Le but de la montée, c’est Lucien qui l’a marqué : « Il reste dix minutes à jouer. Je reçois un ballon sur le côté droit. Je marque le but d’une vie, d’une carrière ! Je suis sur le long de la ligne de touche, j’élimine trois mecs, j’arrive aux six mètres, et je frappe en haut de la lucarne au deuxième poteau. Je n’ai pas saisi tout de suite que j’envoyais le club en D1, et que cela allait durer plus de trente ans ! » s’enthousiasme encore Lucien Denis.
En 1983, un jeune défenseur commence à percer à l’AJA. Basile Boli devient le concurrent principal de Lucien Denis. Le club de Lille louche sur sa carrière et aimerait bien qu’il rejoigne leur effectif. Guy Roux n’est pas contre. Mais Lucien demeure très attaché au club de l’Yonne. Il demande alors à Auxerre de le prêter, et donc reste encore sous contrat avec l’AJA. Il joue à Lille pendant un an, puis retourne à Auxerre. « Il me restait un an de contrat. Je leur ai demandé qu’ils me rendent mon année de contrat. J’ai ensuite atterri à Troyes en quatrième division. » Lucien Denis finira sa carrière de footballeur à Sens, en division d’honneur. « J’avais trente-trois ans, mais j’avais fait ce que j’avais à faire. »
Pourtant, le virus des terrains reste en lui. Il devient consultant football pour des radios locales d’Auxerre. Puis en 2000, c’est RMC qui le contacte : « Cela a été la découverte d’une passion. Ça fait dix ans cette année que je suis leur correspondant à Auxerre. Je commente aussi à Troyes, et à Dijon. Je suis passionné par le football et conquis par la radio. Cela me permet aussi de rester en contact avec tous les anciens joueurs qui sont maintenant dans les staffs. » Né à côté d’un terrain, Lucien en a fait sa passion et son métier. Il transmet son enthousiasme par les ondes. N’utilisant jamais de détour dans les conversations, il sait rester discret sur son passé. Lucien est un exubérant… discret !
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