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Le courage de la non-violence

27/10/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 221 | Par Jérémie Demay

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Le mouvement social n’est pas forcément l’expression d’une radicalité 

La belle endormie, dans les grands mouvements sociaux, tombe rarement dans les excès de la violence. Un comportement que Jean Vigreux, maître de conférences en histoire contemporaine, explique par la typologie et la sociologie de Dijon.


LA GAZETTE : Dijon demeure, dans ses réactions aux mouvements nationaux, souvent tempérée. Comment peut-on l’expliquer ?
JEAN VIGREUX :  Tout dépend de la période où l’on se place. Entre le XIXe, le XXe, et maintenant le XXIe, nous ne sommes pas sur les mêmes temporalités et les mêmes sociologies dijonnaises. Au XIXe par exemple, suite au coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte, la région connaît quelques réactions, surtout dans la Nièvre. Dijon ne bouge pas. Avec le mouvement communaliste, il y a eu une commune au Creusot, Dijon n’en a pas. Tout ceci va changer quand la sociologie de la ville, avec la révolution industrielle, va connaître une arrivée importante d’ouvriers. Avec la mise en place de la Bourse du travail, ou la naissance de la CGT en 1895, Dijon devient un lieu de luttes sociales importantes. D’ailleurs, c’est une des premières villes qui bascule au socialisme. En 1919, il y a une grande grève des cheminots. Ils seront tous licenciés. Tout dépend donc de l’entraînement de Dijon dans les mouvements nationaux.

C’est-à-dire ?
Par exemple, les grèves du Front populaire ; Dijon en connaît de très importantes. Les événements de mai-juin 1968, la ville rencontre des mouvements sociaux importants. Idem en décembre 1995. Cela s’explique par le changement de la population. Il y a moins d’ouvriers qu’en 1936, mais on trouve une tertiarisation de la ville, avec un nombre important de fonctionnaires ou de parapublic. La ville devient de plus en plus grande. On peut dire que Dijon n’est pas une avant-garde des mouvements sociaux, mais ce n’est pas non plus une arrière-garde.

Vous avez cité l’exemple de mai 68. À Dijon, le mouvement n’a pas connu de gros débordements comme dans le Quartier latin avec ses barricades…
Oui, mais il ne faut pas mythifier 68 sur le Quartier latin. Ce qui compte, c’est ce qui s’est passé en France. Il y a eu de très grandes manifestations, mais qui sont largement unitaires. Les syndicats ouvriers, de la fonction publique et étudiants, défilaient dans les mêmes cortèges. Il n’y a pas cette violence qu’on a pu voir à Paris, à Lyon, ou même à Sochaux. Là-bas, des ouvriers ont été tués ! À Dijon, on ne trouve pas cette radicalité violente. Et heureusement ! Le mouvement social n’est pas forcément l’expression d’une radicalité.

Comment peut-on expliquer cette absence de violence ?
Avec peut-être plusieurs facteurs et hypothèses. D’abord, où mettons-nous la radicalité ? En 1978, la coupe du monde de football se déroule en Argentine. Tout un mouvement appelle au boycott de la compétition. À Dijon cela se termine avec une violence importante. Les manifestants se retrouvent sur un chantier et utilisent tout ce qu’ils trouvent pour s’opposer violement aux forces de l’ordre. Ce n’est pas avec le nombre de victimes qu’il faut mesurer la radicalité. À un moment donné, il peut y avoir une exaspération face à des répressions, des provocations… À Dijon, sur le XIXe et le XXe siècle, on voit des moments d’affrontements très durs. À d’autres moments, comme dans beaucoup de villes de province, la volonté d’en découdre tout de suite. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des mouvements sociaux entraînent des manifestations. Les gens prennent de vrais risques. Peu de villes en France connaissent cela. On ne pas dire que Dijon soit dans le suivisme. Dans l’ensemble, c’est calme, mais parfois il peut y avoir des excès de radicalité.



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