Politique

Marine Le Pen : « Faire du FN une machine de guerre »

27/10/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 221 | Par redaction

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Moi, je ne veux pas changer de civilisation

Ambitieuse. Le Front national connaîtra en janvier prochain (15-16 janvier 2011) lors du congrès de Tours son nouveau président. Qui pourrait être une présidente, puisque Marine Le Pen, la fille du chef, est donnée favorite face à Bruno Gollnisch. Vendredi dernier, Marine Le Pen a rencontré les militants frontistes à Dijon. Avant cela, elle s’était longuement confiée à la Gazette.

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LA GAZETTE : La France est partiellement paralysée en raison du mouvement de protestation contre la réforme des retraites. Justement, comment la jugez-vous ?
MARINE LE PEN : Cette réforme est injuste et inefficace. Les seuls moyens de réglera ce problème des retraites sont la mise en place d’une vraie politique de l’emploi et la relance d’une politique nataliste. Et également faire des économies sur le coût de l’immigration, puisque chaque année, 450 000 personnes rentrent en France. Et cette politique dangereuse ne fait qu’affaiblir notre économie. Nous sommes favorables à une retraite à taux plein après quarante annuités.

Imaginez-vous le gouvernement faire marche arrière sous la pression de la rue ?
Mais le gouvernement ne reviendra pas en arrière, puisque ce n’est pas lui qui décide, mais les agences de notation !

Quelle est votre opinion sur le blocage des raffineries par des grévistes et la présence des lycéens dans le mouvement ?
Le blocage est inacceptable, et le gouvernement joue le pourrissement, alors qu’il aurait dû intervenir au tout début. Le gouvernement laisse également faire les casseurs, dont la présence devenait inévitable à partir du moment où les lycéens entraient dans le conflit. Des lycéens qui sont manipulés par quelques syndicalistes… Ces jeunes feraient mieux de se préoccuper de leur avenir professionnel plutôt que de leur retraite.

Nicolas Sarkozy est au pouvoir depuis plus de trois ans. A-t-il, à vos yeux, accompli ne serait-ce qu’une action positive ?
Non, car son bilan est déplorable. Souvenez-vous de ses promesses, et regardez la situation telle qu’elle est. L’insécurité ne cesse d’augmenter, l’immigration n’est absolument pas contrôlée, et sa volonté réformatrice lui est dictée par le FMI et les agences de notation. La France ne maîtrise plus son budget, ni sa politique d’immigration – je fais référence notamment à l’affaire des Roms – et bientôt, c’est l’Europe qui lèvera l’impôt.

Un remaniement ministériel est attendu prochainement. Certaines rumeurs ont prêté à Nicolas Sarkozy l’intention de vous proposer un ministère…
Oui, j’ai entendu cela… Mais je peux vous affirmer que je n’ai jamais été approchée. Et si cela avait été le cas, j’aurais bien sûr refusé. Nous sommes incompatibles et je ne suis pas à vendre. Je crois que le gouvernement est inquiet, parce que le Front national est en pleine dynamique.

Beaucoup d’observateurs s’attendent à vous voir succéder à votre père en janvier prochain. Et on a l’impression que contrairement à lui, qui semblait se complaire dans la posture de l’éternel contestataire, vous voulez vraiment le pouvoir…
Je veux faire, si je suis élue par nos militants, du FN une vraie machine de guerre afin d’arriver au pouvoir. Le premier objectif d’un parti politique doit être l’exercice du pouvoir. Être dans l’opposition, cela n’est pas suffisant.

Votre campagne interne en vue de l’élection du nouveau boss du FN est-elle d’une certaine façon une précampagne à deux ans de l’élection présidentielle ?
Vous avez tout compris. D’ici au congrès de Tours de janvier, j’aurai effectué cinquante déplacements en France, et à chaque fois, je suis porteuse d’un message. Je ne me cantonne pas à la seule élection interne du FN. J’évoque les cantonales, très importantes à mes yeux, et bien sûr la présidentielle. Et pour cela, il faut parler des nombreux problèmes que la France rencontre.

Que diriez-vous à un militant qui hésiterait entre Bruno Gollnisch et vous ?
D’abord, que le futur président du FN sera le candidat à l’élection présidentielle. Et que la dynamique actuelle autour de mon nom est un avantage. J’ai entrepris depuis un certain temps un travail de dédiabolisation du FN, et cela porte ses fruits.

Êtes-vous d’accord si Bruno Gollnisch incarne une certaine autorité morale du parti fondé par votre père ?
Mais est-ce que le futur président du FN devra être une autorité morale ?

Des membres influents du FN, tels Roger Holeindre, se posent la question. Vous pourfendez la mondialisation, alors que longtemps, le programme économique du Front s’inspirait du libéralisme économique…
C’est exact. Mais les gens qui défendaient le libéralisme économique le faisaient à une époque où il y avait des frontières et un État fort, ce qui n’est plus le cas. C’est pour cela que nous réclamons un retour au franc et le rétablissement des frontières.

Abordons le thème de l’immigration. Aujourd’hui, on peut imaginer que vous pencheriez plutôt pour son arrêt…
Il faut arrêter cette immigration, car nous n’avons plus les moyens de l’assumer. Cela se ressent au niveau de l’éducation nationale, des logements sociaux et du déficit de certaines caisses, notamment celle de la Sécurité sociale. On importe du chômage. Le mélange multiculturel est un échec, comme l’a dit Angela Merkel. Que ceux qui désirent venir en France puissent subvenir à leurs moyens ! C’est le cas dans de nombreux pays.

Êtes-vous toujours convaincue que la France en particulier et l’Europe en général sont menacées d’islamisation ?
Oui. La France est un état laïc, et il faut repousser toutes les questions religieuses dans la seule sphère privée. L’État français n’a pas à accepter les revendications de quelques intégristes. La viande halal dans les cantines, les horaires aménagés dans les piscines… Mais jusqu’où ira-t-on ? Moi, je ne veux pas changer de civilisation. Je ne veux pas vivre comme les gens qui viennent s’installer en France et qui veulent imposer leurs coutumes.

En s’affichant ostensiblement au Vatican, Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas d’une certaine façon bafoué la loi de 1905 et encouragé le communautarisme ?
Mais Nicolas Sarkozy est communautariste ! Qu’il fasse appliquer la laïcité. C’est son rôle !

Il y a un terme qui vous énerve, c’est…
(Elle coupe, en rigolant) Je vous vois venir… Extrême droite ? Oui, cela m’agace, parce que je ne suis ni de droite, ni de gauche. Je défends la nation. Et tous les partis qui émergent en Europe sont des patriotes, qui considèrent que l’immigration est un échec. Si je suis élue présidente du FN, je renforcerai les liens avec certains de ces partis.

Avez-vous lu le livre d’Azzedine Ahmed-Chaouch consacré à votre père ?
Oui ! C’est de l’esbroufe, de la poudre aux yeux. Tous les journalistes qui suivent le FN vous diront qu’il n’y a aucun secret dans ce livre…



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