Politique

Philippe Morel : Borloo, what else ?

09/11/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 223 | Par Alexis Billebault

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Jean-Louis Borloo incarne une certaine idée de la cohésion sociale

Même si Sarko n’a officiellement rien décidé, Jean-Louis Borloo semble le mieux placé pour succéder à François Fillon au cas où le chef de l’État change de Premier ministre. Le radical Jean-Philippe Morel, qui appartient à la même famille politique que l’actuel ministre de l’Écologie (il est président du Parti radical en Côte-d’Or) n’y voit que des avantages.

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LA GAZETTE : Êtes-vous réellement convaincu que Nicolas Sarkozy va procéder à un remaniement ministériel ?
JEAN-PHILIPPE MOREL : Tout porte à le croire. Cela fait au moins six mois que le sujet est évoqué. À mon avis, ce remaniement interviendra dans les tout prochains jours.

Mais dans ce cas de figure, êtes-vous certain que ce remaniement concernera également Matignon ?
Non. Le chef de l’État a deux solutions. Soit il maintient François Fillon et il remanie profondément le gouvernement. Soit il change de Premier ministre, et il n’y aura que quelques modifications.

Si Fillon devait rester, cela vous gênerait ? Car il a déclaré la semaine dernière qu’il souhaitait rester…
Pas du tout. C’est un très bon Premier ministre. Il a trouvé sa place, alors que ce n’était pas évident. Il tient parfaitement la majorité parlementaire.

D’autres noms sont évoqués pour son éventuelle succession : Luc Chatel, Michèle Alliot-Marie, François Baroin…
Je n’y crois pas. Baroin et MAM ont de grandes qualités, mais ils ont un peu le même profil que François Fillon. Ce sont des gaullistes de gauche.

Jean-Louis Borloo Premier ministre, cela reviendrait à « installer Gainsbourg à Matignon. » C’est ce que Sarko aurait déclaré il y a plusieurs mois…
(Rires) Je sais que Fillon a ses partisans, et que tout le monde n’est pas favorable à la nomination de Borloo. Il y aura toujours des détracteurs. En ce moment, on dit qu’il est trop bien coiffé… On raconte aussi que c’est un homme dilettante. C’est faux, c’est un mythe. C’est un gros bosseur, un boulimique de travail. Il a plein d’idées. Bien sûr, il n’a pas le profil de l’énarque à lunettes. Il a fait plein de choses avant d’entrer en politique. Avocat, et même président du club de football de Valenciennes. C’est un homme de terrain.

Il est populaire et a l’air foncièrement sympa…
(Il coupe) C’est un type qui aime le dialogue, qui est ouvert aux autres. Quand nous sommes en congrès, il vient s’installer aux tables, prend le temps de discuter. Et en plus, il ne manque pas d’humour.

C’est vrai qu’il picole un peu ?
(Rires) Mais là aussi, c’est un mythe. Il lui arrive de boire un coup, comme tout le monde. Mais ce n’est pas le type toujours bourré et bordélique que sa marionnette des Guignols représente.

Plus sérieusement, est-ce que Borloo n’en fait pas trop en ce moment ? Il se défend de penser à Matignon, mais il se comporte comme un véritable candidat…
Cela fait longtemps qu’il se prépare à toutes les missions. Il a prouvé ses compétences en tant que maire de Valenciennes ou dans les différents ministères qu’il a occupés depuis 2002.

D’accord, mais est-ce son rôle d’évoquer un Grenelle de la fiscalité ? Il est ministre de l’Écologie…
Mais il peut également s’exprimer en tant que président du Parti radical ! Hervé Morin le fait également. Jean-Louis Borloo a raison de lancer des chantiers. Je vous rappelle qu’il est le numéro deux du gouvernement. La fiscalité est un thème essentiel. Il souhaite une phase de discussions de six mois avec les collectivités, les syndicats, etc.

Quels avantages Nicolas Sarkozy aurait-il à le nommer à Matignon ?
Ce serait déjà un message adressé à l’électorat centriste. Jean-Louis Borloo incarne une certaine idée de la cohésion sociale et de l’humanisme. Il a évoqué certains axes essentiels pour la suite du mandat de Nicolas Sarkozy, à savoir la fiscalité, mais également le logement et la qualification des jeunes.

Le chef de l’État va certainement muscler son discours à l’approche de la présidentielle. Il l’a clairement laissé deviner cet été à Grenoble. Or, Jean-Louis Borloo n’a pas l’image d’un dur, capable de mener une politique sécuritaire…
Je crois que si Borloo est nommé à Matignon, les rôles seront clairement répartis. Sarkozy s’occupera des questions de sécurité intérieure, mais aussi extérieure, car les menaces d’attaques terroristes contre la France sont à prendre très au sérieux. Et Borloo serait davantage en charge du dialogue social. Personnellement, je rêve d’un pays où il existe un vrai dialogue social, qui permet d’aboutir à des réformes consensuelles. C’est le cas en Allemagne. Borloo est un homme de dialogue. Il a une vraie méthode de travail, qui s’est souvent avérée payante.  C’est un homme qui donne un vrai sens à la démocratie participative. Et puis, le Parti radical, depuis 1900, a souvent accompagné les grandes mutations de la société française, notamment la loi sur la laïcité.

En plus, on parle beaucoup de ce parti en ce moment…
Oui, et nous n’allons pas nous en plaindre ! Je vous rappelle que le dernier radical à avoir été nommé Premier ministre était Félix Gaillard (novembre 1957 à mai 1958).

Pourtant, tout n’est pas idyllique dans le bilan du Borloo ministre. Ses fameuses maisons à 100 000 €, ce n’est pas vraiment une réussite. Le Grenelle de l’environnement n’a pas eu autant de conséquences que prévu, et la gestion des récents blocages des dépôts de carburant n’a pas été franchement limpide…
Mais on peut toujours trouver quelque chose qui ne va pas ! Bien sûr que tout n’est pas parfait. Le projet sur les maisons à 100 000 € n’a pas eu l’effet escompté, mais Borloo n’abdique pas, puisqu’il a fait du logement une des priorités. En ce qui concerne le Grenelle de l’environnement, je suis au contraire convaincu que cela a fait bouger les choses. Il a permis le développement de l’éolien, l’accent a été mis sur les transports. D’ailleurs, sans Borloo, Dijon n’aurait sans doute pas eu son tramway… Enfin, pour la pénurie de carburant, je trouve qu’il s’en est plutôt bien sorti. Ce n’est jamais facile de gérer une telle crise, avec des zones plus touchées que d’autres et des dépôts bloqués, débloqués puis à nouveau bloqués…

Si Jean-Louis Borloo est installé à Matignon, une candidature à l’élection présidentielle de 2012 vous semblerait-elle judicieuse ?
Non. Il ne faut pas jouer contre son camp, et faire courir le risque d’un 21 avril 2002 à l’envers. Jean-Louis Borloo a fait le choix de l’action gouvernementale, pas celui d’affronter Nicolas Sarkozy au premier tour dans deux ans.

Le nom de François Sauvadet comme possible ministrable circule…
Je sais qu’il s’entend bien avec Borloo. Sauvadet ministre, ce serait une chance pour la Côte-d’Or. Mais cela provoquerait une législative partielle, et je ne crois pas que cette hypothèse fasse rêver.



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