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Laurent Triay : « Rendre compte des sensations »

24/11/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 225 | Par Jérémie Demay

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Grimper une paroi dont la réputation est d’être l’une des plus dures du monde ne fait pas peur à l’équipe de Laurent Triay. Histoire de compliquer la manœuvre, ils ont emporté une caméra avec eux. Au final, cette aventure a donné naissance à un moyen métrage, Tough enough qui sera présenté le 25 novembre, dans le cadre des Écrans de l’aventure.

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LA GAZETTE : Quelle démarche avez-vous adoptée pour ce film ?
LAURENT TRIAY, réalisateur de Tough enough : À la base c’était un voyage de grimpeurs avec un objectif sportif. Nous voulions essayer une grande voie qui était, sur le papier, donnée comme une des plus dures du monde en escalade libre. Nous, nous grimpons en nous aidant uniquement des prises offertes par le rocher. L’objectif était de nous frotter à ce défi d’envergure. Le sous-objectif était de nous faire plaisir à découvrir Madagascar.

Vous dites qu’on «  vous l’a présentée comme étant une des plus dures du monde ». Au final, vous avez pu le vérifier ?
Nous n’étions pas du tout sûr d’y arriver. On s’y essayait car cela nous plaisait. L’endroit, le rocher, l’aspect de la face nous séduisaient vraiment. Cela a été une surprise de voir que nous avions réussi à libérer chaque longueur.

À quoi ressemblait cette face ?
En fait, c’est une espèce de grande face très verticale de quatre cents mètres de haut avec un aspect très lisse en granite. C’est une roche très abrasive. D’en bas cela donne vraiment l’impression qu’il n’y a aucune prise. Ensuite, quand on a le nez dessus, ça va. Après, cela reste un style d’escalade moins à la mode. À l’époque les grimpeurs s’attelaient à ce style. Maintenant, la mode est de grimper sur des blocs avec des profils des versants et des prises plus grosses.

Cette paroi est présentée avec une difficulté allant du 7C au 8C. Concrètement, ça veut dire quoi ?
Dans le langage des grimpeurs ce sont les cotations de difficulté. On retrouve cela un peu dans le ski avec la couleur des pistes. Cela nous indique le niveau de difficulté avec un chiffre et une lettre. Le niveau maximum va jusqu’au 9B. Le système fonctionne simplement. Par exemple, on commence à grimper à partir du 3. Après nous mettons une lettre A, B, et C. Puis, nous passons à 4 etc. À partir du moment où nous sommes dans le 8, c’est considéré comme un niveau élevé.

Dans ce film vous ne montrez pas que de l’escalade puisque vous descendez de votre rocher pour rencontrer la population. Quel regard portait-elle sur votre expédition ?
Nous étions là pour nous amuser avec notre objectif de grimpeurs. Mais c’était complètement dérisoire face aux nécessités des gens de là-bas. Pour nous c’était important de découvrir une nouvelle culture, un autre pays, de voir comment les gens arrivent à vivre avec si peu de moyens. Ce qui est remarquable, c’est de voir qu’ils sont quand même heureux en vivant avec vraiment rien. La plupart des habitants nous prenaient pour des fous. Ils se demandaient pourquoi nous venions de si loin pour escalader le rocher. Mais ils restent quand même impressionnés. Dans la population locale il y a un seul grimpeur. Il est guide d’escalade.

D’un point de vue technique, comment se déroulaient les prises de vue ?
80 à 90% du temps, c’est moi qui filmais. À part quelques images où il fallait que l’on me voie en tant que grimpeur. Les seuls moments où j’apparais c’est un collègue qui filmait. J’ai une caméra de taille moyenne, de deux kilos. Au début, je grimpais sans elle. Ensuite on me l’attachait au bout d’une corde pour que je la récupère pour pouvoir filmer. Au bout d’un moment, nous avons placé des cordes fixes sur toute la voie. Je pouvais me déplacer juste sur les cordes sans avoir à grimper. Nous avions des outils pour être attachés et ainsi lâcher les mains.

Gravir cette paroi n’est déjà pas facile, et en plus vous, vous filmiez ! Vous aimez vous compliquer la tâche ?
Le difficile dans la gestion entre l’escalade et l’action de filmer c’est surtout au niveau de la concentration. Soit je me concentre à 100% sur l’escalade, soit sur les besoins du film. C’est difficile de faire les deux. Parfois je ne faisais que des images, et d’autres jours je laissais la caméra de côté pour réussir au mieux l’escalade.

L’envie pendant le tournage était de donner une impression de vertige au spectateur, ou la paroi s’en occupait toute seule ?
C’est un peu des deux. La paroi est très impressionnante. Ce côté lisse, avec ces lignes fuyantes… Forcément je voulais rendre cette impression du mieux possible. Les spectateurs peuvent se rendre compte des sensations que l’on peut ressentir en grimpant.



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Un commentaire sur “Laurent Triay : « Rendre compte des sensations »”

  1. par pakalolo

    « avec des profils des versants et des prises plus grosses » ; plutôt « des profils déversants »

    peut être que le journaliste n’a pas compris le sens de la phrase.

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