Politique

Pierre Jaboulet-Vercherre : « Le Pen ne sait pas s’en aller »

24/11/2010 | La Gazette de Côte d'Or n° 225 | Par redaction

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Le Pen est même très avare

Critique. Pierre Jaboulet-Vercherre a quitté le Front national il y a trois ans, pour rejoindre le Parti de la France de Carl Lang. L’ancien patron du FN en Bourgogne, qui a lu le livre consacré à Jean-Marie Le Pen – Le testament du Diable, Éditions du Moment - avait des choses à dire sur son ancien compagnon de route, avec qui les ponts sont rompus.

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LA GAZETTE : Qu’avez-vous pensé du livre d’Azzeddine Ahmed-Chaouch ?
PIERRE JABOULET-VERCHERRE : Il est bien écrit, dans un style léger. Personnellement, je n’y ai pas appris grand-chose, mais c’est sans doute différent pour ceux qui ne connaissent pas bien le Front national et surtout son président, Jean-Marie Le Pen et sa famille. Sincèrement, il aurait mieux fait de ne pas recevoir ce journaliste…

Pourquoi ?
Parce que le Front national est un mouvement politique, dont le chef doit montrer l’exemple. Or, l’exemple donné par Le Pen dans ce livre n’est vraiment pas fameux !

Parlons des différents thèmes abordés dans le livre. Dans le désordre, le rapport à l’argent de Jean-Marie Le Pen. Est-il vraiment radin ?
Il est même très avare ! Personnellement, je n’ai jamais eu à en souffrir, mais ça fait un peu mal de voir quelqu’un d’aussi avare ! Dès qu’il voit des billets, on a l’impression d’être dans un dessin animé : on voit les dollars s’imprimer dans ses yeux. Pourtant, il est très riche. Il a bâti sa fortune notamment grâce aux legs, aux donations et aux héritages, surtout celui de Lambert…  En revanche, je ne sais pas si sa fille Marine est comme son père.

Dans un autre domaine, Jean-Marie Le Pen évoque des rencontres régulières avec Bernard Tapie, quand celui-ci était ministre de François Mitterrand. Dès la publication du livre, Nanard a démenti. Selon vous, où se situe la vérité ?
Très sincèrement, j’aurais plutôt tendance à croire Bernard Tapie. Le Pen et lui sont deux formidables bateleurs capables de tous les coups, mais Tapie est loin d’être un imbécile. Je n’imagine pas une rencontre à Montretout entre les deux hommes sans que cela ne se soit su. Car la maison de Le Pen est surveillée par les Renseignements généraux, et s’ils s’étaient rencontrés, cela aurait fini par fuiter. Tapie n’aurait jamais pris un tel risque. Je pense sincèrement que Le Pen a inventé toute cette histoire pour plaire aux médias.

Et avec Jacques Chirac ?
Les deux hommes se sont effectivement rencontrés au moins deux fois. Tout le monde sait qu’ils se détestent cordialement. Le Pen reproche à Chirac de toujours mentir. Sans doute parce qu’il sait ce que mentir signifie…

Il est beaucoup question dans le livre d’Azzeddine Ahmed-Chaouch des relations entre Jean-Marie Le Pen et Nicolas Sarkozy…
Je suis convaincu qu’il y a eu pas mal de contacts entre les deux hommes avant l’élection présidentielle de 2007. J’aurais tendance à croire que Sarkozy avait promis des choses à Le Pen et à sa famille au cas où il serait élu. À un moment où Le Pen n’avait pas encore ses cinq cents signatures pour être candidat. Je suis toujours persuadé que Le Pen ne voulait pas vraiment être candidat, justement en raison de ces accords avec Sarko.

À quel genre de promesses faites-vous allusion ?
Le rétablissement du scrutin à la proportionnelle, par exemple. Ou un geste sur la dette fiscale de Le Pen, qui n’a d’ailleurs plus de problèmes de ce genre. Je me souviens d’un Bureau politique où j’avais reproché à Le Pen de ne pas être assez dur avec Sarkozy. J’avais également dit que j’appellerais à voter Bayrou si Le Pen n’était pas candidat. Finalement, il l’a été, pour le score que l’on sait et les répercussions directes sur les législatives qui ont suivi. Lors de cette campagne présidentielle, j’avais trouvé que l’attitude de Le Pen n’était pas normale. La Bourgogne lui avait assuré pas mal de signatures, et il n’avait remercié personne. Alors qu’obtenir une signature, c’est beaucoup de travail et de temps…

Replongeons un peu plus dans le passé, et attardons-nous sur l’entre deux tours en 2002. On a le sentiment que Le Pen n’avait pas prévu sa présence au second tour…
Au soir du premier tour, je l’ai appelé pour lui dire de préparer un discours. Et le discours qu’il a servi était celui d’un gâteux ! Il n’avait pas prévu d’être au second tour, et une fois qualifié, il s’est rendu compte qu’il était seul. Il a pris peur, il se rapprochait du jour J, où la France toute entière allait le découvrir. J’espérais qu’après 2002, il allait enfin préparer sa succession, sans prendre parti ni pour Marine, ni pour Bruno Gollnisch. Mais il ne sait pas s’en aller, et quelque part, c’est assez triste. Il fallait qu’il abandonne la direction du parti. Si sa fille est élue en janvier prochain, ce sera épouvantable pour elle, car il sera sans arrêt derrière ! Il va la polluer, si Dieu lui prête vie et santé.

L’histoire de Jean-Marie Le Pen est farcie d’anecdotes et de polémiques, dont celle sur le détail…
Il n’avait pas préparé son coup. Et cela a choqué beaucoup de monde, et plus particulièrement la communauté juive, ce qui est normal. Il aurait dû s’excuser tout de suite, et il ne l’a pas fait. C’est une faute lourde, car beaucoup de juifs votaient pour le Front national. Le Pen n’est ni antisémite, ni raciste. Mais il ne peut pas s’empêcher d’adopter des postures de matamore.

L’élection de Marine à la tête du Front national semble quasiment assurée. Est-ce aussi votre impression ?
S’il n’y a pas de tricheries, Marine ne sera pas essentiellement élue. Par contre, il faut s’attendre à des purges dans les dernières semaines. Des purges qui viseront les soutiens de Bruno Gollnisch. On va aussi écarter ceux qui pourront contrôler les votes.

Bruno Gollnisch aurait donc quelques chances de déjouer les pronostics ?
Il a fait le choix de rester dans le parti et d’aller au bout de sa candidature. Le Pen et sa fille ont exclu ses partisans, où au moins les ont usés. Mais Bruno Gollnisch, qui est un homme de qualité, est encore soutenu par des gens influents, comme Roger Holeindre. Autour de Marine, il n’y a quasiment que des courtisans. Elle a du courage, mais pas vraiment de philosophie politique. Elle plaît aux médias, mais avec elle, le FN est rentré dans le rang. Or, le FN n’est pas là pour plaire aux médias, mais pour dire ce qu’il se passe, et ce qu’il va se passer. C’est le rôle d’un parti politique sérieux. Il n’y a plus de vrais politiques au FN. Beaucoup d’entre eux, tels Bompard ou Antony, sont partis.

Et si Bruno Gollnisch s’emparait de la présidence du Front ?
Je pense que sa première mission serait de rétablir la philosophie du FN. Dire les choses, sans chercher à choquer. Les gens en ont marre des autres. Ils sont déçus, et même catastrophés par Nicolas Sarkozy. A ce jour, je ne suis pas certain que le FN présente un candidat en 2012, parce que trouver cinq cents signatures, ce n’est pas simple. Depuis quelques années, ce n’est plus un parti politique, c’est un thermomètre !



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2 commentaires sur “Pierre Jaboulet-Vercherre : « Le Pen ne sait pas s’en aller »”

  1. par golzi

    ça au moins c’est pas de la langue de bois !!

  2. par Max Himba

    Où opeut-on trouver cet excellent petit livre de cet auteur:
    Poètes Et Écrivains De Bourgogne.Anthologie Géographique de Pierre Jaboulet-Vercherre

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