Daniel Londas, la boxe dans le sang
26/01/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 233 | Par Aurélien Gaudriot
Pour reconquérir une ceinture de champion du monde, le néo-Dijonnais Momo Dridi a choisi de s’entourer de Daniel Londas, lui-même champion du monde en 1992. Le « nain » martiniquais est motivé pour relever un ultime défi.

LA GAZETTE : Daniel, vous êtes martiniquais. Sur votre île, la boxe est-elle un sport populaire ?
DANIEL LONDAS : En Martinique, la boxe est un sport très connu et très apprécié. Ça commence à se développer mais on a du mal car il manque l’argent qui est le nerf de la guerre. Nous sommes des parents pauvres. Beaucoup de choses sont à mettre en place et nous ne sommes pas avantagés par rapport au football. Quand on m’a repéré, je n’étais pas du tout chaud pour aller en métropole.
Pourquoi avoir choisi la boxe alors que le football est le sport privilégié en Martinique ?
Je n’avais pas le physique pour faire du football et dès que je jouais au football, je me battais… Étant susceptible, quand je n’avais pas la balle, je me bagarrais. Une grande sœur, un jour, a dit à mon père : « Je sais où l’emmener ». À la boxe. Mon père avait peur, vu que j’étais le plus petit (1,66 m) de la famille. C’était aussi pour me canaliser. On disait de moi que j’étais une boule de nerfs.
Et on vous surnommait le « nain » !? Votre petite taille, était-ce un handicap pour la boxe ?
Oui, c’était ma grande sœur qui m’avait surnommé ainsi. Ce n’était pas forcément un handicap car je savais combattre contre les plus grands. Je les mettais KO plus vite que les petits ! Un jour, des gens m’ont vu, étaient au courant de mes victoires, et ont dit : « Comment ça ? C’est lui Daniel Londas ? C’est ce petit bonhomme qui fait tout ça ? »
Vous avez débuté votre carrière à 17 ans, déjà avec succès…
Lors de mes premiers combats, je n’ai connu que la victoire. J’avais tellement envie de monter sur le ring… Je me souviens, lors d’un match entre une équipe anglaise et l’équipe des Antilles, j’ai été le seul à gagner mon combat. Et avant la limite ! À 17 ans, j’étais déjà connu en Martinique. J’avais des passe-droits, mais j’ai toujours respecté les gens.
Quelles sont les personnes qui ont particulièrement compté pour vous ?
Plusieurs, mais je vais parler de Louis Thoes (champion de boxe antillais). C’est lui qui m’a façonné techniquement. Il m’a appris à me tenir, car sur le ring j’étais un peu inconscient, je n’avais peur de rien. Il a vu que je comprenais très vite mais il fallait me recadrer car j’étais le petit branleur du quartier.
Vous avez participé aux Jeux Olympiques de Moscou. Quel souvenir en gardez-vous ?
Un très mauvais souvenir. Tout d’abord, je bats le champion d’Europe, chez lui… Et c’est un Anglais qui me fait perdre en huitièmes de finale. Un Anglais ! J’étais tellement mal que j’ai voulu lui faire la peau (il s’était fait « voler ») ! Et j’ai été expulsé des Jeux Olympiques. J’ai ensuite rencontré Michel Jazy (grand athlète de demi-fond en France) qui m’a emmené en France et convaincu de devenir professionnel. Il me disait : « Tes mains valent de l’or ! » Et j’ai alors accumulé les victoires.
Et gagné un titre de champion du monde sur le tard…
Oui, j’avais 38 ans ! Personne ne croyait en moi avant le combat (en 1992, poids super-plumes WBO contre Kamel Bou Ali). Mais moi j’étais un gagneur. Tout ce que je faisais, j’y croyais.
Comment s’est déroulée votre rencontre avec Momo Dridi ?
C’est lui qui est venu me chercher. J’ai longtemps évité le monde de la boxe après ma carrière. Même quand on m’invitait, je n’y allais pas. Il m’a fait sortir de ça, il m’a donné un coup de pied au cul. Quand j’ai été champion du monde, Momo était tout jeune. On s’est toujours bien entendus.
Quels sont vos objectifs ensemble ?
C’est lui qui détient la réponse. Je lui ai dit : « Tu veux boxer pour un titre, mais si on ne fait pas comme je te dis, tu n’as rien à faire avec moi. » Ma femme m’a poussé en me disant que Momo était un type gentil qui a toujours été sympathique avec moi. J’ai donc accepté une collaboration.
Comment se passe cette collaboration ?
Elle se passe très bien. Entre nous, il y a beaucoup de respect, pas de mots déplacés. Je veux qu’entre le boxeur et moi, il y ait un respect total.
Quelles sont les qualités de Momo Dridi ?
C’est un homme fort qui frappe très puissamment ! Il fait lourdaud à l’entraînement, mais sur le ring il est très méchant ! C’est une véritable bombe. Il est sans pitié… .
Revenir en haut de page





























