La guerre d’Alésia
26/01/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 233 | Par Jérémie Demay
Alésia, Alise-Sainte-Reine, Aluze (Saône-et-Loire), Alaise (Jura), ou encore Chaux-des-Crotenay (Jura)… Tellement d’endroits pour une seule bataille. Tombé dans l’oubli pendant des siècles, voilà qu’Alésia est le théâtre de nouveaux affrontements : intellectuels, politiques, historiques, et au final… économiques.




NAPOLÉON III, féru d’histoire et de son oncle, était un réel passionné d’archéologie. Mais, « Napoléon le petit », comme le raillait Victor Hugo, a vite compris aussi que l’histoire pouvait avoir une réelle portée politique. À l’origine, il effectuait des recherches autour de Jules César. L’objectif étant d’écrire un livre sur cet homme qui se servit de la république romaine pour devenir empereur. Ainsi, Napoléon III pensait pouvoir légitimer historiquement les coups d’état des Bonaparte. Si César l’a fait, les Bonaparte eux aussi ont le droit ! Même si Napoléon III avait été élu président, l’histoire et la destinée ne peuvent s’encombrer de la démocratie, et encore moins de la république. L’historiographie et l’archéologie sont des sciences en pleine construction au XIXe siècle. Mais l’empereur exige la plus grande rigueur dans tous les travaux de recherche. Ainsi, il pense éviter les critiques. Les investigations de Louis-Napoléon Bonaparte sur César l’amènent à « rencontrer » Vercingétorix, ce qui le conduit à Alésia. Il y entreprend des fouilles à grande échelle. De très nombreux vestiges sont découverts. Malheureusement, le niveau des connaissances au XIXe siècle ne permet pas de faire la réelle distinction entre les époques. Claude Grapin, conservateur du patrimoine au sein de la mission Alésia, explique : « Ces fouillent ont longtemps été décriées. Elles coûtaient cher, elles semblaient obscures, et surtout très bonapartistes ». Car, si à l’époque de Napoléon III les fouilles furent prolifiques, seul un faisceau de présomptions permettait de penser qu’Alésia était bel et bien à Alise-Sainte-Reine. Mais l’empereur est pressé. Il doit vite trouver un point de départ à l’histoire de France, et un héros rassemblant tous les Français (Gaulois ou non). Il espère ainsi galvaniser le peuple dans un élan d’identité nationale dont il serait le nouveau porte-drapeau. Il commande alors une statue à Aimé Millet. Ce dernier lui propose deux maquettes. La première, montrant Vercingétorix le glaive levé vers le ciel, prêt à découper le premier Romain qu’il croiserait. La seconde, montre un chef gaulois regardant la vallée, l’air dépité, se servant de son arme comme d’une canne. Les historiens n’ont toujours pas compris pourquoi, mais Napoléon III choisit la deuxième. La statue en tôle de cuivre fut érigée en août 1865. Une autre énigme se pose à propos de cette œuvre monumentale de près de sept mètres de haut. Son visage est celui de Napoléon III plus jeune. Choix de l’artiste, ou obligation mégalomaniaque ? Nous ne savons pas. Mais les critiques ne tardent pas. Car dans le même temps, l’Allemagne, sous l’impulsion de la Prusse, se crée doucement. Outre-Rhin aussi, ils cherchent un héros. Ils le trouvent dans Arminius, qui vécut un peu après Vercingétorix. Mais les Allemands ne font pas les choses à moitié. En 1875, c’est une statue de cinquante mètres de haut qui se dresse dans la forêt de Teutberg, le sabre élancé vers le ciel, le visage fier et conquérant. Les critiques français ne comprennent pas le message ambigu de Napoléon III se personnifiant dans un Vercingétorix défaitiste. Prélude de la défaite de Sedan ? En tout cas, à ce jour, la statue d’Alise-Sainte-Reine n’a toujours pas été inaugurée…
La passion de Napoléon III pour la guerre des Gaules reste cependant très forte, comme l’explique Claude Grapin : « Il a commandé, pour installer sur le site du plateau de Gergovie (au dessus de Clermont-Ferrand), une statue équestre de Vercingétorix à Bartholdi en 1870. » Cette fois, le Gaulois est conquérant, sabre au clair, et son cheval écrase même un Romain ! Malgré le vif succès rencontré par cette œuvre, elle reste sous forme de maquette jusqu’en 1903. Elle sera installée place de Jaude, dans la capitale auvergnate.
La IIIe République ne marque pas la fin de la nouvelle bataille d’Alésia. On y retrouve une multitude de matériel militaire, des monnaies… Des pièces en bronze, à l’effigie de Vercingétorix sont frappées d’une manière très étrange. Les chefs de tribu ne se déplaçaient jamais sans leur matériel pour battre la monnaie. Or, il était fabriqué pour frapper un métal bien particulier, souvent de l’or. Lors d’un siège, la monnaie continuait d’être battue. Le métal précieux se faisant rare, le bronze pouvait le remplacer, mais la qualité de fabrication était moins bonne. En tout cas, la présence de ces pièces atteste que le chef gaulois, qui en plus était en état de siège, se trouvait bien à Alise-Sainte-Reine. Autre indice, les squelettes des chevaux. En effet, les chevaux des Romains étaient de grande taille, ceux des Gaulois moyens, et enfin ceux des Germains (alliés de César) les plus petits. Or, sur le site d’Alise-Sainte-Reine, ces trois types de squelettes ont été exhumés. Un autre élément accrédite la thèse qu’Alésia a bel et bien été retrouvé. Le site a été encerclé par deux lignes de défenses romaines, comme mentionné par César dans La guerre des Gaules. Autres signes indiquant que le doute n’est plus permis : la découverte de balles de fronde marquées du nom du lieutenant de Jules César. Ainsi, le futur empereur romain était lui aussi sur les lieux. Les fouilles ont mis à jour beaucoup d’autres indices, comme des morceaux de boucliers germains, mais pas seulement. Ainsi, les archéologues peuvent raconter l’histoire du site avant le siège. C’était une petite cité prospère, vivant principalement de la métallurgie. Sa position sur une butte lui donne une défense naturelle, avec des falaises l’entourant quasiment de toutes parts. Ses premiers habitants occupèrent le site trois à quatre générations avant le siège (environ cinquante à soixante ans).
Toutefois, malgré toutes les avancées historiques autour du site d’Alésia, certains pensent que le siège s’est déroulé en Franche-Comté. Même s’il est indéniable que les Romains se sont servis de cette région comme un des carrefours principaux pour sillonner leur empire, aucun des sites supposés, que ce soit Alaise, ou encore Chaux-des-Crotenay ne réunit autant d’éléments qu’Alise-Sanite-Reine… Il est difficile d’empêcher les Gaulois d’être irréductibles .
Trois questions à Jean-Paul Derinck, délégué pour l’aménagement du site d’Alésia, chef de la mission Alésia.
LA GAZETTE : Comment avez-vous pensé le projet du muséoparc… La forme cylindrique du centre d’interprétation, notamment, n’a pas été choisie au hasard ?
JPD : L’élaboration du programme d’aménagement du muséoparc a débuté en 2001. Le site du siège d’Alésia est classé, et cela est très contraignant dans la mesure où toutes constructions doivent être soumises à l’accord du ministre. Par ailleurs, il y a des contraintes assez lourdes en matière d’archéologie. Le travail de construction et de conception a nécessité des allers-retours entre le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre et les gestionnaires des lieux. Ces contraintes ont du coup orienté la manière dont nous allions les aménager. Sur le muséoparc nous avons dès le départ émis la pertinence d’avoir une organisation multipolaire, avec un centre d’interprétation, un musée, les deux étant reliés par des parcours découverte. L’idée est de se mettre dans la peau de l’assiégeant et de l’assiégé, et de pouvoir ainsi bien évaluer toutes les vues croisées qui conditionnent le siège d’Alésia. Le dispositif circulaire du centre d’interprétation appuie l’idée d’encerclement. Tout est organisé pour que le visiteur ait cette notion lorsqu’il se trouve à l’intérieur du bâtiment. Le fait que ce soit un bâtiment qui offre une circulation à 360° permet d’avoir une relation permanente avec l’extérieur.
Le choix des matériaux du centre d’interprétation n’est pas non plus anodin, beaucoup de bois par exemple…
Il y a un souci d’intégration. Le fait d’utiliser sur le centre la résibois, permet de l’intégrer beaucoup mieux dans le site. C’est un élément qui permet aussi de rappeler l’histoire, puisque dans la plaine où se trouve le centre d’interprétation l’armée romaine utilisait en grande partie le bois pour édifier ses aménagements d’encerclement. Mais outre des préoccupations d’intégration et historiques, il est question de préoccupation énergétique. La résibois entoure le bâtiment et apporte un confort supplémentaire puisqu’elle va jouer un rôle de pare-soleil en période d’été, et laisser pénétrer la lumière et le soleil en période d’hiver.
Les travaux de terrassement ont été colossaux. Ont-t-ils permis de mettre à jour des vestiges ?
Avant de commencer les travaux nous avons procédé à des diagnostics archéologiques pour sonder le sol. Tout cela afin de déterminer des zones où il existe une densité archéologique. Sur ces zones nous procédons à des fouilles préventives. À proximité du centre d’interprétation, il y avait une nécropole gallo-romaine qui a fait l’objet de fouilles complètes. Nous avons retiré énormément de vestiges, des urnes funéraires, des squelettes d’animaux qui accompagnaient les défunts, ainsi que des miroirs, des fibules. Nous avons même retrouvé une balle de fronde de l’époque du siège .
R. B
JPD : L’élaboration du programme d’aménagement du muséoparc a débuté en 2001. Le site du siège d’Alésia est classé, et cela est très contraignant dans la mesure où toutes constructions doivent être soumises à l’accord du ministre. Par ailleurs, il y a des contraintes assez lourdes en matière d’archéologie. Le travail de construction et de conception a nécessité des allers-retours entre le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre et les gestionnaires des lieux. Ces contraintes ont du coup orienté la manière dont nous allions les aménager. Sur le muséoparc nous avons dès le départ émis la pertinence d’avoir une organisation multipolaire, avec un centre d’interprétation, un musée, les deux étant reliés par des parcours découverte. L’idée est de se mettre dans la peau de l’assiégeant et de l’assiégé, et de pouvoir ainsi bien évaluer toutes les vues croisées qui conditionnent le siège d’Alésia. Le dispositif circulaire du centre d’interprétation appuie l’idée d’encerclement. Tout est organisé pour que le visiteur ait cette notion lorsqu’il se trouve à l’intérieur du bâtiment. Le fait que ce soit un bâtiment qui offre une circulation à 360° permet d’avoir une relation permanente avec l’extérieur.
Le choix des matériaux du centre d’interprétation n’est pas non plus anodin, beaucoup de bois par exemple…
Il y a un souci d’intégration. Le fait d’utiliser sur le centre la résibois, permet de l’intégrer beaucoup mieux dans le site. C’est un élément qui permet aussi de rappeler l’histoire, puisque dans la plaine où se trouve le centre d’interprétation l’armée romaine utilisait en grande partie le bois pour édifier ses aménagements d’encerclement. Mais outre des préoccupations d’intégration et historiques, il est question de préoccupation énergétique. La résibois entoure le bâtiment et apporte un confort supplémentaire puisqu’elle va jouer un rôle de pare-soleil en période d’été, et laisser pénétrer la lumière et le soleil en période d’hiver.
Les travaux de terrassement ont été colossaux. Ont-t-ils permis de mettre à jour des vestiges ?
Avant de commencer les travaux nous avons procédé à des diagnostics archéologiques pour sonder le sol. Tout cela afin de déterminer des zones où il existe une densité archéologique. Sur ces zones nous procédons à des fouilles préventives. À proximité du centre d’interprétation, il y avait une nécropole gallo-romaine qui a fait l’objet de fouilles complètes. Nous avons retiré énormément de vestiges, des urnes funéraires, des squelettes d’animaux qui accompagnaient les défunts, ainsi que des miroirs, des fibules. Nous avons même retrouvé une balle de fronde de l’époque du siège . R. B
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Bonjour
Localisation d’Alésia par César :
http://www.savoir-enfin-ou-est-alesia.net
Cordialement J V T