La route du sang
23/02/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 237 | Par admin
À travers le parcours d’un don, l’Établissement français du sang montre sa force et sa rigueur permettant de limiter au maximum – sinon d’annuler – tous les risques de contamination par transfusion sanguine.







TOUTES LES précautions sont prises par l’Établissement français du sang (EFS), tant au niveau des contrôles que dans la traçabilité d’un don. Les failles se réduisent donc même si elles demeurent possibles. En cause : la fenêtre sérologique, période durant laquelle un virus n’est pas détectable. Pour éviter tout nouveau drame du sang contaminé, l’EFS a établi toute une procédure. Ainsi, le risque de contamination, qu’on ne peut jamais exclure à cent pour cent, est fortement restreint. Explication avec le suivi d’un don.
Laurent a 31 ans et donne son sang depuis 2007. Une simple prise de conscience : « Quand j’ai appris que j’étais un donneur universel, ça m’a motivé à pousser la porte du centre de dons » explique-t-il, alors qu’une infirmière lui pique le bras. Sa fréquence de dons est d’un tous les quatre mois : « Les premières fois, on a l’impression de faire la BA (bonne action) de l’année. Après, ça devient complètement normal. » Laurent est un donneur régulier. Malgré son habitude et sa décontraction apparente, il doit passer à chaque fois devant un médecin, muni d’un questionnaire rempli un peu avant. Quarante-neuf questions appelant une réponse par oui ou par non, réparties en quatre grandes catégories. Cela va du passé médical du futur donneur, à ses derniers voyages, en passant par ses différentes activités pendant les quatre derniers mois, mais aussi sur les deux dernières semaines… Mais attention, une réponse négative ne signifie en aucun cas que le don sera annulé. En effet, ce questionnaire sert de base au médecin pour l’entretien. Odile Striby, médecin à l’EFS Bourgogne-Franche Comté explique : « Quand nous posons la question sur les voyages lors des quatre derniers mois, nous suivons les recommandations de l’OMS. » Les pays à risques ne sont pas les seuls rédhibitoires pour un refus de contrôle. En ce moment, sur la côte Est des États-Unis sévit un virus. Si un futur donneur a séjourné à Washington, par exemple, pendant les quatre derniers mois, il lui sera impossible de donner son sang. Mais, dès que le délai de quatre mois est passé, le don redevient possible. L’objectif de l’entretien est aussi de détecter tout comportement à risques. Ainsi, la fin du questionnaire demande « si, dans les quatre derniers mois vous avez : changé de partenaire sexuel(le), eu plus d’un(e) partenaire sexuel(le), eu une relation sexuelle avec un(e) partenaire occasionnel(le), eu une infection sexuellement transmissible (IST) dont la syphilis. Si vous avez eu des relations sexuelles entre hommes. […] Avez-vous été dans l’une des situations décrites ? Votre partenaire est-il ou a-t-il été dans l’une de ces situations ? » Dans ces cas, le don est tout bonnement impossible. Cette vérification présente un inconvénient : elle repose sur l’honnêteté des donneurs. « C’est un principe, il ne faut pas nuire » précise Odile Striby. Pourtant, un donneur bien qu’honnête pendant le questionnaire, peut donner son sang contaminé, sans que celui-ci ne soit détecté pendant tout le processus de contrôle. Quel que soit le virus. Par exemple, une personne porteuse du virus HIV (virus du sida) depuis quelques jours peut donner son sang en passant le stade du questionnaire. Le virus est visible dans le corps entre quinze et vingt jours après la contamination, en raison de la présence d’anticorps particuliers. Les scientifiques appellent cette période la fenêtre sérologique. La science ne cessant de progresser dans ce domaine, permet « de fermer la fenêtre, et de la diminuer à huit jours en moyenne » assure le docteur Louisa Adjerad, biologiste à l’EFS Bourgogne-Franche Comté. Cette avancée s’est généralisée en 2001 avec la biologie moléculaire qui cherche le génome du virus. « Mais le risque est infime » souligne-t-elle. Le docteur Christophe Barisien, responsable du service prélèvements à l’EFS est plus catégorique : « On estime le risque à un sur dix millions pour la contamination par le HIV». Comment font les EFS pour limiter au maximum ce risque de contamination virale par du sang transfusé ? Avant toute chose, il est important de comprendre que le sang est un produit périssable. Tout doit aller très vite.
Laurent, le donneur de 31 ans, avant de remplir sa poche de 280 ml, se voit d’abord prélever cinq fioles de sang. Elles partent à Dijon, et ceci quel que soit le centre de l’EFS en Bourgogne Franche-Comté qui a reçu ce don. Elles arrivent, à 7 heures du matin, dans des cartons spéciaux isolés de la lumière et de la chaleur, permettant de conserver une température de quatre degrés. Les échantillons sont placés dans des centrifugeuses tournant entre deux mille et quatre mille tours par minute. Le but de la manœuvre : séparer les éléments du sang. Les globules rouges, plus lourds, tombent au fond de la fiole. Le plasma reste en surface. Au milieu, on trouve quelques plaquettes. Une machine automatisée prélève, et mélange le cas échéant, les deux éléments pour une batterie d’analyses allant de la détermination du groupe sanguin, à la recherche de virus… Les résultats, une fois connus, permettent l’étiquetage des fioles qui sont en correspondance avec les références de la poche de sang. Tous les résultats doivent être envoyés avant 13 h 30. Si une fiole présente la moindre anomalie, l’alerte est donnée à Besançon qui stocke et centralise tous les dons, et la poche est détruite par incinération. Sur le plateau technique de Dijon, dix-sept techniciens s’affairent autour des dons.
À Besançon, ce sont les poches elles-mêmes qui sont analysées. Même processus qu’à Dijon. D’abord les centrifugeuses. Le sang subit une force de charge extraordinaire de 5000 G (*). Les globules rouges ont cette capacité à résister à la pression sans s’écraser, ni éclater. Une fois ce passage de douze minutes, les poches partent dans une machine qui extrait le plasma, et isole le sang et les globules rouges. Les poches sont reliées de manière hermétique empêchant toute contamination avec l’air. Les extrémités des poches de sang sont clampées, ce qui permet des tests, sans que le contenu puisse être contaminé par une source extérieure. L’une des principales vérifications concerne le groupe sanguin. Cette étude peut paraître artisanale, mais reste infaillible. Le plateau technique de Dijon analyse et livre le groupe sanguin à Besançon avec la référence du donneur. Le centre bisontin vérifie en appliquant sur une tablette un révélateur dans lequel quelques goutes du sang de la poche sont versées. Si le test est bon, l’opérateur appose une étiquette sur le don, qui part ensuite se faire enregistrer sur la base informatique. Ainsi, la traçabilité est totale. Dans le cas où le test de Besançon ne confirme pas l’examen dijonnais, toute la chaîne se bloque automatiquement, et les dons sont analysés un à un… Christian Naegelen est responsable de la préparation des produits sanguins pour l’interrégion, il travaille à l’EFS depuis plus de vingt ans. Il affirme n’avoir jamais été confronté à cette situation, mais si tel était le cas, il suivrait la procédure à la lettre. Une fois toutes ces étapes passées et réussies par la poche de sang, elle est acheminée vers les huit centres de l’interrégion. Là encore, la vitesse est importante. Les plaquettes vivent cinq jours, les globules rouges quarante-deux jours. Le plasma quant à lui peut être congelé.
Les huit centres possèdent des réserves en fonction de leurs habitudes de consommation. À Besançon, le stock est surtout là pour faire le tampon avec les autres centres. En cas d’urgence, il peut approvisionner très rapidement en sang n’importe quel site. L’organisation de l’EFS Bourgogne Franche-Comté peut sembler complexe, mais la traçabilité et la sécurité de la transfusion passent par ce système. Sans se faire un sang d’encre, le risque zéro n’existe pas .
(*) G : accélération de la gravité ; à titre comparatif, un pilote d’avion de chasse équipé d’une combinaison anti-G peut résister à une accélération jusqu’à 10 G avant de perdre connaissance.
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