Politique

Philippe Hervieu : « Les Français n’aiment pas le nucléaire »

30/03/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 242 | Par Alexis Billebault

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Je suis favorable à la candidature d’Éva Joly

La catastrophe nucléaire au Japon, consécutive au tsunami, a relancé la question de ce mode d’énergie, auquel les écolos sont opposés. Philippe Hervieu, vice-président du conseil régional de Bourgogne et secrétaire régional d’Europe Écologie/Les Verts aborde le problème, entre quelques considérations sur Éva Joly, Nicolas Hulot, Marine Le Pen et les socialistes…

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LA GAZETTE : Le panache radioactif venu du Japon n’a pas fait comme le nuage de Tchernobyl : il ne s’est pas arrêté aux frontières de la France…
PHILIPPE HERVIEU : Les spécialistes de la question affirment que ce panache radioactif venu du Japon n’aura aucune conséquence sur la santé des Français, et j’ai tendance à les croire. Il faut dire qu’on nous avait raconté tellement de bêtises après Tchernobyl, dont on sait maintenant qu’il a eu des conséquences plus ou moins graves sur beaucoup d’Européens. Cette catastrophe au Japon doit nous permettre de faire avancer nos raisonnements sur la question du nucléaire.

Les centrales françaises vous semblent-elles répondre aux normes de sécurité ?
On nous dit qu’elles le sont… Celle de Fessenheim (Haut-Rhin) a été construite pour résister à un séisme d’une magnitude de 6 sur l’échelle de Richter. Mais si le séisme est de magnitude 6,5 ou 7, que se passe-t-il ? Et puis, personne n’est à l’abri d’une erreur humaine. La France veut vendre des centrales tout en banalisant le danger. Je vous rappelle quand même que Nicolas Sarkozy voulait en vendre une en 2007 au colonel Kadhafi…

Pour vous, il n’y a pas d’autre solution que d’en sortir ?
Au niveau mondial, le nucléaire ne représente que 6 % de la consommation totale. On nous dit que le nucléaire est sûr, que les centrales sont en bon état et qu’elles sont sûres. Le Japon est considéré comme un des pays les plus modernes du monde, et pourtant, nous avons pu constater que la centrale de Fukushima n’a pas résisté au tsunami. Alors oui, je suis favorable à ce que la France sorte du nucléaire, et qu’elle se tourne vers d’autres sources d’énergie. De nombreux pays le font, notamment en Europe.

Mais cela pourrait prendre un temps fou…
Cela prendra quinze ans, vingt ans, vingt-cinq ans, et peut-être plus. Mais les Français n’aiment pas le nucléaire. Ils sont majoritairement méfiants. En France, on a tendance à préférer d’autres systèmes, comme l’énergie solaire par exemple. Le panneau photovoltaïque a certes un coût à l’achat, mais au bout de quelques années, il est amorti. Et ensuite, on se chauffe gratuitement. Ce que je regrette, c’est que l’investissement dans les énergies renouvelables soit quasiment inexistant. En Allemagne, ils ont compris que cela pouvait créer des emplois.

Les défenseurs du nucléaire affirment que c’est la source d’énergie la moins coûteuse. En ce moment, c’est un argument qui porte…
C’est à voir… Car dans le prix du nucléaire, on a tendance à oublier d’inclure la gestion des déchets, dont on ne sait quoi faire et qui sont enfouis dans le sol,  la recherche et le démantèlement des centrales, dont le coût se chiffre en milliards d’euros. Je suis favorable à ce que la France sorte du nucléaire et organise la transition énergétique, qu’elle développe les énergies nouvelles, et que soit mis en place un plan de sobriété énergétique pour lutter contre le gaspillage. Par exemple, que les villes françaises mettent en place un système d’économies sur les éclairages publics.

Parlons politique. Daniel Cohn-Bendit a récemment déclaré que si les chances de voir Marine Le Pen atteindre le second tour de l’élection présidentielle se confirmaient, il faudrait penser à ne pas engager de candidat écolo…
Pour l’instant, nous n’en sommes pas là. Mais si effectivement Marine Le Pen confirme dans les urnes ses bons sondages, il faudrait changer de tactique. Mais attention ! Il ne faudrait pas que les socialistes fassent porter aux autres, et notamment aux écologistes, la responsabilité d’un éventuel échec. Car si Marine Le Pen recueille actuellement un nombre important d’intentions de vote, c’est aussi parce que les socialistes n’ont pas de projet et qu’ils se perdent dans les luttes internes. La présidente du Front national est populaire parce que Nicolas Sarkozy a échoué, notamment sur le thème de la sécurité, mais aussi  parce que les socialistes, sur cette question, sont trop souvent décalés par rapport à la réalité. Ils sont trop angélistes et ont tendance à défendre davantage le délinquant que la victime.

Avant, le vote frontiste était surtout un vote  de protestation. Désormais, c’est plus un vote d’adhésion, et les électeurs du FN ne se cachent plus pour le dire…
Je pense que cela reste malgré tout un vote de contestation. Car le FN ne propose rien sur le plan économique. Il recueille simplement les mécontentements par rapport à la mondialisation ou l’immigration. Pour moi, le FN n’est pas un parti républicain, car il véhicule des idées d’extrême droite. Par contre, il ne me semble pas normal qu’il ne dispose pas d’élus au Parlement. Mais tant qu’on ne reviendra pas à la proportionnelle…

Mais plutôt que de faire passer ses électeurs pour des fachos et des abrutis, ne serait-il pas plus judicieux de tenir compte de leurs revendications ? Car il n’y a pas qu’eux à penser qu’il y a des problèmes au niveau de la sécurité, l’immigration ou le pouvoir d’achat !
C’est vrai. Et je ne fais pas partie de ceux qui considèrent les électeurs frontistes comme des fascistes. Les dirigeants de ce parti ont des idées d’extrême droite bien arrêtées, et Marine Le Pen tient le même discours que son père, en se montrant plus habile. L’électorat, qui vient en partie des classes modestes, est avant tout victime de l’insécurité, du chômage ou des délocalisations.

Chez les écolos, il y a plusieurs candidats déclarés : Éva Joly, Henri Stoll et Yves Cochet. Celle de Nicolas Hulot vous semble-t-elle envisageable ?
Absolument. Je pense qu’il peut être candidat à nos primaires. Mais il faut qu’il se déclare rapidement.

Hulot candidat, cela aurait une certaine gueule. Et cela permettrait peut-être aux écologistes de faire un score significatif lors d’une présidentielle, ce qui a très rarement été le cas…
Hulot est médiatique, mais il faut aussi qu’il nous dise quelle est sa position sur le nucléaire, sur ses rapports avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy… Personnellement, je suis plutôt favorable à la candidature d’Éva Joly. Elle maîtrise bien tous les tous les thèmes qui comptent pour les écolos.

Vous pensez que ce n’est pas le cas pour Nicolas Hulot ?
Il est très pointu sur des questions comme l’environnement ou la biodiversité, mais je ne suis pas certain qu’il maîtrise parfaitement la finance, l’aménagement du territoire ou la formation professionnelle.

Les socialistes connaîtront dans six mois le nom de leur candidat. Avez-vous une préférence ?
Cela regarde avant tous les socialistes. Celui qui semble le moins écolo de tous les candidats annoncés ou virtuels, c’est sans doute Dominique Strauss-Kahn. Mais paradoxalement, je pense que c’est celui qui ferait le plus de choses pour l’écologie…



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