La cuisine maison existe encore
20/04/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 245 | Par D.R.
Le coup de coeur de Dominique Brouillot de Bourgogne Magazine. À cinq petites minutes de Dijon, on peut se sentir comme à la maison, savourer une bonne cuisine familiale tout en profitant du caractère nostalgique et intemporel d’un petit village à la française. Face à l’église de Messigny-et-Vantoux, l’Auberge des tilleuls fait partie de ces établissements discrets qui mériteraient d’être mis sous cloche.

IL Y A quelque chose de Tativille dans Messigny-et-Vantoux. On peut y voir une église, des manèges les jours de fête, sentir la bonne odeur du pain de campagne et… prendre place dans une auberge dont le caractère suranné rappelle à certains égards l’univers de Jacques Tati. C’est cette France-là que l’on regarde avec nostalgie aujourd’hui, une petite France fragile où le temps s’est arrêté, mais où les saveurs de la cuisine familiale se renouvellent sans cesse.
Pour parfaire ce genre d’auberge, il faut au moins quelques tilleuls sur la place d’en face. Qui lui donnent un nom: L’auberge des tilleuls. Puis, à la barre, un couple soudé, conforme au casting du film. Alain et Christine Rapha sont parfaits, chacun dans son rôle. Le chef a beau dire qu’il a un faible pour Keith Richard, c’est quand même dans son habit de lumière, sous sa toque et dans la « générosité » des rondeurs de son corps d’athlète du piano qu’on le préfère. Humaniste et pédagogique, on sent bien aussi que la petite équipe qui fait bouillir la marmite du restaurant adhère à l’esprit des lieux et de son meneur.
Madame, elle, organise le travail en salle. Les nappes vichy sont impeccablement protégées par des plastiques soigneusement étirés. Elle ne manque pas de conseils lorsqu’il s’agit de trouver le bon flacon. Et, si on ne veut pas alourdir la note tout en buvant bon, il y a toujours un excellent bourgogne générique qui peut trouver place dans un pichet à volume variable. Pour le reste, la carte suit.
Tativille revit
Surtout, l’Auberge des tilleuls est l’une de ces adresses que l’on aimerait garder pour soi. Elle fait pourtant souvent le plein. Car entre le regard tentant d’une tarte aux pommes à la peau brunie et craquante qui vous surveille du coin du bar, et les appels du pied d’un tableau aux propositions très diversifiées, on s’y sent vite comme à la maison.
La bonne auberge n’a rien à voir avec ces prétentieuses tables de la ville voisine qui font de l’assemblage vite fait dans les assiettes après s’être fournies chez un grossiste alimentaire du coin. Ici, tout est fait maison, le pâté chaud comme les œufs à la neige, sans oublier le pain que l’on parfume aussi de safran. Les carottes et les navets ont été lavés et préparés dans l’évier de la cuisine. Les petits plats familiaux renvoient inévitablement aux madeleines de Proust de notre enfance. Ils sont servis dans des petites cocottes sur lesquelles s’affiche ostensiblement la marque Staub.
D’ailleurs, c’est encore mieux qu’à la maison, puisqu’on a l’embarras du choix. La lotte et la tête de veau donnent volontiers le change à la rouelle de porc et aux bons vieux œufs en meurette.
Voilà donc ce qui cloche aujourd’hui. Le repas traditionnel n’a plus rien de sacré. Fort heureusement, une immersion dans le petit décor de brocante de l’Auberge des tilleuls rappelle qu’il y encore d’autres façons de voir le monde. Pour le prix d’une pizza et d’un mauvais vin italien dans le bruit et la poussière des travaux du tramway en centre-ville, à peine plus cher qu’un wok fabriqué à la chaîne et qui vous pèsera tout l’après-midi sur l’estomac, elle offre une alternative incomparable: un vrai pied dans la campagne et un goût de reviens-y. Certains soirs, les Amulecteurs, membres d’un groupe local plutôt inspiré par les lieux, viennent y produire leurs lectures parfois décadentes et leurs chants souvent respectables. Tativille revit.
Revenir en haut de page






























chut…n’en parlez pas trop…
c’est trop bon à tous les niveaux, dans et hors l’assiette et le verre, à l’intérieur et en terrasse, dans les sourires et la convivialité…