Interview

L’interview décalée : Florent Marchet

27/04/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 246 | Par Roald Billebault

Réagir Télécharger le numéro

Je ne suis pas attiré par le vedettariat

Avec son troisième album Courchevel, Florent Marchet fait un joli carton. Le 21 mai prochain il sera en concert à la Vapeur de Dijon… L’occasion de le soumettre à la question…

DSC_3583-credit-photo-MATTHIEU-DORTOMB-copie
FLORENT-MARCHET-2-credit-Jean-LANQUETIN--copie

LA GAZETTE : On se tutoie ?
FLORENT MARCHET : Ok, allons-y…

Tiens, on va parler actu un peu… T’es favorable à la légalisation du cannabis ?
Je suis pour que les choses soient un minimum transparentes et contrôlées. Après, dans les interdits il y a quelque chose de tellement excitant que c’est difficile à dire…

Dans le showbiz on doit être plutôt favorable j’imagine… Ça fume à tire-larigot non ?
Tu sais, dans le showbiz ça ne va pas aussi bien que ça, c’est plutôt les anxiolytiques en ce moment, plutôt que les pétards.

La montée du Front national à moins d’un an des présidentielles, ça t’inspire quoi ?
C’est toujours la même histoire, tu sais. Quand les gens sont mal dans leur vie ils ont tendance à se calfeutrer, à se protéger, à avoir peur de l’autre.  Ils ne deviennent pas tout à coup racistes. Ils ont peur… On leur fait peur à longueur de temps. Tout cela n’est pas vraiment surprenant.

Arnaud Fleurant Didier, Guillaume Grand, Bertrand Belin, Florent Marchet… C’est quoi cette mode des chanteurs au nom de voisin ?
Ça a toujours existé en fait. À un moment donné on choisit juste de mettre tel ou tel éclairage sur une chose. Regarde Vincent Delerm, Jacques Brel c’est pas des noms de voisins ça ? À la limite il y a une période qui a été à la mode, c’était celle des chanteurs qui gardaient juste un prénom.

T’en penses quoi de la chanson française, dite nouvelle vague ?
Elles reviennent toutes les cinq minutes. Il y a tout le temps de nouvelles chansons françaises, c’est bien, ça se renouvelle. Par rapport aux années quatre-vingt dix où la chanson était très formatée, aujourd’hui ça va quand même beaucoup mieux, on est dans une vraie singularité. Pour le coup la crise du disque a eu du bon…

Tiens, d’ailleurs j’ai téléchargé tous tes albums sur Internet, tu m’en veux ?
Si c’est légalement tout ça, bien…

Ben non justement…
Je trouve que c’est dommage que les gens ne soient pas plus informés de la façon dont fonctionne l’industrie musicale. Derrière tout ça il y a des musiciens qui ont des familles et qui risquent de se retrouver à la rue. J’ai pas mal de copains qui ont arrêté le métier. Aujourd’hui c’est plus difficile de vivre de la musique et il ne faut surtout pas croire qu’il n’y a que les plus mauvais qui s’en vont… loin de là.

Courchevel c’est déjà ton troisième album mais celui qui t’a fait connaître du grand public… Je ne résiste pas à l’incontournable question du journaliste musical : Courchevel : c’est l’album de la maturité ?
Quelle horreur… J’espère continuer à faire des albums de l’immaturité. C’est effectivement un album dont on parle un peu plus que les autres et qui devrait me permettre de faire le suivant avec plus de facilité… C’est déjà une bonne chose.

Allez, une autre question de journaliste musical et on arrête là : comment définirais-tu ta musique ?
Je fais des chansons pop qui parlent de la société, des autres, afin de mieux parler de soi aussi je pense…

Les journalistes aiment bien faire des comparaisons… et pour toi c’est Souchon qui revient souvent… Ça te flatte ou ça t’emmerde ?
On me compare à Souchon par rapport à mes cordes vocales mais je n’y suis absolument pour rien. Le son qui sort d’une voix n’est pas une chose que l’on choisit. Ça ne me dérange pas du tout, j’ai conscience de ne pas être un chanteur à voix. De toute façon je suis plus un auteur de chansons qu’un chanteur. Mais tu sais, je me suis rendu compte que lorsque l’on comparait des chanteurs ce n’était pas forcement par rapport à leur musique ou à leur répertoire, mais davantage par rapport aux sons de leur voix.

Le journal 20 minutes a dit de toi : Florent Marchet reste le secret le mieux gardé de la chanson française… Mais qui avait donc intérêt à garder le secret  pendant toutes ces années ?
Tu sais, j’avais pas forcement envie d’un album qui puisse rencontrer un écho auprès du grand public. J’ai besoin de temps pour me construire et me trouver. Avant de sortir mon premier album, pendant dix ans j’ai fait des concerts, j’ai fait des maquettes, j’ai fait plein de choses. Je me suis vraiment cherché. Je ne suis pas quelqu’un de pressé, je ne suis pas non plus attiré par le vedettariat, je n’ai rien contre le succès, ni pour non plus…

C’est qui ton meilleur pote dans le milieu ?
Je passe régulièrement des soirées avec Barbara Carlotti… Il m’arrive de prendre un café avec Vincent Delerm… d’aller boire un verre avec Clarika. Récemment j’ai revu Miossec… Après j’ai ma garde rapprochée d’amis… On se voit… On se téléphone…

On te reconnaît dans la rue ?
Oui ça arrive… Ils me disent qu’ils aiment beaucoup mes chansons ou qu’ils ont aimé mes concerts… C ‘est toujours très sympa, très bienveillant.

T’es sur Facebook pour de vrai ?
Oui bien sûr, c’est plus pour tenir informé ceux qui s’intéressent à ce que je fais artistiquement… Ce que je fais dans la vie je ne le mets pas vraiment sur Facebook.

Ta chanson Benjamin raconte l’histoire d’un mec qui ne veut pas passer à l’âge adulte. Quand je vois ton pull Jacquard et ton petit froc coupé droit je me demande si quelque part ce n’est pas un peu toi Benjamin ?
Benjamin c’est pas forcément quelqu’un qui ne veut pas passer à l’âge adulte, mais plutôt quelqu’un qui ne veut pas devenir un adulte normé. Il ne veut pas porter de costume triste et refuse cette vitrine sociale qu’on pourrait lui imposer. Après, Benjamin il a pas forcement trouvé la manière de réinventer sa propre vie… Je pense que je vais un peu mieux que lui quand même, c’est plutôt rassurant.

Pour couronner le tout, est-ce que tu portes des mocassins à glands ?
Non, mais je pourrais…

Dans la haute de Courchevel, ton style un peu kitch doit passer au poil… si tant est que tu y aies déjà mis un pied…
Non, non, jamais, je ne connais pas du tout. Ce qui m’intéressait c’était le symbole. Et très franchement je ne suis pas vraiment dans un milieu… disons… pouêt-pouêt…

Quand t’écoutes pas du Florent Marchet, t’écoutes quoi ?
Je n’écoute jamais du Florent Marchet, je ne réécoute d’ailleurs jamais mes albums comme je ne relis pas non plus mes interviews… En fait, j’écoute des milliards de trucs… Gorillaz, Radiohead… de l’électro, Ratatat par exemple… J’aime bien la musique africaine aussi, Ali Farka Touré. C’est hyper large…

Tu lis quoi en ce moment ?
Hou la la, J’ai commencé Spooner de Pete Dexter, un gros gros bouquin… J’ai pas encore terminé…

Tu as déclaré dans une interview :
« Nancy m’évoque le milieu des beaux arts… » Si je te dis Dijon tu me réponds quoi ? Si tu me parles de moutarde, ou de ban bourguignon je te préviens, je te raccroche à la gueule…
Ça m’évoque Bourges (ndlr : sa ville natale) en fait. J’ai trouvé pas mal de points communs. C’est vraiment une ville que j’aime beaucoup… Quand je suis venu il y avait de la neige, c’était très beau… Je me rappelle aussi avoir particulièrement bien mangé.

Bon, la minute promo maintenant… C’est à toi…
Je suis très mauvais pour ça… Je vais continuer à faire pas mal de concert, des festivals notamment. Je suis en train d’écrire une musique pour le prochain film de Frédéric Videau… Et puis je vais rentrer en studio notamment pour un album de Noël.

Florent, t’en as pas marre de mes questions à la con ?
Mais elle ne sont pas si connes que ça finalement…



Revenir en haut de page

Laisser une réponse

Votre nom :
Votre email :
L'email de votre ami :
Votre message (facultatif) :
La fin des haricots ?
En savoir plus [+]
Télécharger le numéro 296 de La Gazette de Côte d'Or au format PDF Archives
Revenir en haut de page