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Un tracé, des légendes

11/05/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 248 | Par Andrea De Cesaris

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À l’époque les pilotes dînaient avec nous

François Chambelland, un Dijonnais de caractère, est allé au bout de son rêve avec la création du mythique circuit de Dijon-Prenois il y a près de quarante ans. La Gazette s’est plongée au cœur de l’histoire d’un lieu riche d’exploits.

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SPORTIF ACCOMPLI, notamment dans l’univers du catch et du rugby, François Chambelland s’était aussi fait un nom dans le sport auto, en organisant notamment les rallyes de Bourgogne et les grands prix de Dijon sur la base aérienne de Longvic, ou encore en faisant de la course de Côte d’Urcy une véritable référence. Et c’est en chassant dans la forêt de Prenois que son idée de créer un circuit permanent, chose très rare en Europe à l’époque, a pris forme en 1968.
Pour ce véritable stade automobile, c’est avec les plus grandes stars du sport auto  français de l’époque, tels François Cevert et surtout Jean-Pierre Beltoise, que François Chambelland a imaginé le tracé de la piste dijonnaise.
Pas moins de trois ans de travaux seront nécessaires pour faire sortir de terre un circuit que, dès la fin 1972, François Cevert – le beau gosse de la F1 qui devait nous quitter au volant de sa Tyrrell moins d’un an plus tard – qualifie « d’un des plus beaux circuits au monde, qui sera en mesure de recevoir la F1, c’est certain ».
Quelques jours après l’inauguration le 26 mai 1972 par Robert Poujade, jeune maire de Dijon à l’époque, le championnat d’Europe des prototypes 2 litres entre dans l’histoire en devenant la première course organisée sur le circuit côte-d’orien. L’italien Arturio Merzario gagnera l’épreuve. En 1974 c’est la consécration, puisque le site reçoit le grand prix de France de F1. Un événement sans précédent dans la région qui voit la victoire du talentueux pilote suédois Ronnie Peterson sur Lotus Ford, devant Niki Lauda. Celui-ci déclare à l’arrivée contre l’avis de tous les pilotes : « Ce circuit est nul ! » Ceci dit, le pilote autrichien disait la même chose de Monaco…
En 1975, le circuit fait bel et bien partie du quotidien des Bourguignons, mais aussi des Suisses. En effet depuis le drame de 1955 ayant provoqué la mort de 55 personnes au Mans, la course sur circuit est interdite dans leur pays. Pas de quoi décourager nos voisins helvétiques qui ont, dès cette période, adopté le circuit dijonnais. Ainsi, en 1975 a lieu le premier grand prix de Suisse F1 hors championnat. Et c’est justement leur compatriote, Clay Regazonni sur Ferrari qui remporte la course. Georges xxx ex xxx et véritable mémoire vivante du circuit se souvient « qu’en passant devant le drapeau à damier, Regazzonni a levé les bras au ciel et comme il pleuvait, la voiture est partie en aquaplaning. Piégé, le pilote a fini dans le rail… Ça a fait un peu désordre ! ». Notre passionné de sport auto et surtout du circuit de Prenois, se rappelle d’ailleurs une « période bénie où le monde de la F1 était moins aseptisé et où les pilotes dînaient le soir à côté de nous. Ils ne s’enfermaient pas comme maintenant dans leur motor Home ».

Agrandissement de la piste.

Initialement inauguré avec un tracé de 3,2 km, le circuit de Prenois avait bel et bien été pensé pour être plus long – un projet de 5 km est même évoqué mais ne pourra aboutir faute de moyens – et en 1975 son tracé est finalement porté aux 3,8 km que nous connaissons actuellement, avec l’ajout de la fameuse parabolique, un virage rare à travers le monde, avec une montée de plus de 15%.
Durant les années suivantes, la plupart des catégories auto et moto vont limer le bitume réputé très abrasif d’un circuit encore plus sélectif et arrivé à maturité. Moment le plus marquant de son histoire : la première victoire en F1 d’une Renault et d’un moteur turbo dans le cadre du grand prix de France 1979. Une victoire de Jean-Pierre Jabouille, cependant un peu masquée par le duel spectaculaire à tombeau ouvert, que se livrent son équipier René Arnoux et Gilles Villeneuve sur Ferrari (voir interview de René Arnoux page 14 ).
Une année définitivement particulière pour le site, qui accueille quelques semaines plus tard l’arrivée d’une étape contre la montre du tour de France cycliste, parti de Plombières-lès-Dijon et remportée par Bernard Hinault.
Difficile d’oublier aussi la première des 54 victoires d’Alain Prost en F1. Eh oui, c’était aussi à Prenois en 1981… Le jeune pilote français marquera définitivement l’histoire du tracé l’année suivante lors d’un grand prix de Suisse, remporté par Keke Rosberg sur Williams, en signant la pole position sur sa Renault RE30B en 1min 01s 380 secondes, à la moyenne de 222,874 km/h ce qui reste toujours de nos jours le record de la piste.
À l’époque déjà, phénomène télé oblige, les budgets pour recevoir les plateaux de F1 deviennent excessifs, surtout pour un circuit 100% privé. L’équipe de François Chambelland n’est alors pas dupe : le grand prix de France 1984 sera le dernier à se dérouler à Dijon.
D’autant plus frustrant qu’avec plus de 85 000 spectateurs, la course remportée par Niki Lauda sur sa McLaren TAG Porsche, est un succès phénoménal. Succès qui montre aussi les limites des structures d’accès au circuit : « Il y avait un embouteillage non stop de la sortie du circuit jusqu’à la place Darcy à Dijon ! se rappelle un spectateur fidèle et passionné qui s’était retrouvé piégé dans ce bouchon historique.
Malgré la perte de l’épreuve reine du sport automobile, Prenois continue sa marche vers la légende. SuperProduction, camion, moto, dragster mais aussi deux manches magnifiques de Formule 3000 en 1988 et 1989, alors antichambre de la F1, voient se battre des pilotes aussi prestigieux qu’Eddy Irvine, Jean Alesi, Éric Bernard, Érik Comas ou encore le futur champion du monde de F1, Damon Hill.
Le circuit continue son histoire d’amour avec les courses d’endurance comme en 1990 où le team Sauber Mercedes réalise le doublé lors des 500 kilomètres de Dijon-Prenois avec notamment un p’tit jeune qui fera beaucoup parler de lui… un certain Michael Schumacher.
De nombreux succès publics en particulier lors des grands prix de la ville de Dijon, avec en vedette la Formule 3 et le Super Tourisme, continueront de marquer la vie du site dans les années 90, tout comme les courses GT et coupe d’Europe de camions. Pour aborder le XXIe siècle, Dany Snobeck prend la direction du circuit et engage une profonde rénovation. Présidé depuis 2005 par Yannick Morizot (voir interview page      15) Prenois change d’identité visuelle pour revêtir les couleurs grises et bleues actuelles, reçoit de nombreuses compétions historiques référentes comme le grand prix de l’âge d’or ou Moto Légende, mais se donne aussi comme mission de redonner une aura internationale au circuit. Mission accomplie entre autres en 2009 avec la réception du prestigieux championnat DTM.
Prenois fêtera l’année prochaine ses 40 ans ; une histoire tumultueuse et riche en événements, faisant entrer le tracé dans la légende des sports mécaniques .





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