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Un rêve éveillé

31/05/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 251 | Par Jérémie Demay

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Le président régale à la Jam !

Vivre une montée en L1 n’arrive pas tous les jours. Connaître cette expérience de l’intérieur pendant toute une journée est encore plus rare. La Gazette et France bleu Bourgogne vous invitent à partager ces moments uniques.

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DANS LA SALLE d’attente de l’aéroport de Dijon-Longvic, les footballeurs du DFCO se réveillent doucement. Pas d’excitation particulière, seuls quelques rires se font entendre. Les joueurs découvrent la presse et se découvrent en photo dans les journaux. Ils se chambrent gentiment. Les bagages sont en cours d’enregistrement, et un membre du staff est rentré trop vite dans la pièce. « Je n’ai même pas pris de café », puis part en quête d’une machine qu’il trouvera finalement assez rapidement. Les joueurs stationnent tous, ou presque, vers la porte de sortie. En retrait, les cadres du staff lisent ou réfléchissent. L’enjeu est de taille : à la fin de la soirée, Dijon sera en Ligue 1. L’avion est prêt, et tout le monde monte dans la navette pour rallier le tarmac. La concentration commence à faire son apparition sur les visages. Dans l’appareil de vingt-neuf places, chacun s’installe comme à son habitude. Sébastian Ribas explique qu’il est préférable de s’assoir devant ou au milieu de l’appareil « au fond, ça secoue trop » précise l’Uruguayen.
Le vol est rapide. Une heure de trajet durant laquelle les joueurs sont restés très concentrés. Lecture, musique, sieste… Chacun s’occupe comme il peut. Patrice Carteron a choisi l’un des premiers fauteuils à l’avant. Il ne dit pas un mot durant le voyage. L’avion se pose à Angers vers 11 heures. Les joueurs, attendant leurs bagages, se détendent un peu en se chamaillant gentiment. Éric Bauthéac s’amuse avec Steven Paulle. Mais il ne faut pas s’y tromper, cette décontraction apparente ressemble plus à un exutoire pour évacuer le stress et la pression. « Interdit de téléphoner dans le bus, sinon c’est une amende de 200 euros ! » prévient le président Gnecchi. Deux distraits se font d’ailleurs rappeler à l’ordre : « Il faut éviter par tous les moyens de perturber les joueurs » explique le président du DFCO.
Le bus entre dans la ville d’Angers et longe les quais de la Loire. Le château, la douceur angevine, le tramway sur le point d’être inauguré… Le circuit s’apparente presque à un parcours pour touristes. Le bus s’arrête devant l’hôtel, tout le monde descend, et part récupérer ses bagages dans la soute. Tout le monde sauf Younousse Sankaré qui a oublié son sac. Heureusement le chauffeur du bus l’avait remarqué et attendait que le Dijonnais vienne le chercher.
Les footballeurs ne s’attardent pas dans le hall, et préfèrent prendre possession de leur chambre. À midi, l’heure du repas a sonné. Au menu, rien d’exubérant : crudités, pâtes, viande ou poisson, et yaourt au soja. Le repas est vite avalé. Vingt minutes. Ensuite, chacun est monté dans sa chambre. Les joueurs se répartissent par affinités. Chacun occupe son temps comme il le souhaite : sieste, télé, musique… Stéphane Morisot est un des premiers à sortir de sa chambre. En fait, il n’y est resté que quelques dizaines de minutes : « Je n’arrive pas à dormir » confie-t-il. Il s’assoit pour regarder Roland-Garros.
Dans l’hôtel, l’ambiance donne l’impression que tout le monde ne vit que pour ce match. Pourtant dans le centre-ville, le thème des conversations est tout autre. Le tram subit toute une batterie de tests, les secours simulent des exercices autour des rails… Seule la presse fait quelques articles sur la rencontre. La Tribune d’Angers évoque le match sans parler de sport. En effet, le SCO Angers a beau être maintenu en L2, ses problèmes ne font que commencer. Son président, Willy Bernard (33 ans) veut vendre le club. Il a déjà étudié deux offres : une autour d’un million et demi d’euros, l’autre à plus de deux millions. Le jeune entrepreneur a quelques soucis judiciaires en ce moment. En effet, sa société Next Génération est un sponsor du SCO. La justice le soupçonne d’abus de biens sociaux, et de faux et usage de faux en ne faisant pas assez la différence entre son entreprise et le club. Il a été jugé au mois d’avril, le jugement mis en délibéré sera rendu au début du mois de juin. Autre souci au club : Jean-Louis Garcia, l’entraîneur s’en va à Lens. « Nouveau président, nouvel entraîneur, le SCO chamboule tout, au terme d’une des meilleures saisons de ces dernières années. » écrit la Tribune d’Angers.
À l’hôtel des joueurs, vers 16 h 30, tout le monde se retrouve dans le hall. L’équipe s’y dirige pour prendre une collation. Les joueurs ne restent qu’un petit quart d’heure. Pas le temps de traîner, Patrice Carteron effectue la causerie d’avant-match en petit comité. Ce moment est très important dans une équipe. Le coach, dans son discours, rappelle simplement les valeurs du club, celles de l’équipe, et enfin celles qui ont permis au DFCO d’arriver aussi proche de la Ligue 1.
Deux motards de la police arrivent devant l’hôtel. Ils placent leurs motos devant le bus dijonnais. Ils enlèvent leur casque et descendent de leurs machines. L’équipe sort de l’hôtel. Les visages sont fermés. Plus que jamais la concentration est le maître-mot. Seul Patrice Carteron affiche un large sourire comme pour mieux se convaincre que le stress est rarement constructif avant une rencontre. Dans le bus aucun bruit. Arrivé à mi-parcours une musique rythmée se fait entendre provenant du téléphone de Charley Fomen. Le Camerounais, prêté par l’Olympique de Marseille commence à chanter. Quelques sourires se dessinent sur les visages de ses coéquipiers. Le stade Jean-Bouin est en vue. Arrivé dans la cour réservée pour le bus des visiteurs, les joueurs descendent et gagnent les vestiaires. Maillots, shorts, boissons, tout est déjà prêt. Ils posent leur sac et se rendent sur la pelouse pour saluer leurs adversaires, prendre contact avec le terrain… Puis retour dans le vestiaire pour se préparer au match.
Après 90 minutes, et malgré le but encaissé, les Dijonnais exultent quand l’arbitre siffle la fin du match. Chacun manifeste sa joie de manière différente. Certains courent partout, d’autres chantent, dansent, sautent… Tous vont saluer les 500 supporters qui ont effectué le déplacement, puis tout le monde retourne dans le vestiaire. C’est alors que commence la fête !
Les joueurs hurlent « Président, président, président ! », enchaînent sur « Monsieur le maire, monsieur le maire, monsieur le maire ! » Ils tapent sur la table, s’aspergent de flotte. Les photographes présents tentent de prendre quelques images, tout en évitant de mouiller leur appareil. Les joueurs attrapent Patrice Carteron qui se laisse guider sous la douche… François Rebsamen a failli subir le même sort mais a réussi à ne pas rentrer dans le vestiaire. L’euphorie monte d’un cran, et à ce petit jeu Younousse Sankharé se transforme en véritable leader. Il commence par se mettre un carton sur la tête et déambule dans le couloir « il paraît que Dijon monte en Ligue 1 ? Je ne sais pas, j’ai pas vu ! ». Dans le bus, le show Sankharé repart de plus belle. Il prend le micro et interviewe le chauffeur : « Avez-vous passé une bonne soirée ? Comment l’avez-vous vécue ? » Le machiniste répond : « Je suis parti avec une équipe de L2 et je reviens avec une de Ligue 1 ! » Younousse enchaîne… Meilleurs moments : « Dijon est en Ligue 1 et le président régale à la Jam ! ». « Dijon en Ligue 1 ? Qui l’eût cru ! Même pas la Vache qui rit. » « Le Mans est à 42 kilomètres ! (longs rires) Dommage pour eux ! C’est pas pour les chambrer mais c’est la vérité. » (Dijon était en concurrence avec les Manceaux pour la montée). « Monsieur le maire, on va se marier ! » Puis le défenseur dijonnais prend un ton presque sérieux : « Toto (à destination de Christophe Mandanne) tu te souviens de la descente avec Reims. Ça va vite le foot ! Ça, c’est pour la séquence émotion. » Le joueur prêté par le PSG ne s’arrête plus. Il imite un des ses coéquipiers, l’entraîneur… Puis copie une des répliques célèbres du SAV d’Omar et Fred « Ben dis donc, on te plus voit en soirée ? » en tout cas le DFCO a fait une soirée-montée !
Pendant ce temps, Christophe Mandanne passe dans le bus et propose un paquet de chewing-gums piégés. Gare aux gourmands, le coup de jus n’est pas loin ! Éric Bautheac fait la distribution de casquettes. Il a demandé à un de ses amis d’en réaliser une pour chacun des joueurs. Elles sont colorées et chacune porte le numéro de maillot du joueur. À l’aéroport d’Angers les footballeurs n’en reviennent toujours pas, le staff non plus. Jérôme Monier, le préparateur physique du club, sur le tarmac : « Ça serait marrant de retrouver les articles du début de saison qui parlent des candidats à la montée. Je pense qu’on ne devait pas avoir beaucoup d’étoiles ». Et c’est vrai. La politique de recrutement du club en a déconcerté plus d’un. Patrice Carteron n’enrôlait que de jeunes inconnus. Résultat : ces mêmes jeunes sont aujourd’hui courtisés par un grand nombre de clubs. Dans l’avion, les joueurs profitent de ce moment unique. Le sourire collé au visage, la Ligue 1 dans les yeux, et l’euphorie dans les têtes, chacun s’amuse. À l’avant, l’entraîneur commence à réaliser : « Vous imaginez Marseille, Paris, Saint-Etienne, Lyon, Bordeaux… Auxerre… » Il est interrompu et reçoit un texto de Denis Lathoud, l’entraîneur du handball masculin dont l’équipe est rétrogradée en deuxième division : « Bravo, le plus dur commence » écrit en substance le handballeur. « De toute façon, au départ on ne jouera que le maintien » raconte le technicien dijonnais qui explique sa tactique de recrutement. Elle peut se découper en cinq phases : la détection, la signature d’un contrat, l’investissement du joueur, le travail, et la confirmation. En plus d’avoir une lecture du jeu très fine, Patrice est surtout un meneur d’hommes. Il sait trouver les mots justes pour puiser le meilleur dans chacun de ses garçons. Il peut aussi, très rapidement, détecter si un joueur a du potentiel ou non. « Ça ne s’apprend pas » explique-t-il. L’ancien Stéphanois est fier de sa réussite, mais il n’en fait pas des tonnes. Le travail, rien que le travail sont ses maîtres mots. Le recrutement pour l’année prochaine ? « Depuis des mois avec mon équipe nous préparons deux dossiers : un si on restait en Ligue 2, un autre en cas de montée. » L’entraîneur dijonnais a déjà des pistes de recrutement : «  J’ai des vidéos sur chacun d’eux. » L’anticipation pour éviter la précipitation, avec Patrice Carteron rien n’est laissé au hasard. « Si nous avons le vingtième budget du championnat et que l’on va voir un agent de joueur, il ne nous proposera que son vingtième choix ». Peut-être que Dijon aura quelques grands noms l’année prochaine, mais ce n’est pas la priorité pour le DFCO. Le coach préférerait trouver un jeune avec un gros potentiel pour la L2, le faire progresser pour qu’il s’épanouisse dans l’élite.
Une heure de trajet, et l’avion entame déjà sa descente sur Longvic. Il est plus de deux heures. Une cinquantaine de supporters attendent les joueurs. Dans la salle où ils récupèrent leurs bagages, ils continuent à s’amuser. Sébastian Ribas passe sur le tapis roulant, pendant que Franck Grandel monte sur un chariot… Une fois dehors, ils embrassent les supporters, font des photos avec eux. Ils rentrent chacun dans leur voiture pour continuer la fête en centre-ville. Ils sont allés au bout de leur rêve .



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