Heureux qui communiste…
12/07/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 257 | Par Jérémie Demay
Impliqué dans le Front de gauche, le Parti communiste reste actif. Isabelle de Almeida, la responsable de la section départementale ne mâche pas ses mots quand sont évoqués la politique gouvernementale, François Sauvadet, ou encore les questions de sécurité.

LA GAZETTE : Le Parti communiste sera représenté pour la présidentielle par un candidat n’appartenant pas au parti. Pensez-vous que cela est synonyme d’un PC en fin de vie ?
ISABELLE DE ALMEIDA : « C’est déjà arrivé dans l’histoire du Parti communiste en 1965 et 1974. Depuis 2008, nous portons cette démarche de rassemblement. Dans ce sens, nous voulons que puisse s’exprimer la diversité. Nous avons choisi Jean-Luc Mélenchon qui sera le candidat du Front de gauche. Ce n’est pas un affaiblissement du PC, bien au contraire. C’est une volonté d’inclure le parti communiste dans la société et ses réalités. Ce n’est pas un problème d’idéologie communiste.
Comment, d’après-vous, Jean-Luc Mélenchon pourra-t-il convaincre d’amener des voix sur son nom ?
Nous sommes dans une démarche complètement à l’inverse des autres partis politiques. Cela se concrétise par une non-personnification. Il y aura 1 000 candidats avec Jean-Luc Mélenchon. Nous allons mener en même temps l’élection présidentielle et les législatives. Car pour nous pensons que les lois sont votées à l’Assemblée nationale et pas à l’Élysée. Nous avons élaboré un programme qui sera porté par le Front de gauche depuis le 29 mai, jour où nous avons lancé la campagne.
L’une des signatures de Jean-Luc Mélenchon est de s’en prendre avec vigueur aux journalistes. Est-ce une bonne méthode pour faire parler de ses idées ?
Je pense que Jean-Luc Mélenchon a voulu défendre l’existence du pluralisme, l’indépendance des médias et des journalistes. Il faut mener une importante réflexion sur le droit à l’information, et ne pas uniquement se centrer sur le métier de journaliste. Le pluralisme est une demande très forte. Sans ce dernier, la démocratie n’existe plus. Il ne faut pas non plus que la presse d’opinion soit soumise aux grands groupes de financiers. Nous avons un exemple avec la PQR (presse quotidienne régionale).
Le libéralisme n’a jamais autant écœuré les citoyens. Comment expliquez-vous que ce constat ne se répercute pas dans les intentions de vote ?
Je pense qu’aujourd’hui il y a beaucoup d’attentes sur le projet, mais aussi sur la façon de faire de la politique. Les élus doivent montrer que les décisions sont prises par eux. Ce n’est pas à une main invisible ou aux marchés de guider les affaires du pays, de l’Europe, et du monde. Les Français attendent le changement de système. La gauche doit être là pour répondre à ces attentes. La population doit participer à l’élaboration des choix politiques, et non plus dire « Votez pour moi, je m’occupe du reste. » Les gens ne croient plus en cela, et tant mieux ! Maintenant, il faut passer aux actes.
En 2007, le programme du Parti communiste ne faisait aucune mention du nucléaire civil. Jean-Luc Mélenchon s’est prononcé pour la sortie du nucléaire. Prise de conscience ou coup marketing ?
Le programme du Front de gauche souhaite un débat sur les questions de l’énergie et du nucléaire. Le Parti communiste propose un mixe énergétique. Il ne faut pas se prononcer pour ou contre. Les débats simplifiés sont rarement efficaces. Le programme partagé du Front de gauche veut que la population se prononce par referendum.
La Cour des comptes a rédigé un brûlot sur la gestion des forces de sécurité publique depuis 2002. Que proposez-vous pour mieux gérer la police et la gendarmerie ?
La volonté de la droite au gouvernement de réduire les services publics et la fonction publique nous envoie dans une impasse. Tous les secteurs sont touchés. Dans ces conditions, il est normal que le service public soit moins efficace. Derrière tout ça, on trouve l’envie de marchandiser la question de sécurité. Cela permet de laisser certains marchés prendre leur essor. Je pense aux caméras de vidéosurveillance qui enrichissent certains alors que c’est inefficace. En attendant, ça pompe l’argent public ! À Dijon, le bilan des caméras de vidéosurveillance est désastreux. Je trouve lamentable de mettre autant d’argent dans un dispositif inefficace, qui ne crée que de l’illusion. Les citoyens devraient revendiquer plus de moyens pour leur tranquillité publique.
Le 9 juin, un comité technique paritaire s’est réuni pour étudier un projet de décret permettant à n’importe quel citoyen de porter l’uniforme de la police à côté des « vrais » policiers. Le but : remettre de la présence policière dans les rues. Dans le même temps, selon le Canard enchaîné du 22 juin, Claude Géant souhaite un gel de la RGPP pour les forces de l’ordre.
Comment analysez-vous ces annonces ?
Le gouvernement et le président avec tous leurs effets d’annonce ont voulu montrer aux Français qu’ils avaient les solutions miracles, tout en réduisant les dépenses publiques. Et en évitant de s’attaquer à la fortune des plus riches ! Maintenant, ils sont confrontés à l’inefficacité de leur politique. Aujourd’hui ils demandent même aux citoyens de participer à des espèces de milices. Comme pour tous les métiers, une formation est nécessaire. Je ne pense pas que l’on puisse se proclamer policier. L’uniforme ne fait pas la fonction. C’est très dangereux. Les syndicats de la police se sont élevés fortement face à ces projets.
La mise en œuvre de la RGPP est une des missions du nouveau ministre de la Fonction publique, François Sauvadet. Selon vous, quelle est sa marge de manœuvre dans ce dossier ?
Il a accepté d’être ministre du président Sarkozy. Monsieur Sauvadet, comme député et président du groupe Nouveau Centre, a toujours donné son accord sur la quasi-totalité des grandes réformes mises en place par le gouvernement. Je ne vois pas en quoi, monsieur Sauvadet, va remettre en cause la politique de droite qui est appliquée depuis que Sarkozy est au pouvoir. Il faudra maintenant que François Sauvadet explique aux citoyens son action. J’ai lu ses quelques chantiers, franchement cela prêterait presque à sourire. Malheureusement ce sont des sujets graves. Il va se réatteler à la question de l’égalité homme – femme dans la fonction publique… C’est un serpent de mer. Ce dossier ressemble à la précarité dans la fonction publique avec 800 000 précaires. Nous avons la solution : 800 000 titularisations ! Il faut trouver les moyens dans notre pays pour que les fonds soient réabondés par la redistribution de l’argent public.
Les pétroliers, Total en tête, ont informé lundi de leur volonté d’augmenter le prix des carburants pour être en adéquation avec les marchés internationaux. Comprenez-vous cette mesure ?
C’est une sacrée supercherie. Total est dans le CAC 40. On sait que l’entreprise a fait des milliards de bénéfices redistribués aux actionnaires. À travers des jeux légaux, Total ne paie pas d’impôt sur les sociétés, comme beaucoup d’autres structures du CAC 40. Cela est indécent quand on sait qu’un Français sur deux ne part pas en vacances pour des raisons économiques.
À Dijon, lors du dernier conseil municipal, François Rebsamen a annoncé le déménagement des Tanneries, et le financement de leur relogement. L’opposition a crié au scandale et à la gabegie financière. Quel est votre sentiment sur ce dossier ?
Il a été décidé au début des années 2000 que les Tanneries restaient sur le site, tant qu’il n’y avait pas de projet d’infrastructure programmé. C’est devenu au fil du temps un lieu culturel alternatif. L’idée de proposer un autre lieu pour les activités des Tanneries me semble être une bonne chose. La droite parlant de gabegie financière, cela me fait sourire .
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