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L’hôpital sans budget

20/07/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 258 | Par admin

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Je ne lis pas dans le marc de café

Avec son budget rejeté, le CHU de Dijon se trouve dans une position très délicate. L’argent public manque, et les services de la santé trinquent.

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LA SITUATION n’est pas joyeuse à l’hôpital de Dijon. Les déboires financiers s’enchaînent. Cette fois, c’est carrément le budget pour l’année 2011 qui a été rejeté par l’Agence régionale de santé (ARS). Motif : il était en déséquilibre. De plus, il ne respecte pas le Plan de retour à l’équilibre (PRE) adopté en 2008. À l’époque, le déficit cumulé de l’hosto atteignait 22 millions d’euros (plus de 30 aujourd’hui), et rien que pour 2008 il grimpait à 11 millions d’euros. (Gazette du 15/01/2009). Ce plan prévoyait que pour 2011, le CHU devait être bénéficiaire de 646 000 euros… Résultat, cette année plus de 2,5 millions de déficit !
Dans sa première version de budget pour 2011 le CHU a eu l’audace de demander le remboursement de certains frais engendrés par le déménagement au Bocage central, comme font tous les hôpitaux se trouvant dans cette situation. Une paille, cela ne représente que… 2 600 000 euros. Mais l’ARS ne veut pas verser un kopek pour ce déménagement. « Dans les enveloppes qui nous ont été allouées en début d’année nous n’avons pas de marge nous permettant d’aider le CHU sur ce sujet. La campagne budgétaire n’est pas close. Nous espérons avoir à la rentrée des crédits complémentaires. Dans la construction de l’EPRD (État des prévisions des recettes et des dépenses), il n’était pas possible, ni sur le principe ni sur le montant, d’intégrer ce remboursement. Notre position est prudentielle » certifie Monique Cavalier, directrice de l’ARS Bourgogne.
« Je n’ai pas souvenir qu’un établissement n’ait pas vu ses frais (de déménagement) remboursés » regrette Barthélemy Mayol, le directeur adjoint du CHU.
Les charmants comptables de l’ARS ont également eu la bonne idée de ne pas rembourser toutes les Missions d’intérêt général (MIG) effectuées par le CHU de Dijon. Sauf que ce refinancement atteint près de 7,5 millions d’euros. « Nous ne répartissons que les crédits que nous avons. Je ne lis pas dans le marc de café, le CHU non plus » répond la directrice de l’ARS. Bref, on verra plus tard pour le remboursement…
Ce rejet du budget pour l’année 2011 a surpris plus d’un responsable de l’hôpital et en premier lieu son directeur Pierre-Charles Pons. Dans un courrier en date du 6 juillet à destination des chefs de pôle, le directeur informe : « J’ai appris le vendredi 24 juin que cet EPRD, pourtant concerté très en amont et qui me semblait acceptable, était refusé. » À la moitié de l’année, la structure qui est un des plus gros employeurs de l’agglomération, n’a toujours pas son EPRD voté. C’est-à-dire que le CHU n’a pas de budget sur lequel s’appuyer pour les dépenses et les recettes. Le 8 juillet, la situation révolte le président de ce conseil, François Rebsamen, qui prend sa plume pour écrire à la directrice de l’ARS, Monique Cavalier : l’EPRD « avait été élaboré en concertation avec vos services et nous semblait crédible même s’il était fondé sur un montant significatif de crédits attendus. Il comportait également des mesures restrictives sur les emplois pourtant nécessaires au bon fonctionnement du CHU dans sa nouvelle configuration. […] J’ajouterai que ce nouvel EPRD, peu réaliste, ressemble à de l’affichage de chiffres, y compris au niveau des recettes attendues de l’activité ». Monique Cavalier s’étonne : « Je n’ai pas encore reçu ce courrier. Il m’a été annoncé, mais je ne l’ai pas sous les yeux. » Ce qui n’est pas le cas de la Gazette (voir ci-contre) !
Le problème du CHU de Dijon est que les charges salariales pèsent lourd dans le budget. Les salariés refusant obstinément de travailler bénévolement, Pierre-Charles Pons, dans sa lettre, interprète les désirs de l’ARS : « Réduire encore plus fortement les dépenses de personnel pour entamer une décrue plus rapide et significative des charges liées à Bocage central. »
Cette solution est assez bien résumée dans un document issu des Ressources humaines de l’hôpital, en date du mois de janvier 2011. Pour le personnel infirmier les besoins non pourvus au 1er février s’élèvent à 95,5 postes d’infirmières. Les départs connus, de mars à juillet : 47,45. Pour les aides-soignantes : 27,75. Les départs connus sont au nombre de 12. Ce tableau démontre la pénurie du personnel. « Il faut économiser partout où l’on pourra » déplore Barthélemy Mayol.
L’ARS validera, ou non, la seconde présentation du budget de l’hôpital dans la première semaine d’août. En attendant, le personnel souffre, et les patients sont tout simplement oubliés par l’État.



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