François-Xavier Dugourd : « Heureusement que Sarkozy est là »
31/08/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 260 | Par D.R.
Comme toute sa famille politique, François-Xavier Dugourd estime que Nicolas Sarkozy gère plutôt bien la crise économique. Mais le conseiller municipal et général UMP, entre deux tacles aux socialistes, admet que la réduction du train de vie de l’État et une taxation spéciale des très hauts revenus s’imposent…

LA GAZETTE : Vous n’allez pas démentir vos amis de la majorité présidentielle qui font de Nicolas Sarkozy un bon gestionnaire de crise et un président protecteur…
FRANÇOIS-XAVIER DUGOURD : Mais heureusement qu’il est là ! Je n’ose pas imaginer la gestion de cette crise par Ségolène Royal ! Nicolas Sarkozy prouve sa dimension d’homme d’État. Et je me félicite que des mesures fortes aient été prises au niveau national, justement pour mieux traverser cette crise. Je pense notamment à la réforme de l’État et à celle des retraites. Nous ne sortirons pas de cette situation sans une réduction du poids de la dette et des déficits publics.
Vous placez Sarko sur un pied d’égalité avec la chancelière allemande Angela Merkel ?
Je pense même qu’il s’est affirmé comme un vrai leader européen. Angela Merkel me semble un peu plus en retrait. Il prend des initiatives, propose des solutions. La France a un rôle primordial à jouer, et c’est en grande partie lié à la personnalité de Sarkozy.
Cela n’écarte pas un certain pessimisme autour de la croissance de l’économie française, ni les rumeurs sur la solidité du système bancaire du pays…
La croissance reste tout de même à un niveau correct. La France est en voie de redressement. Les réformes vont porter leurs fruits. Mais c’est un travail long, difficile, car le pays n’est pas simple à réformer. Quant aux banques, même si je ne suis pas un spécialiste du système bancaire, elles semblent plus solides que celles d’autres pays européens. Je ne crains pas une dégradation de la note AAA. Mais je le répète : même si notre situation est meilleure, il ne faut surtout pas cesser de faire des efforts. Mais ces efforts doivent être réalisés à l’échelle mondiale.
Que les banques et les traders soient en grande partie responsables de la crise ne fait aucun doute. Mais les États le sont aussi. Après tout, ce sont eux qui empruntent pour financer certains investissements !
C’est exact. Mais il me semble indispensable de réguler l’économie mondiale. Il n’est pas acceptable que des traders s’amusent à spéculer et mettent des pays dans des situations difficiles. Ces comportements sont scandaleux.
Nicolas Sarkozy veut diminuer le train de vie de l’ État. Cela pourrait-il concerner le nombre d’élus, jugé trop élevé par les Français ?
La réforme de l’État va permettre de faire par exemple passer le nombre des conseillers généraux de 6 000 à 3 500. C’est une diminution de 2 500 élus. C’est assez significatif. Il est évident qu’il faut faire davantage, et à tous les niveaux. Il ne faut pas que seuls les ménages fassent des efforts. On va encore beaucoup leur demander.
Et cette taxation spéciale des très hauts revenus ?
J’y suis entièrement favorable.
Une partie de l’opinion publique était également favorable à la remise en cause de la TVA à 5,5 % dans l’hôtellerie et la restauration, et dont les effets ne sont pas très perceptibles…
Il ne faut pas y toucher. Il a fallu beaucoup de temps pour y parvenir. Et les effets se font sentir, notamment en termes d’emploi.
Et quand Sarko mobilise 300 policiers pour ses déplacements de deux heures en province, vous ne pensez pas qu’il y a aussi des économies à faire de ce côté-là ?
Mais bien sûr ! Et puisque vous parlez de la police, il faut qu’elle revienne à sa mission première, c’est-à-dire occuper le terrain, et ne plus crouler sous les tâches administratives ou les gardes statiques.
Vous évoquiez un peu plus tôt Ségolène Royal. Quel regard portez-vous sur les socialistes et leur perception de la crise et des éventuelles solutions pour mieux l’affronter ?
Avec les socialistes, c’est toujours le même discours : toujours plus d’État, de dette, de déficit public. Leur discours n’a pas bougé depuis trente ans, et il n’est plus adapté. Il n’est surtout plus raisonnable. Et puis, j’ai remarqué qu’ils n’étaient pas toujours d’accord entre eux, ce qui n’est pas vraiment, je le concède, une nouveauté. Dès qu’il y a un évènement exceptionnel qui nécessite de prendre des décisions fortes, ils s’y opposent. Mais que feraient-ils s’ils étaient au gouvernement ? La majorité présidentielle est unie dans cette situation.
Jugez-vous la gauche conservatrice ?
C’est une évidence. Non seulement ils sont systématiquement dans la division, mais ils n’ont pas de leader, pas de stratégie, pas de programme. Elle n’est pas vraiment crédible. On a souvent tendance à dire que la gauche est progressiste et la droite conservatrice, mais la situation actuelle tend à prouver le contraire.
Lors de cette rentrée politique, Nicolas Sarkozy semble décidé à mettre un peu plus François Fillon en avant. Et donc à le laisser prendre les coups…
Le président de la République a la chance d’avoir un Premier ministre intelligent, honnête, compétent et travailleur. Je pense d’ailleurs qu’il aurait dû le mettre en première ligne bien avant. Sarkozy et Fillon forment un tandem efficace. Le premier va essentiellement se consacrer aux affaires internationales, et notamment la gestion de la crise financière, le second va davantage se concentrer sur les questions nationales. François Fillon travaille avec une équipe compétente.
Le chef de l’État a donc eu raison de ne pas le remplacer en novembre dernier par Jean-Louis Borloo ?
Absolument. Les faits lui donnent raison. Même si Jean-Louis Borloo est quelqu’un de brillant et compétent…
C’est aussi quelqu’un qui pourrait être candidat l’élection présidentielle…
Il en est effectivement question. Nicolas Sarkozy est le candidat naturel de la majorité présidentielle. Jean-Louis Borloo est parfaitement légitime pour être candidat. Mais il faut aussi qu’il mesure les risques d’une éventuelle dispersion, dont pourraient profiter nos adversaires. Car même si les socialistes sont encore très divisés et ne semblent pas très crédibles, cette élection s’annonce très serrée…
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