RN6, Bien plus qu’une route
31/08/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 260 | Par Jérémie Demay
Quel est le lien entre Alain Suguenot, Bourvil, Édouard Herriot, Nana Mouskouri, et une Delahaye type 135 ? Une bande de bitume partant de Paris en Italie via la Bourgogne.



LA ROUTE NATIONALE 6 a longtemps été l’ossature de nombreux départs en vacances. Depuis plusieurs années, cette partie du patrimoine est oubliée. Les automobilistes préférant l’autoroute A6, plus sûre et plus rapide. Peu à peu, les commerces fermaient leurs portes quand leurs propriétaires prenaient leur retraite. Ce coin de Bourgogne s’endormait en se rappelant ses histoires. Face à cette situation, Alain Suguenot, le député-maire de Beaune a eu une idée : redonner vie à ce patrimoine.
« J’ai la nostalgie de cette grande nationale. C’est, avec la Nationale 7, nos « mother road » françaises. L’idée est de faire de la Nationale 6 une route 66 à la française. Depuis, j’essaie de convaincre des riverains pour qu’ils nous vendent leurs stations services qui ont été conservées quasiment à l’identique. » Au-delà du souvenir d’une époque révolue, l’urgence est bien là. En effet, le patrimoine automobile est fragile et périssable. La preuve, cette année, un projet de loi anodin souhaitait que le numéro de châssis soit celui d’origine. Ce qui est quasiment impossible et rend, par la même occasion toute restauration impensable… Heureusement, ce texte n’a pas été adopté.
Avec ce projet autour de la RN 6 l’objectif est de « faire de Saulieu à Chagny une route qui soit une ode à la voiture ancienne, mais aussi de ces périodes que sont les congés payés, des Trente Glorieuses. En sachant qu’on trouvera des voitures de luxes, comme des plus populaires » prévient le député maire de Beaune. Pour aller plus loin dans la reconstitution « nous réfléchissons à nouer des partenariats, notamment avec Michelin, pour faire revivre toute l’ancienne signalétique. Ainsi, sur une soixantaine de kilomètres, redonner à ce tronçon sa consistance d’hier. »
En bon gestionnaire, Alain Suguenot réfléchit de manière pragmatique. Plutôt que de se limiter à une reconstitution historique, le projet prévoit aussi une extension vers l’avenir. « Sur cette dynamique, pourquoi ne pas faire des lieux de formation pour restaurer ces vielles voitures. Aujourd’hui, il n’y a plus de mécaniciens pour réparer ces voitures-là. L’idée est de faire sur des sites ruraux, où il y a des problèmes d’emploi, un pôle carrosserie et mécanique.
Ce savoir-faire se perd. Il faut le sauver. En plus aujourd’hui, et malgré la crise, les propriétaires de vieilles voitures sont des passionnés. Ils peuvent avoir une Ferrari ou une 2CV, mais ils ont en commun de pouvoir dépenser un peu d’argent pour leur voiture. »
Alain Suguenot se présente volontiers lui aussi comme « un passionné. Quand j’étais plus jeune, j’ai pratiqué, un peu, la compétition automobile. Mais au delà de mon intérêt personnel, je pense aussi à ma circonscription et à ses habitants. » La RN6, la région beaunoise, et l’automobile sont intiment liées depuis de nombreuses décennies. Ainsi, les frères Chevrolet sont de Beaune. À la Rochepot, le Bel-air est un lieu devenu mythique. Dans ce restoroute a été tourné Le Cercle rouge avec Alain Delon et Bourvil. Ce secteur a aussi d’autres histoires avec la RN6. Comme le raconte Alain Suguenot : « Édouard Herriot est resté bloqué à Bel Air, au dessus de la Rochepot, pendant six à sept jours car l’hiver les véhicules étaient bloqués dans la côte. Ce coin d’ailleurs était réputé pour cela. On entendait à la radio : attention au bouchon de la Rochepot. ». Avec ce projet autour de l’automobile, la RN6 devrait revivre et peut-être même connaître de nouveau des embouteillages. La chanteuse Nana Mouskouri, qui a acheté sa maison secondaire du côté de Santenay, risque de voir sa tranquillité parfois troublée .
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