François Patriat : « Aubry parle aux socialistes, Hollande aux Français »
28/09/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 264 | Par redaction
À un mois du premier tour de la primaire socialiste, le sénateur-président de région François Patriat est plutôt confiant de voir François Hollande, son favori, être élu. Tout en essayant de se convaincre que les vaincus feront corps derrière le candidat à la présidentielle…

LA GAZETTE : Les six candidats à la primaire socialiste ont débattu récemment à la télévision. Cela a-t-il permis de clarifier les positions de chacun ?
FRANÇOIS PATRIAT : Déjà, vous savez que je n’étais au départ pas favorable à une primaire. Mais depuis que la donne a changé, il n’y a qu’un seul impératif, la réussir. Ce débat s’est déroulé dans une ambiance relativement courtoise, même si la campagne qui précèdera le premier tour sera peut-être un peu plus animée. Mais à la télévision, il n’y a pas eu d’échange de coups. Le débat a permis notamment à Arnaud Montebourg et à Manuel Valls de mieux se faire connaître. Ils sont jeunes, talentueux, ont sur certains points des approches différentes. Mais je pense que six candidats à un débat, et surtout pour une primaire, cela fait beaucoup.
Pourquoi ?
Le débat y perd sans doute un peu en clarté. Selon moi, trois candidats, cela aurait été idéal. Martine Aubry, François Hollande et Arnaud Montebourg par exemple. En tout cas, ce débat a, je le pense, permis de confirmer la suprématie de Martine Aubry et de François Hollande. Cette primaire doit aussi répondre à deux questions essentielles : qui peut battre Nicolas Sarkozy – qui sera candidat – et qui peut assumer la charge de président de la République.
Et pour vous, c’est François Hollande…
Oui. Je pense qu’il est le mieux préparé. Sa campagne se déroule sans accroc. Il flotte d’ailleurs comme un parfum de 1981 sur sa campagne. François Hollande est humble, responsable, il s’est attaché les services de différents experts, et ne néglige aucune question. Pour moi, la principale différence entre Martine Aubry et lui, c’est que Martine parle au Parti socialiste et François à la France. De plus, il s’abstient de réagir aux piques et autres petites phrases. Il a compris que tout ce qui sera dit entre socialistes lors de la campagne pour les primaires sera retenu lors de celle pour la présidentielle. Nicolas Sarkozy et ses troupes ne se priveront pas de ressortir certaines phrases…
Vous pensez vraiment que les battus des primaires joueront tous le jeu lors de la campagne pour la présidentielle, en soutenant sans réserve le vainqueur de la primaire ?
Sincèrement, oui. La gauche ne peut pas se permettre de perdre cette élection, alors que l’attente des Français est grande. Le scénario de 2007 ne se représentera pas. Une quatrième défaite consécutive à une élection présidentielle serait terrible pour le Parti socialiste, qui, à mon avis, ne s’en remettrait pas. L’échec n’est pas permis. C’est pour cela que je suis convaincu que tout le monde sera derrière le candidat ou la candidate. Et puis, les candidats voudront sans doute tous récupérer un ministère…
Rassembler la gauche, sachant que les socialistes ont du mal à se rassembler entre eux, c’est une redondance qui ne prend pas vraiment…
L’union est un combat… L’enjeu de cette élection présidentielle est tel qu’il faudra que la gauche parvienne à se rassembler. Même Jean-Luc Mélenchon nous rejoindra. Tout le monde sait qu’il veut être ministre… Je suis optimiste…
On ne peut pas vraiment dire que l’université d’été de La Rochelle se soit révélée comment un moment de franche camaraderie…
Oui, mais tout le monde sait que La Rochelle, c’est un peu le bal des hypocrites. Et puis, à l’UMP, lors de son université d’été à Marseille, ce n’était pas mieux.
On ne voudrait raviver des souvenirs douloureux, mais le truandage aux élections internes, c’est une spécialité socialiste… Souvenez-vous de Reims en 2008…
(Amusé) Donc les socialistes passent leur temps à s’engueuler et à frauder, c’est ça ? Vous êtes dur… Pour redevenir sérieux, je pense que cette primaire se passera bien, qu’il n’y aura pas de fraude. Ou alors, ce sera vraiment à la marge.
À partir de combien d’électeurs cette primaire deviendrait un succès ?
À partir d’un million d’électeurs.
Le Parti socialiste a présenté un programme. Mais le vainqueur de la primaire le reprendra-t-il à la lettre ?
Ce programme est essentiellement basé sur deux aspects économiques, à savoir la réduction des déficits, et favoriser le retour de la croissance. La vainqueur de la primaire ira bien sûr au-delà de ce programme. François Hollande a conscience de tous les problèmes des Français : l’emploi, le logement, l’éducation, la sécurité… Il n’est pas là pour faire rêver, mais pour faire espérer. Quand j’entends la droite dire que si les socialistes reviennent au pouvoir, ils ne feront qu’augmenter les impôts, c’est faux ! D’ailleurs, les Français doivent s’attendre à ce que le futur gouvernement poursuive le plan de rigueur. L’échec de Nicolas Sarkozy, c’est d’avoir multiplié les cadeaux fiscaux, souvent aux plus aisés, alors que nous n’étions pas dans une période de croissance.
Le Parti socialiste pourrait-il être pâtir des affaires DSK ou Guérini ?
Des affaires, il y en a dans tous les partis. Voyez du côté de l’UMP en ce moment… Dans la politique comme dans la vie civile, il y a toujours des gens qui franchissent la ligne jaune. Pour Guérini, il a reconnu qu’il ne s’était pas assez méfié de son frère. Dès qu’il a été mis en examen, il aurait dû se mettre en retrait du PS. Car l’exclure aurait signifié que le PS le jugeait coupable…
Et pour Dominique Strauss-Kahn ?
J’ai regardé sa récente intervention sur TF1. J’ai rarement vu un homme politique faire un tel mea culpa public. Cela lui permet de tourner la page par rapport à l’affaire du Sofitel de New York. Je sais qu’il ne sera pas présent lors de la campagne présidentielle. Depuis son intervention, on parle beaucoup de sa phrase concernant son pacte avec Martine Aubry. Je ne pense pas que cela porte préjudice à Martine, car tout le monde était au courant de l’existence de ce pacte entre eux.
Carl Lang, un ancien du Front national, envisage d’être candidat pour la présidentielle. Y voyez-vous comme d’autres la main de l’Élysée, afin de gêner Marine Le Pen ?
Sur ce point, je n’en sais rien. Mais je crois que l’Élysée est en ce moment capable de tous les scénarios. Les troupes de Nicolas Sarkozy sont aux abois, et prêtes à tout pour conserver le pouvoir. Par contre, je ne crois pas vraiment à la candidature du Nouveau Centre. Quant à Jean-Louis Borloo, il ne sera pas candidat si Sarkozy lui offre Matignon. Sinon, il ira pour faire monter les enchères.
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