Sport

Les nouveaux défis de Latrèche

26/10/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 268 | Par Aurélien Gaudriot

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Triple champion du monde espoirs IBF, Bilel Latrèche espère continuer sa progression chez les professionnels. Cette saison, les défis ne manqueront pas, avec un titre de champion d’Europe WBO en point de mire. Rencontre avec la nouvelle tête d’affiche de Dijon Boxe.

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LA GAZETTE : Comment êtes-vous venu à la boxe ?
BILEL LATRECHE : C’est plutôt la boxe qui est venue à moi grâce à ma famille. Au départ, c’était un sport que j’aimais regarder mais pas forcément pratiquer. J’admirais mes cousins qui pratiquaient la boxe anglaise et le full contact à haut niveau. Très jeune, j’avais besoin de repères, j’étais hyperactif et fougueux. La boxe étant un sport difficile, demandant beaucoup d’efforts et de respect, de fair-play et d’abnégation, ma mère a décidé de m’y inscrire pour que je sois confronté à moi-même. Au début, j’arrivais à la salle de boxe en pleurant car je n’étais pas prédestiné à ce sport… Après, le plaisir est venu. Très jeune, je me suis rendu compte que la boxe, qui demande beaucoup de rigueur, m’aidait à me structurer personnellement.
Quels ont été vos modèles ?
Le boss des boss reste Mohamed Ali. C’est celui qui a façonné ma boxe avec le toucher sans être touché. Il était physique, technique, explosif, puissant. Il a révolutionné la boxe. Plus récemment, j’apprécie la boxe d’Oscar de la Hoya ou Bernard Hopkins. Ce sont des boxeurs qui sont des exemples pour moi.
Actuellement, la boxe en France est en perte de vitesse. Comment cela s’explique-t-il ?
Je suis d’accord avec ce constat. Les télévisions ne s’intéressent plus à la boxe comme c’était le cas dans les années 1990. Régionalement, la boxe marche très bien. Sur le plan national et international, en France, elle va très mal. Au niveau fédéral, tout est fait de façon très désordonnée. Je ne dis pas ça en donneur de leçons, mais il devrait y avoir chaque année plusieurs réunions fédérales, en présence de tous les médias et partenaires, pour que les journaux s’y intéressent davantage. En voyant que la boxe revient en première page, les télévisions s’y remettront. Avant que Canal + n’achète l’exclusivité à l’époque d’Acariès, la boxe allait très bien. Les diffusions actuelles en France ne permettent pas de faire vivre de grands champions. Nous avons des promoteurs et une fédération qui ne savent pas fédérer tout le monde autour d’une même table. Tout le monde se pointe du doigt au lieu de trouver des solutions. Il faut définir un vrai plan structuré, comme l’ont fait des fédérations telles que le football, le judo ou l’athlétisme.
Revenons à vous. Comment s’est passée votre arrivée à Dijon ?
De manière très précipitée ! Challenger officiel du championnat du Monde Espoirs IBF, je devais combattre à Dole, d’où je suis originaire. Mais dans une incompréhension totale, aussi bien des partenaires privés, de la Fédération que des différentes collectivités, le maire de Dole s’est retiré du projet, en justifiant que le budget n’était pas prévu, à deux ou trois semaines de l’événement. Il a fallu reporter l’événement dans un délai de trois mois maximum. Plusieurs villes étaient intéressées. Finalement, le choix s’est porté sur Dijon, car j’avais demandé de l’aide à Marcel Giordanella, aujourd’hui mon entraîneur. Il a compris mon projet et le message que je voulais faire passer. Lui et le groupe Dijon Boxe m’ont aidé à organiser l’événement rapidement, malgré des moyens dérisoires.
Et finalement, vous êtes resté à Dijon Boxe ?
Après le championnat du monde professionnel IBF Espoirs le 19 juin dernier, je devais partir à Salon de Provence, Genève ou La Rochelle. Finalement, je me suis retrouvé autour d’une table avec Marcel Giordanella et les partenaires de Dijon Boxe, qui voulaient relancer la boxe professionnelle à Dijon avec une tête d’affiche qui montait. Et créer pendant dix ans une importante actualité autour de gros combats pour un niveau continental élite et mondial. J’ai accepté de participer à cette restructuration de la boxe dijonnaise. Étant parti très jeune de chez moi, je souhaitais me rapprocher un peu de ma famille. Dijon est un bon compromis entre ma carrière et ma famille.
Vous vous êtes entouré d’un staff solide pour mener à bien votre carrière…
Christel Aujoux, mon agent sportif, connaît parfaitement toutes les ficelles de la boxe. Marcel Giordanella est mon entraîneur principal depuis un an. C’est un entraîneur que je qualifie de perfectionniste et très humain. J’entretiens avec lui une relation qui va bien au-delà des simples rapports boxeur-entraîneur. Serge Pantel, mon entraîneur adjoint, me suit quasiment depuis mes débuts. C’est un fin technicien et préparateur physique qui m’aide également sur le plan moral. Il me connaît par cœur et sait me conditionner. Vincent Issartel est mon préparateur physique. C’est un ami. Il sait développer ma puissance dans ma boxe. On se complète bien. Un médecin fédéral me suit, ainsi qu’un sophrologue.
Comment préparez-vous votre combat du 5 novembre contre le double champion d’Irlande, Claran Healy ?
Après des vacances un peu longues à mon goût et celui du staff, j’ai repris l’entraînement début septembre par quatre semaines à dominante physique. Il fallait se remettre à jour au niveau du corps. Le décrasser ! Depuis un mois, je me suis vraiment remis à la page physiquement. En octobre, j’ai commencé un entraînement à dominantes technique et tactique. Tous les soirs, c’est fractionné avec les boxeurs, mise de gants, afin de reprendre mes marques sur le ring.
Le mental, c’est votre grande force ?
On dit souvent de moi que ma force n’est pas forcément dans mes poings, mais dans ma tête. Je ne veux jamais abandonner et je veux prouver qu’on peut toujours aller plus haut. Dans la boxe comme dans la vie quotidienne, je me force à toujours rester positif. On ne doit jamais poser le genou à terre et la victoire n’est jamais un hasard. Je m’oblige à positiver et à aller toujours plus loin pour tous les gens qui croient en moi. C’est comme une revanche sur la vie par rapport à mon enfance.
Au niveau boxe, comment décririez-vous votre style ?
Je dirais que je suis un boxeur qui sait s’adapter à tous ses adversaires. Je sais profiter de la moindre de leurs erreurs.
Quels seront les défauts à exploiter chez Claran Healy ?
Ah ça, je les garde pour moi ! Il a de nombreuses qualités. Il ne lâche pas ses adversaires. Il est dans le pur style britannique, il rentre dedans direct, sans réfléchir. Il a également quelques défauts, et je travaille actuellement dessus pour les exploiter. L’agressivité sera importante.
Le 9 décembre, un rendez-vous très important vous attend contre Morrade Hakkar pour une ceinture européenne WBO. Où aura lieu ce combat ?
À l’origine à Besançon, il va certainement se passer à Dijon. Mais plutôt mi-février. C’est un très gros combat qui aura une importance capitale pour ma carrière. Tout le monde connaît Morrade Hakkar. C’est une belle occasion d’ajouter un gros nom à mon palmarès. Ce combat revête plusieurs dimensions. Il représente le jeune contre l’ancien, Dijon face à Besançon, mais aussi le combat de deux cousins et de deux amis. Il m’a beaucoup aidé et j’ai toujours été très lié à lui.
Où aurait lieu ce combat à Dijon ?
Je ne sais pas encore. Certainement au palais des Sports.
Quel est votre plan de carrière ?
Mon principal objectif est de devenir champion du monde d’une des quatre grosses fédérations majeures. Si je gagne le combat contre Morrade Hakkar, je peux être classé dans le top 5 au niveau européen. Cela peut m’amener à être challenger pour un titre mondial. Mon objectif est d’être un jour champion du Monde. C’est pour ça que je ferai tous les combats à enjeux importants pour me rapprocher de mon objectif final.
Quelle a été votre plus grande joie sur un ring ?
J’en ai deux. La première, c’est mon premier titre de champion de France de boxe éducative. J’avais douze ans. Là d’où je viens, devenir champion de France, c’était quelque chose d’impossible. La seconde, c’est quand j’ai entendu résonner la Marseillaise pour la première fois en équipe de France à Dublin. J’avais quinze ans. Ce moment est indescriptible. Ça m’a fait chaud au cœur, même si je ne chante pas forcément la Marseillaise, comme je suis déjà dans mes combats avant leurs débuts. J’ai ressenti une immense fierté pour toute ma communauté, pour ma famille. À ce moment-là, je représentais la France et les Français. Je suis issu d’une double culture, française et algérienne, et comme je le dis souvent, je suis un Fennec aux couleurs de la France. J’étais donc très fier de représenter tous les Français, y compris ceux qui ont une double culture.
Et une déception peut-être ?
De ne pas avoir pu participer aux Jeux Olympiques de 2008… Une contre-performance sportive due à une grosse blessure contractée lors des championnats nationaux m’a empêché d’être sélectionné pour les JO. J’ai sacrifié ma famille de 14 à 18 ans pour la boxe, et je n’ai pas pu atteindre cet objectif majeur… À l’époque, je boxais vraiment pour ça. Cela a donc été très dur



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