« Place aux débats ! »
26/10/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 268 | Par redaction
Fin observateur de la vie politique, l’ancien parlementaire et élu UMP Louis de Broissia reconnaît le succès des primaires socialistes. Mais il attend désormais le débat d’idées entre Nicolas Sarkozy et François Hollande.

LA GAZETTE : Dans la majorité présidentielle, tout le monde n’est pas du même avis concernant les primaires pour la désignation du candidat socialiste à l’élection présidentielle. Dans quel camp vous rangez-vous ?
LOUIS DE BROISSIA : Il faut être honnête et objectif, cela a été une réussite médiatique et démocratique. Médiatique, car à certains moments, on a frisé l’overdose, à tel point que rien ne semblait plus important que ces primaires. Alors même que l’Europe et l’Asie traversent des périodes très difficiles, et que beaucoup de Français sont dans la difficulté, c’était parfois étonnant. Et démocratique, car cela a été bien organisé et surtout validé par plusieurs millions de Français qui ont voté. Sincèrement, je ne m’attendais pas à un tel succès populaire. Les mauvaises langues pourront dire que seulement 5 % des inscrits sur les listes électorales se sont déplacés, cela prouve malgré tout quelque chose.
François Hollande est sorti vainqueur de ces primaires. Sera-t-il un adversaire redoutable pour Nicolas Sarkozy ?
D’abord, maintenant que les primaires sont terminées et que nous connaissons le candidat socialiste, nous allons enfin pouvoir assister à la confrontation des idées. Maintenant, place aux débats ! La campagne va vraiment commencer début 2012, et j’attends de l’UMP qu’elle fasse des propositions sur les sujets qui intéressent et préoccupent les Français. J’espère que les socialistes ne feront pas uniquement campagne sur l’antisarkozysme. C’est une ligne, pas un programme. Qu’ils critiquent, c’est leur droit. Mais il faut surtout qu’ils disent ce qu’ils veulent faire. François Hollande, je ne le connais pas bien…
Peut-être un peu mieux maintenant ?
Oui, grâce aux primaires. J’ai assisté au débat avec Martine Aubry. J’ai vu un homme sympathique, drôle, qui a des qualités et des défauts. Il s’exprime avec habilité, il fait même parfois preuve d’une certaine grandiloquence. On ne fait pas du François Mitterrand au XXIe siècle ! Martine Aubry semble avoir un caractère très fort. Mais les Français n’iront pas d’abord voter pour un caractère, même si cela est important, mais pour quelqu’un capable à leurs yeux d’apporter des réponses à leurs questions. J’attends de voir quel sera le programme définitif du PS. Mais je pense que François Hollande a la capacité de rassembler la gauche, dont la seule obsession est de battre Sarkozy. Or, les Français sont en droit d’attendre d’elle qu’elle fasse surtout gagner la France…
Les primaires sont inscrites dans les statuts de l’UMP. Faudra-t-il passer par là en 2017 ?
Au moins, pour 2012, la question ne se posera pas. Nicolas Sarkozy sera candidat. Je n’imagine pas un seul instant le contraire. Il veut aller au bout de son projet d’installer la France dans le XXIe siècle. Et ce serait une première qu’un président sortant ne se représente pas. Mais pour 2017, il faut envisager les primaires, et ce ne serait pas une mauvaise chose. Le PS vient de réussir à faire évoluer un système transparent, avec une importante caisse de résonnance médiatique.
« Borloo a fait une analyse saine de la situation. Je l’ai rencontré récemment, et je lui ai dit que sa décision était pleine de courage »
Que vous inspire la popularité très basse de Nicolas Sarkozy ?
Il faut en tenir compte, mais le premier tour est loin. Il y a un socle d’environ 30 % d’électeurs fidèles au chef de l’État. N’oubliez pas que Nicolas Sarkozy est très à l’aise en campagne. Son volontarisme est indéniable. Ses succès sur la scène internationale plaideront en sa faveur. Je ne pense pas forcément à ce qu’il a fait pour la Libye, la Géorgie ou l’ONU, mais plutôt à son activisme pour sauver l’Europe de la crise. Moi qui suis un Européen convaincu, je suis vraiment admiratif de ses efforts. Et les Français y sont sensibles, car ils savent qu’une Europe forte est une nécessité absolue.
La décision de Jean-Louis Borloo de ne pas se présenter à l’élection présentielle pourrait-elle jouer en faveur du chef de l’Etat ?
Il est trop tôt pour le dire. Jean-Louis Borloo a fait une analyse saine de la situation. Je l’ai rencontré récemment, et je lui ai dit que sa décision était pleine de courage. Une campagne, c’est quelque chose de difficile, d’exigeant. C’est une lessiveuse. Il faut avoir les nerfs, et l’envie d’aller prendre des coups, en sachant qu’on ne sera pas présent au second tour. Quelque part, j’admire François Bayrou, qui va à nouveau se présenter en sachant très bien qu’il n’ira pas au-delà du premier tour.
Les Français ont-ils besoin de rêver ?
Je crois surtout qu’ils veulent qu’on leur parle de leurs problèmes quotidiens, et ils sont nombreux : l’éducation, l’emploi, la formation, la sécurité, le pouvoir d’achat, la dépendance, la santé… Ils ne demandent pas à rêver. Seulement à être rassurés, car ils sont inquiets. Les Français font partie des populations mondiales les plus inquiètes. Je doute que promettre à des jeunes des emplois protégés pour une durée déterminée soit suffisant. Les cinq prochaines années seront déterminantes et difficiles. Et par gros temps, qui est le plus capable de diriger le navire ? Pour moi, c’est Nicolas Sarkozy.
Les affaires risquent-elles de polluer le climat de l’élection présidentielle ?
Avant chaque élection, des affaires sortent, on raconte beaucoup d’histoires. Aujourd’hui, on a soldé la Seconde Guerre mondiale et la guerre d’Algérie. Comme Nicolas Sarkozy et François Hollande sont nés au cœur des années cinquante, au moins, on ne viendra pas les attaquer sur ces périodes (rires). Il y a des affaires qui remontent, vraies ou fausses ? Laissons la justice faire son travail. On parle de mallettes pleines d’argent qui circulent. Personnellement, je n’en ai jamais vu. Je ne dis pas que cela n’existe pas, je dis simplement que je n’ai jamais eu l’occasion d’en voir. Mais il faut faire attention à une chose…
Laquelle ?
N’oublions pas qu’en France, les partis extrêmes rêvent de faire tomber le système. Marine Le Pen reste très discrète en ce moment, mais elle ne semble pas faiblir dans les sondages. Je fais partie de ceux qui pensent qu’un remake du 21 avril 2002 – celui qui avait obligé Lionel Jospin à se retirer sur l’Île de Ré – est tout à fait envisageable
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