Rémi Delatte : « Pas un gros enthousiasme derrière Hollande »
23/11/2011 | La Gazette de Côte d'Or n° 272 | Par D.R.
Le député (UMP) côte-d’orien Rémi Delatte (deuxième circonscription) approuve les mesures pour diminuer les déficits publics, condamne les plans sociaux, s’agace devant le pouvoir des agences de notation et s’étonne de l’accord passé entre François Hollande et Europe Écologie-Les Verts. Et doute du candidat socialiste à la présidentielle…

LA GAZETTE : Le groupe PSA, la Société Générale et BNP-Paribas ont annoncé la semaine dernière des plans sociaux importants, alors que leurs finances sont au beau fixe. Encore une fois, le sentiment que l’on sacrifie des emplois pour gaver un peu plus les actionnaires prédomine…
RÉMI DELATTE : Il n’est pas acceptable que de tels plans sociaux soient pris d’une manière aussi arbitraire. Cette façon de licencier sous prétexte d’anticiper les marchés et l’avenir est quelque part outrancière. Il ne faut pas perdre de vue que l’État a aidé financièrement l’industrie automobile, dont PSA. Cette industrie est donc redevable à l’État français, et j’espère que celui-ci exigera des explications. C’est bien la preuve qu’une moralisation de l’économie est nécessaire.
Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont décidé de faire la chasse à la fraude sociale. Et l’Assemblée nationale a voté, en ce qui concerne les arrêts maladie, l’instauration d’un jour de carence dans la fonction publique et d’un quatrième dans le privé…
Ce qui motive ces mesures, c’est la volonté de résorber les déficits. Il faut rechercher plus d’équilibre entre secteur public et secteur privé. Cela va permettre de réaliser 240 millions d’euros d’économies pour le public et 200 pour le privé. Ce n’est pas un sacrifice que nous demandons, mais un effort. Mais il faut que le respect des règles s’impose, et que les arrêts maladie excessifs diminuent de manière significative, car je sais bien que la fraude zéro est un objectif impossible à atteindre. D’autres mesures seront sans doute prises prochainement.
Lutter contre la fraude sociale, tout le monde – sauf les tricheurs – est d’accord. Mais pourquoi ne pas faire preuve de la même détermination en ce qui concerne la fraude fiscale, où les sommes en jeu sont autrement plus importantes ?
Mais des choses sont faites, même s’il faut aller plus loin !
Pourtant, on a souvent le sentiment avec Nicolas Sarkozy qu’il est dur avec les faibles et complaisant avec les puissants. Ce n’est pas le quidam à 2 000 € par mois qui va frauder le fisc en général…
Quoi que fasse Nicolas Sarkozy, il est critiqué. Pourtant, il a pris des mesures pour taxer davantage les grosses entreprises, pour imposer plus lourdement les hauts revenus. Dans le contexte actuel, il devrait y avoir une convergence nationale afin de réduire les déficits. Il s’agit de protéger le système de protection sociale français, un des meilleurs du monde, et également de préserver les salaires. En Espagne ou en Grèce, les gouvernements socialistes ont imposé à leurs fonctionnaires des baisses de salaire significatives. Cela n’arrivera pas en France si nous mettons tout en œuvre pour lutter contre les déficits. J’aimerais voir se dessiner une démarche d’unité nationale. Et au-delà, une convergence européenne, avec l’Allemagne, pour l’organisation des finances publiques.
Approuvez-vous l’expérience qui sera faite dans plusieurs départements – dont la Côte-d’Or - de faire travailler les bénéficiaires du RSA quelques heures par mois ?
Absolument. C’est une bonne mesure, qui va pouvoir permettre à des personnes de retrouver quelques heures par mois une activité. Cela les aidera dans un projet de réinsertion. La collectivité donne, mais il faut savoir lui donner en retour.
Au cœur de la crise, il est reproché aux agences de notation d’avoir des pouvoirs exorbitants, de se tromper régulièrement, de jouer au bonneteau avec les économies des pays, et d’avoir aidé le gouvernement grec à maquiller ses comptes. Faut-il minimiser leur influence ?
Oui ! On leur accorde un pouvoir beaucoup trop important. Je retiens la dernière bourde de l’une d’entre elles (ndlr : Standard ans Poor’s), qui avait dégradé la note de la France en lui retirant son triple A. Ce sont des faits particulièrement regrettables, et lors du dernier G 20 à Cannes, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois insisté pour que ces pratiques disparaissent. Il a une nouvelle fois plaidé pour une régulation de la bulle financière.
Avez-vous l’impression que la droite soit divisée ?
Bien sûr, tout n’est pas idyllique. Il y a des débats, des désaccords, mais j’ai tout de même l’impression que la droite est rassemblée autour de Nicolas Sarkozy, qui sera très certainement notre candidat pour l’élection présidentielle de 2012. Dominique de Villepin, qui semblait avoir quelques velléités de se présenter au printemps prochain, s’est rapproché de l’UMP. Jean-Louis Borloo a décidé de ne pas être candidat. Et au centre, je n’entends plus guère François Bayrou critiquer Nicolas Sarkozy.
Une partie de votre camp semble déjà penser aux municipales de 2014 et notamment à Paris, avec le conflit Rachida Dati – François Fillon, et à la présidentielle de 2017…
Moi, je ne veux penser qu’à la présidentielle de 2012. Le reste, il sera toujours temps d’y penser en temps voulu. Il y a effectivement eu des crispations entre le Premier ministre et Rachida Dati. Mais vous aurez sans doute remarqué que François Fillon n’a quasiment rien dit. Il est resté digne et calme. Il s’est placé à un autre niveau. J’ai beaucoup d’admiration pour lui.
Depuis qu’il a été élu lors des primaires socialistes, François Hollande est la cible des attaques de la droite. Sera-t-il selon vous un adversaire redoutable pour Sarko ?
Je connais un peu l’homme en tant que parlementaire, un rôle où il n’est pas beaucoup impliqué. Il a bien sûr des qualités, il a dirigé un parti qui n’est pas simple à gouverner, mais j’ai été assez surpris par ses récentes attitudes. Sur le plan de rigueur du gouvernement, il n’a fait que critiquer, sans apporter de solutions, en se contentant de dire qu’il fallait aller plus vite. Et il a négocié avec les écologistes à propos du nucléaire sur la base de quelques circonscriptions… Tout cela ne me semble pas très sérieux. Il remet en cause l’indépendance énergétique de la France. Et globalement, je n’ai pas l’impression que sa candidature génère un grand enthousiasme dans son camp. J’attends également de voir quel programme il va proposer aux Français. Il a été désigné il y a un peu plus d’un mois, mais il part déjà avec des handicaps…
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