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Dijon a aussi de la bouteille

25/01/2012 | La Gazette de Côte d'Or n° 280 | Par D.R.

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Dijon capitale de la Bourgogne, et donc capitale du bourgogne? Difficile d’en douter : le développement de la ville alla de pair avec celui de ses vignes jusqu’au début du XXe siècle. Dijon porte d’ailleurs toujours en elle le riche héritage des Ducs de Bourgogne qui firent tant pour le nom et la gloire du vignoble régional…

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Les premières traces de vignes découvertes dans le Dijonnais remontent à 1 500 ans. Impossible de dire si « nos ancêtres » gaulois cultivaient vitis vinifera, mais ils en exploitaient sans aucun doute des variétés sauvages, consommées sous forme de breuvage. La première source écrite mentionnant un vignoble rattaché à Divio, émane de Grégoire de Tours, évêque et historien, dans son Histoire des Francs. De passage dans la région au VIe siècle de notre ère, il note: « Du côté de l’Occident sont des montagnes très fertiles, couvertes de vignes, qui fournissent aux habitants un si noble falerne qu’ils dédaignent les vins d’Ascalon {en Terre sainte} ».

Manifestement, le prestige des vins dijonnais semble dès cette époque, attesté. Il se perpétuera notamment grâce aux institutions ecclésiastiques, largement représentées à Dijon. Comme leurs contemporains, les membres du clergé apprécient le « jus d’octobre », mais ils s’y intéressent aussi pour des raisons économiques et liturgiques. Ainsi, l’abbatiale de Saint-Bégnine, la Chartreuse de Champmol et l’église Notre-Dame possèdent et exploitent leurs propres arpents de vigne, tandis que des ordres religieux extérieurs se font bâtir, dans les murs de la cité, des hôtels munis de celliers pour y stocker en abondance leurs fabuleux nectars. C’est le cas des monastères de Cluny, Cîteaux, Tart, Morimond… Un patrimoine immobilier dont il subsiste encore de beaux vestiges aujourd’hui.

Mais un autre pouvoir, politique celui-là, n’a pas l’intention de laisser à l’Église le monopole sur ce secteur juteux… Au XIIIe siècle, les célèbres Ducs de Bourgogne acquièrent des domaines et font construire des pressoirs (toujours visibles à Chenôve). Selon Patrice Beck, professeur d’histoire médiévale à l’université de Lille III, « le domaine ducal possède à cette époque 80 hectares sur la côte, répartis sur quatre domaines, tous greffés sur les principaux centres urbains du duché : du nord au sud, ceux de Talant et de Chenôve aux portes de Dijon », ainsi qu’à Pommard, Volnay et Germolles.

Alors largement dominant sur les parcelles cultivées de Bourgogne, le gamay offre d’importants rendements. En bouche cependant, ses qualités gustatives sont jugées rustres. Son abondance finit par inquiéter Philippe le Hardi, qui estime qu’elle porte atteinte à la réputation des vins du pays. Refusant cette fatalité, il promulgue un édit limitant la culture dudit cépage. Tous les pieds de vigne du « vil et déloyal plant » sont finalement arrachés partout jusqu’à Mâcon. Cette ordonnance sonnera l’avènement d’un autre cultivar, le pinot noir, qui depuis, fait la renommée des grands crus de la Côte-d’Or.

Symbole du faste de son duché, ambassadeur au service de sa diplomatie, le vin de Bourgogne emploie un personnel nombreux maîtrisant des savoir-faire variés. Consommé par la famille régnante comme par le peuple, il participe largement à l’économie locale. Une activité dont témoignent les documents conservés aux Archives municipales et départementales. On y trouve des séries de comptabilité, des commandes, qui soulignent clairement le rôle prépondérant de Dijon dans les affaires vitivinicoles. Il faut dire qu’à partir du XVe siècle, imitant les nobles, les bourgeois aussi investissent et spéculent sur ce marché porteur.

Dijon demeure ainsi une belle place vitivinicole jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. La capitale ducale abrite encore un quartier des vignerons autour de la place Saint-Philibert. On y trouve un marché aux vins très puissant, des négoces prospères… Mais à partir du XIXe s’amorce un certain déclin : la ville est guidée par de nouvelles priorités. C’est la Révolution industrielle, Dijon prend le train en marche et connaît un développement important. Conséquence : la Cité des Ducs s’urbanise et s’étend au détriment des vignes, pourtant enracinées de longue date sur ses coteaux.

La tendance s’accélère le siècle suivant avec l’apparition du phylloxera, qui ravagera les cultures de raisin. Toutes causes confondues, la superficie viticole de Dijon et de sa banlieue passe de 1 200 hectares… à néant, à l’approche des années 1970. Par la suite, la culture de la vigne y a été rétablie par volonté municipale, sur une parcelle située au Clos des Marcs d’Or, à Fontaine d’Ouche. Une mesure largement symbolique. On comprend donc qu’aujourd’hui Dijon souhaite se réapproprier son histoire et renouer le lien qui l’unissait au vin, qui a tant apporté à la Bourgogne et à sa capitale. Un héritage que le vendangeur de la place du Bareuzai nous rappelle tous les jours.
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