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IN DIVIO VERITAS

25/01/2012 | La Gazette de Côte d'Or n° 280 | Par D.R.

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La Saint-Vincent à Dijon ? Mais il y a belle lurette que l’on n’y fabrique plus de vin ! »  Cette réaction, vous l’avez sans doute entendue, peut-être même l’avez-vous eue ! Il est vrai qu’on ne fait plus pousser ni fermenter de raisin ici depuis des décennies. Comment alors justifier l’accueil, inédit, de la traditionnelle fête bourguignonne dans les rues de la cité ducale ?
Comment ? Justement au nom de son passé, lorsque la ville tirait une partie de ses ressources et de son prestige dans la fabrication du vin. Ce fut le cas pendant de très nombreux siècles, particulièrement du Moyen Âge à la fin du XVIIIe siècle. En témoigne, l’important patrimoine immobilier qui émaille les rues de la ville aujourd’hui encore. De façon plus « vivante », le folklore local a lui aussi maintenu la filiation existant entre Dijon et les vignerons d’antan. C’était l’objectif du chanoine Kir lorsqu’il institua les Fêtes de la vigne en 1948. Et même si ce rendez-vous annuel est devenu biennal pour cause budgétaire, l’esprit est resté le même : maintenir la présence d’une corporation à travers chants, danses et vêtements traditionnels…

Les temps modernes n’ont pas pour autant sonné le glas du savoir-faire vinifère dijonnais. Cette passion, osons le mot, a simplement pris d’autres formes. Elle s’est adaptée aux réalités de l’économie dijonnaise, qui, délaissant l’agriculture, s’est tournée largement vers le secteur tertiaire. Dans ces conditions, la filière vitivinicole locale a dû se trouver de nouveaux débouchés, que la recherche scientifique lui a offerts. Ainsi, l’univers du vin est étudié dans ses aspects humains, sociologiques, à la Maison des sciences de l’homme, et dans ses aspects physiques et chimiques, par l’Institut universitaire de la vigne et du vin Jules Guyot. Une chaire Unesco Cultures et traditions du vin portée par l’université de Bourgogne se charge d’ailleurs de diffuser ses découvertes à l’international. Voilà indéniablement une autre façon de perpétuer la tradition d’excellence de la ville, dans un domaine pourtant si concurrentiel…

La filière vitivinicole promise à un bel avenir à Dijon

Économie, technologie, compétitivité… Ne perdons toutefois pas de vue que le vin est avant tout affaire de saveurs. Cela n’a pas échappé aux Dijonnais, à en juger par le regain d’intérêt qu’ils manifestent à son égard. Le plaisir de la dégustation semble être revenu. Il suffit pour s’en convaincre de se balader dans les rues du centre-ville. Les cavistes, bars à vins, et autres magasins d’accessoires spécialisés se sont multipliés ces dernières années. Le signe sans aucun doute d’un désir d’authenticité et d’un attachement réaffirmés au terroir…

Ces constats posés, on comprend mieux l’aspiration et la légitimité de Dijon à retrouver cette place de cité « œnophile ». Poussant cette ambition jusqu’au bout, la capitale régionale a été particulièrement active dans la campagne pour faire inscrire les climats de Bourgogne au Patrimoine mondial de l’Unesco. Mettant tout son poids et son rayonnement culturel dans la balance, elle a porté avec deux autres villes d’importance, Beaune et Nuits-Saint-Georges, la candidature groupée des 1 247 domaines. Un engagement qui a fini par payer : même si la partie n’est pas gagnée, le dossier a été présélectionné par le gouvernement le 20 (vin?) janvier dernier, afin d’être présenté au comité du Patrimoine mondial.

Dijon et les climats: des racines et du zèle…

Une semaine avant le début de la Saint-Vincent tournante, cette bonne nouvelle tombe à pic! Elle justifie aussi pleinement la thématique de cette soixante-huitième édition, placée sous le signe des climats. L’an dernier en effet, devant le succès populaire de la Marche des climats, la confrérie des Chevaliers du Tastevin avait proposé de faire de la Saint-Vincent 2012 un événement exceptionnel en soutien au projet. Pari tenu : ce weekend, ce n’est pas un village, mais le vignoble bourguignon dans son ensemble qui sera mis en lumière ! Pour donner toute sa force aux célébrations, les nombreuses animations se tiendront à Beaune, Nuits-Saint-Georges et… Dijon! Une première pour la ville, qui a mis les petits plats dans les grands pour l’occasion.

La Cité des Ducs va en effet vibrer au rythme des nombreuses animations prévues samedi et dimanche. Comme il se doit, elle rendra hommage au patron des vignerons et respectera la tradition. Ainsi, 43 confréries défileront dans la ville, présentant statuette et bannières. Leurs membres suivront un office spécial en la cathédrale Saint-Bénigne, église autour de laquelle se concentra pendant longtemps la population viticole. Mais cette Saint-Vincent dijonnaise fera par ailleurs montre d’une pointe d’irrévérence. Le programme marie en effet les genres et les goûts, le protocole classique et l’esprit baroque : soit la rencontre inattendue du saint homme de Saragosse et du dieu hédoniste, Bacchus. Une façon pour la ville hôte de signer son retour dans la grande famille des amoureux de la dive bouteille… .



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