Jocelyne Pérard : « Rétablir la vérité »
25/01/2012 | La Gazette de Côte d'Or n° 280 | Par D.R.
La Chaire Unesco Culture et traditions du vin, de l’université de Bourgogne, a participé à l’élaboration du dossier climats de Bourgogne, fil conducteur de la Saint-Vincent tournante 2012. Jocelyne Pérard, responsable de la Chaire Unesco, nous présente son activité et souligne la richesse du patrimoine viticole dijonnais, autrefois reconnu.

En quoi consiste la Chaire Unesco ?
Jocelyne Pérard : Il s’agit un réseau international universitaire, avec 50 établissements d’enseignement supérieur, répartis sur la planète. En 2006, j’ai fondé cette chaire Unesco à Dijon ; elle est aujourd’hui la seule au monde spécialisée dans la vigne et le vin. Nous nous intéressons à tous les vignobles du monde, avec l’objectif de faire progresser le savoir, notamment sur les pratiques viticoles, diffuser les recherches effectuées par nos spécialistes et soutenir les jeunes chercheurs dans leurs études. Nos compétences ne se limitent pas seulement à la Bourgogne, nous nous associons à des laboratoires étrangers car nous estimons que le domaine viticole est issu de toutes les cultures, donc de tous les continents. Nos recherches sur la vigne et le vin sont pluridisciplinaires et s’articulent toujours autour d’un thème précis, dans le but de valoriser un patrimoine viticole souvent méconnu du grand public. Par ailleurs, nous organisons chaque année des colloques, des rencontres ou encore des séminaires entre chercheurs de renommée internationale et passionnés du vin, toujours dans la volonté de partager les savoirs.
Pourquoi avez-vous créé cette activité en Bourgogne ?
Étant l’ancienne présidente de l’université de Bourgogne et de surcroît bourguignonne, je suis très attachée à tous les aspects culturels et patrimoniaux de la région. De plus, l’université est l’une des rares au monde à avoir son propre vignoble (Nuits-Saint-Georges) et à produire son propre vin, sans parler de ses nombreuses structures de formation aux sciences vinicoles. C’est pourquoi l’intégration de cette chaire à Dijon a toute sa raison d’être.
Sur l’aspect financier, nous fonctionnons avec des sponsors, publics ou privés. L’Unesco donne un label, mais pas d’investissement. Et sans finances, il est difficile de progresser. Ainsi, une grande partie de ma mission consiste à négocier et à chercher des soutiens financiers, mais pas seulement. Le partenariat est également important pour développer la diffusion des savoirs, comme celui que nous entretenons avec la confrérie des Chevaliers du Tastevin, qui met à notre disposition le château du Clos Vougeot pour nos conférences.
Quel rôle occupez-vous dans la nouvelle édition de la Saint-Vincent tournante ?
Nous participons à cet événement par le biais de partenaires, notamment en faisant venir à Beaune des associations des vignobles déjà classés à l’Unesco. Nous servons d’intermédiaires tout en participant à des niveaux de réflexion sur les enjeux de cette Saint-Vincent, qui est loin d’être banale. C’est la première fois depuis soixante-huit ans qu’elle ne se tient pas dans un village, mais dans trois villes à la fois. C’est d’autant plus exceptionnel car la manifestation se déroule dans le cadre des climats de Bourgogne, projet qui vient tout juste d’être retenu par l’État Français. Une étape alors extrêmement importante car, dès le début, la chaire Unesco s’est investie dans l’élaboration du dossier climats de Bourgogne, notamment par le soutien de ses chercheurs, et a déclenché la progression de la recherche et des connaissances sur l’histoire du vignoble bourguignon.
Selon vous, la Saint-Vincent tournante sera-t-elle l’occasion pour Dijon de se réconcilier avec son histoire vitivinicole ?
Le dossier des climats est directement lié à la Saint-Vincent 2012 et a un impact fort sur l’identité de Dijon comme ville du patrimoine viticole bourguignon. Il faut savoir qu’au Moyen Âge, l’appellation « vin de Dijon » était très célèbre. C’est un aspect négligé de notre histoire. À la chaire Unesco, nous nous sommes donc mobilisés pour rétablir la vérité. Dijon a occupé un rôle capital en matière de vin, parce que c’était non seulement le Parlement de Bourgogne mais aussi la capitale des Ducs, qui tenaient en main tous les marchés vinicoles et étaient souvent propriétaire des vignes. N’oublions pas qu’il existait des vignes à Dijon au XVe siècle, notamment sur le campus universitaire d’aujourd’hui ! Dans le cadre des climats de Bourgogne, un programme de recherche a été lancé sur les caves pour valoriser le patrimoine bâti du vin à Dijon et de son agglomération, indépendamment des pressoirs de Chenôve. Nous sommes en train de faire un inventaire et des recherches sur ces caves qui ont servi, replaçant ainsi la ville de Dijon dans son rôle clé de porteur du patrimoine viticole bourguignon.
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