Les solutions des partis pour sortir de la crise
25/01/2012 | La Gazette de Côte d'Or n° 280 | Par Jérémie Demay
Deuxième volet de notre dossier sur les programmes de l’élection présidentielle. Après l’écologie, les représentants locaux de cinq formations politiques développent leurs propositions sur l’économie, l’emploi, la fiscalité, et la dette. Cette fois-ci, les différences sont notables, et le clivage droite, centre, gauche est net.



Véritable marqueur idéologique d’un projet, l’économie influence la politique de l’emploi, la lutte contre la dette, la fiscalité… Au final, l’orientation d’un pays est déterminée par cette question. Il n’est pas étonnant de retrouver un discours libéral s’appuyant sur les entreprises à droite. Il est encore moins surprenant de voir que le Front de gauche prône la nationalisation de sites stratégiques. Si au MoDem le mot d’ordre est réduction impérative de la dette, au PS l’emploi est au centre des préoccupations. Selon Europe-Écologie-les-Verts, il est urgent de proposer un autre système, non plus basé sur le produire toujours plus et le moins cher possible, mais qui reposerait sur produire mieux et de façon raisonnée. Ce nouveau projet de société passe évidemment par un respect absolu de l’environnement et de la nature humaine. L’écologie était dans tous les discours quand nous l’abordions il y a deux semaines. Un volontarisme en direction de la nature perdant de sa force quand sont abordées les finances. La crise économique s’est installée en Europe. Face à elle, les formations politiques pensent avoir des solutions.
Question dette
« Si nous revenions au niveau fiscal des années 2000 en France, nous aurions 100 milliards d’euros en plus par an. La question de la dette est liée à la diminution des dépenses, mais pour l’essentiel, c’est un problème de ressources » explique Philippe Hervieu d’Europe Écologie. « Un autre point est important : la lutte contre les paradis fiscaux. Or nous savons que l’évasion fiscale des entreprises et des plus riches représente entre 30 et 40 milliards d’euros par an » déplore l’écologiste, avant de remarquer : « La philosophie dominante pense que plus les riches sont riches, et plus la collectivité est capable de s’en sortir. Or, cette idée, fondement du libéralisme, ne marche pas. C’est dans la répartition que des marges de manœuvre peuvent être dégagées. L’exonération dans le calcul de l’ISF de biens professionnels pourrait être corrigée vers une taxation partielle. Il faut instaurer un impôt plancher à 1 % sur les entreprises. » Les PME ne sont pas oubliées, puisque cet impôt serait progressif. « Bien sûr une série de défiscalisations pourrait être mise en place quand des mesures vont dans le bons sens, notamment quand elles s’orientent sur des activités responsables. Il faut taxer plus fortement les dernières tranches d’impôt, notamment pour ceux gagnant plus de 500 000 euros par an. Pour une fiscalité écologique, il faut installer des mesures incitatives plutôt que des mesures punitives. Par exemple, on peut mettre en place des exonérations fiscales pour toutes les entreprises réalisant des investissements éco-responsables » commente Philippe Hervieu.
Pour le PS et Laurent Grandguillaume, « il faut plus de justice fiscale. Cette absence a conduit la France à s’endetter encore plus. Il ne faut pas oublier que la dette publique a été multipliée par deux depuis 2002 ». L’élu dijonnais poursuit : « Il est nécessaire de réguler le milieu de la finance. Nous devons aussi développer de nouvelles filières en lien avec le respect de l’environnement. » Laurent Grandguillaume s’attaque à la droite : « La politique fiscale menée par le gouvernement actuel vise à enrichir les plus aisés et à appauvrir les travailleurs. Nous remettrons tout ceci en cause. Ceux qui gagnent le plus doivent contribuer à la hauteur de leurs revenus. Les cadeaux fiscaux doivent cesser ! Ce jeudi, François Hollande donnera toutes les précisons sur ce domaine. » Il renchérit : « La justice fiscale doit passer aussi par les collectivités locales. » Au niveau des entreprises, la fiscalité socialiste prévoit d’accorder une sorte de bonus-malus, « valoriser celles qui investissent dans l’humain et dans l’outil productif, et taxer plus celles qui privilégient le capital ». Pour la dette, Laurent Grandguillaume explique : « Il faut bien sûr contrôler les dépenses. La gestion doit être juste et efficace. Dans le même temps, il faut investir dans l’éduction, la santé, le logement, l’emploi… », le tout pour relancer la croissance.
Pour le MoDem et François Deseille le constat est sans appel : « Cette crise résulte de trente-cinq ans de déficit budgétaire. On ne peut pas nier non plus que Nicolas Sarkozy ait mis beaucoup du sien pour exploser la dette. 530 milliards de plus en cinq ans ! La justice fiscale est une obligation. » Le MoDem veut remettre à l’équilibre les finances publiques dès 2015. « En réduisant dès 2012 de 10 milliards, puis de 30 milliards les trois années suivantes le déficit. Tout ceci en augmentant la fiscalité. Il faudra notamment augmenter la TVA de 2 points. » Le MoDem prévoit un gel des dépenses publiques. « On travaille à budget constant. Dès qu’un poste augmente, il faut trouver une diminution ailleurs » prévient le leader centriste. Pour les recettes, le MoDem souhaite refiscaliser les heures supplémentaires, ainsi qu’une suppression totale du bouclier fiscal. Impôt toujours, il veut passer la tranche actuellement taxée à 41 % à 45 %, ainsi que la création d’une tranche à 50 % pour les revenus supérieurs à 250 000 euros. Enfin, le MoDem préconise également le rabotage des niches fiscales.
À l’UMP, François-Xavier Dugourd se veut lucide et reste dans la continuité : « C’est tout une série de mesures qu’il faut prendre pour sortir de la situation dans laquelle nous sommes. Nous devons retrouver la croissance. Pour cela, il faut rester dans la continuité de ce qui a été réalisé, comme la réforme de la taxe professionnelle, la diminution des dépenses publiques, les allégements des 35 heures, les retraites… Nous avons le socle, c’est à nous d’aller plus loin. » Le conseiller général et municipal insiste sur les PME, « la croissance viendra par les entreprises. Il faut renforcer l’innovation et l’export. Pour y parvenir, les charges sociales doivent être réduites. Mais cela passe aussi par le développement du crédit d’impôt recherche. La TVA sociale est aussi un axe intéressant pour lutter contre les délocalisations. Les entreprises doivent réaliser des marges pour relever le pouvoir d’achat ». Bref, pour François-Xavier Dugourd, les vieilles recettes peuvent être réactualisées. Au niveau des niches fiscales, il est plus mitigé : « Certaines sont effectivement injustes, on peut les raboter. D’autres servent directement l’activité économique. » Et au sujet du bouclier fiscal : « C’était une bonne idée de départ, mais il faut gommer ses effets pervers. »
Pour le Front de gauche et Jean Cathenoz, l’analyse de la dette doit s’opérer calmement, « toute dette n’est pas mauvaise. Il faut cesser de la diaboliser. Si elle est utilisée pour faire des réalisations d’avenir, cela est à terme bénéfique ». Mais pour lutter contre le surendettement, « il faut augmenter les recettes. Pour cela, il faut relancer la croissance. Il faut également une vraie justice fiscale, avec un impôt progressif sur le revenu ; exonérer les bas revenus, et taper de plus en plus fort quand les revenus sont importants. La TVA doit être aussi remise à plat. C’est un impôt injuste. La fiscalité doit être un levier pour orienter l’économie ». Pour le militant du Front de gauche, « la nationalisation de certaines banques ne peut plus être évitée ». La reprise en main par les citoyens de l’économie nationale est, pour le Front de gauche, une nécessité.
Quelle politique de l’emploi ?
L’emploi est une des clés pour le retour de la croissance. À l’UMP, sans grande surprise, les dépenses publiques sont dans le collimateur, comme l’explique François-Xavier Dugourd : « 56 % du PIB viennent des dépenses publiques, contre 45 % en Allemagne. Ce n’est plus possible. C’est pourquoi, depuis des années, le gouvernement mène une politique volontariste sur ce thème. Il faut continuer. » Même si la mutualisation des services publics n’est pas une réussite comme au Pôle emploi… « Effectivement. Mais tout n’est pas négatif. Il y a des choses à corriger. » Si la politique menée par les différents gouvernements de droite depuis dix ans n’a pas amené les résultats escomptés, pour François-Xavier Dugourd cela s’explique : « Ce sont des politiques à long terme. » Sur la révision générale des politiques publiques (RGPP) « il faut continuer les efforts. »
Le MoDem, quant à lui, prévoit une augmentation des cotisations sociales et patronales. « Mais pour cela, il faut plus d’embauches » remarque François Deseille. « C’est pour cela que nous défendons le produire en France. C’est l’occasion de faire rentrer de l’argent dans les caisses. Nous avons perdu beaucoup d’industries. Nous devons aider les PME. Elles restent le principal vivier de l’emploi en France. En 2007, nous voulions créer deux emplois sans charge pendant cinq ans. » Le parti de François Bayrou prévoit aussi un assouplissement des 35 heures dans une action « concertée avec un vrai dialogue social. Il ne faut pas supprimer les 35 heures. Nous devons apaiser le climat social ».
Les solutions du PS sur l’emploi peuvent se diviser en deux temps : les contrats de génération et les contrats d’avenir : « Pour résoudre le problème du chômage en France, il faut intervenir sur le privé. Dans notre pays, les jeunes et les seniors sont très touchés par le chômage. C’est pourquoi, nous proposons le contrat de génération. Pour un recrutement d’un jeune de moins de 25 ans qui sera formé par un senior de plus de 50 ans, l’entreprise aura une exonération de ses charges patronales sur les deux salaires. Dans la fonction publique, nous voulons créer les contrats d’avenir qui pourront être mis en place pour 150 000 jeunes. » Mais cette politique ne s’arrête pas là : « Nous remettrons aussi en cause la défiscalisation des heures supplémentaires. Nous stopperons aussi la règle aveugle et dogmatique de la RGPP demandant le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, partant à la retraite. »
Selon Jean Cathenoz et le Front de gauche, l’augmentation des salaires relancerait la consommation, et donc l’emploi : « Il faut d’abord regarder les débouchés. C’est-à-dire qu’il faut prendre en considération le pouvoir d’achat et le développement des services publics. Ce sont des données essentielles pour l’emploi. Le coût du travail n’est pas le problème de l’emploi. » Mais cette politique ne peut s’appliquer qu’en stoppant les délocalisations. « Il faut de nouvelles règles commerciales incluant des données sociales et environnementales. Nous pensons aussi qu’inclure des droits de douane pour lutter contre le dumping social est tout à fait d’actualité. Concernant les entreprises souhaitant délocaliser, il faut taxer fortement le transfert de capital, de telle manière que cela devienne dissuasif. Nous voulons instaurer une taxation sur les réimportations qui sont de marque française mais fabriquées ailleurs. » La vie dans les entreprises est importante. Pour le Front de gauche, elle n’appartient pas aux seuls patrons. Dans ce sens : « Il faut instaurer un nouveau mode de gestion dans les entreprises. Il faut donner des droits aux salariés pour qu’ils puissent intervenir dans la gestion. L’objectif est de favoriser le travail vivant, au détriment du penchant capitaliste d’accumuler le capital. Il faut que la loi interdise tout licenciement ayant uniquement pour but de rapporter de l’argent pour les actionnaires. C’est la même chose pour les entreprises bénéficiaires, elles ne doivent pas licencier. Il faut revenir sur la défiscalisation des heures supplémentaires. Depuis que cela a été mis en place, ce sont 400 000 emplois qui ont été sacrifiés. »
Chez Europe-Écologie-les-Verts, la solution est beaucoup plus radicale : « Clairement, il faut changer de modèle économique » déclare Philippe Hervieu. « La droite, comme la gauche, fonctionnent avec un modèle économique puisant ses sources dans le XIXe siècle. C’est pour cela qu’elles sont dans l’incapacité de produire quelque chose de nouveau. Elles implorent la sainte croissance depuis des années. Mais elle ne vient pas ! Elles adaptent le modèle économique, mais sans le changer. C’est comme si on prenait une traction-avant dans laquelle seraient installés un GPS et des vitres électriques, et qu’on se disait que c’est la voiture du futur ! Il faut tout revoir en incluant de nouvelles contraintes : l’épuisement des ressources naturelles, le changement climatique, et une nouvelle production énergétique ; tant que nous n’aurons pas cela, nous irons dans le mur. Nous pensons que cette réorientation vers une économie verte pourrait créer 1 million d’emplois d’ici 2020. » L’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) a étudié le programme d’EELV. Verdict : c’est « un modèle efficace pour sortir de la crise » (Le Monde 25/01/12).
L’économie est au centre des discussions et des réflexions. Les modèles proposés peuvent s’opposer ou au contraire devenir complémentaires. Mais un signe que l’incertitude domine : la majorité des partis politiques n’a pas rendu sa copie définitive dans ce domaine. Pour mieux s’adapter à la conjoncture, la prudence semble être la règle. .
Revenir en haut de page






























cette crise généralisée résulte de la mise en oeuvre d’une politique européenne depuis une vingtaine d’années par le PS puis par la droite et le modem. Les objectifs de cette politique sont absolument antisociaux. On ne peut pas servir deux maitres à la fois. Ils ont choisi de servir les interets de la finances; seul le front de gauche propose une alternative démocratique et progressiste à ce desastre.