Sport

Haltérophilie : Christian Beekhuizen, arbitre d’exception

05/07/2012 | La Gazette de Côte d'Or n° 303 | Par Rédaction

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Notre sport ne se professionnalisera jamais 

Seul arbitre côte-d’orien à se rendre à Londres, Christian Beekhuizen (70 ans) va participer à ses troisièmes Jeux olympiques. Ancien athlète de haut niveau et entraîneur national, cet arbitre international nous fait découvrir une discipline méconnue malgré une omniprésence aux JO dès 1896.

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LA GAZETTE : Comment avez-vous découvert ce sport, et pourquoi l’avez-vous tant aimé ?
CHRISTIAN BEEKHUIZEN : J’ai découvert ce sport à l’âge de 14 ans, sur le conseil d’un médecin, car je souffrais de rachitisme. J’ai donc fréquenté une salle de sport. C’est un hasard. En tant que sportif, j’ai été membre de l’équipe de France, j’ai remporté les championnats de France par équipes, j’ai été vice-champion de France individuel. Je n’ai jamais fait les Jeux olympiques en tant qu’athlète, mais en tant qu’entraîneur international, en 1988 à Séoul.
Est-ce une déception de ne pas avoir participé aux J.O en tant qu’athlète ?
Bien sûr, c’est l’objectif de chaque athlète. Mais je pense que je ne faisais pas partie des surdoués. J’avais des résultats car je travaillais beaucoup. Mon frère, deux fois champion de France, était lui super doué.
En France, que représente l’haltérophilie ?
La Fédération française compte près de 50 000 licenciés sur trois disciplines (haltérophilie avec plus de 30 000 licenciés, la force athlétique et le culturisme). En France, il n’y a pas d’haltérophiles professionnels. Nos meilleurs athlètes sont tous militaires ou dans la fonction publique. Je pense que notre sport ne se professionnalisera jamais car il n’y a pas assez de retombées médiatiques.
Justement, ne regrettez-vous pas qu’une discipline figurant aux premiers Jeux olympiques dits « modernes » dès 1896, ne soit pas davantage couverte médiatiquement ?
Les grandes compétitions sont télévisées sur Eurosport. La Fédération travaille là-dessus, car il est évident que nous avons besoin des médias pour développer l’haltérophilie. Même dans le journal L’Équipe, il faut un champion du monde ou d’Europe pour que l’on parle de notre sport.
Aux Jeux olympiques, la France a-t-elle des chances de médaille en haltérophilie ?
À Pékin, nous avions gagné une médaille d’argent grâce à Vencela Dabaya (catégorie – 69 kg), un athlète d’origine camerounaise qui détient le plus gros palmarès français. Il a été champion du monde et d’Europe. Il est encore qualifié aux Jeux olympiques de Londres, mais ne nous faisons pas d’illusion sur une possibilité de médaille. Par contre, dans la catégorie des -85 kg, Benjamin Hennequin a été vice-champion du monde en novembre 2011. Parmi les autres qualifiés pour Londres, en – 69 kg, on a Bernardin Matam (21 ans), également d’origine camerounaise. Chez les femmes, on a Mélanie Noel-Bardis (- 48 kg) qui, si elle est finaliste (dans le Top 7), aura réalisé une bonne prestation.
Dans quels pays l’haltérophilie a-t-elle le plus de succès ?
En Asie. Actuellement, ils trustent les médailles. Chez les femmes, les Chinoises sont pratiquement imbattables. Sinon, on a les Turcs, ou des pays comme la Biélorussie ou l’Ukraine.
Depuis quand arbitrez-vous ?
En France, il y a 920 arbitres. Comme dans de nombreux sports, il existe des catégories d’arbitrage. Pour arbitrer les Jeux olympiques ou les championnats du monde, le graal est le diplôme « International 1ère catégorie ». Je l’ai obtenu en 2002, un an après que le président de la Fédération m’ait téléphoné pour me demander de devenir président de la commission nationale des arbitres français.
Comment avez-vous été sélectionné pour les Jeux olympiques ?
Déjà, il faut au moins avoir arbitré un championnat du monde par an entre chaque olympiade. Il y a entre 40 et 45 arbitres officiels. Dans une compétition, il y a le jury, les contrôleurs techniques, chargés de regarder la tenue des athlètes, de contrôler les changements de barre… Moi, je fais partie du jury, qui juge les arbitres et le déroulement de compétition. Dans le jury, nous sommes cinq de nationalité différente, nous jugeons si les décisions des arbitres sont en conformité. Mais pour casser une décision, il faut que les cinq membres du jury soient d’accord. C’est rare.
À quels éléments l’arbitre doit-il être particulièrement attentif ?
L’athlète évolue sur un plateau de 4 mètres sur 4. Il n’a pas le droit de sortir du plateau. La barre doit retomber sur le plateau dans son entier. L’athlète ne doit toucher ses genoux avec ses coudes, seuls ses pieds doivent avoir contact avec le sol (les fesses risquent de toucher), la barre ne doit pas toucher la tête… La pesée est importante, on pèse aux 10 grammes près. Des athlètes à égalité ont déjà été départagés à 10 grammes près (le plus léger l’emporte). Du coup, le plus lourd va maintenant tenter de soulever un kilogramme de plus pour l’emporter.
Mis à part la force, quelles sont les caractéristiques d’un champion d’haltérophilie ?
Je vais peut-être vous étonner, mais la qualité la plus importante est la vitesse. La force, multipliée par la vitesse, donne la puissance. Les athlètes de haut niveau ont obligatoirement une bonne détente verticale. À pieds joints, les haltérophiles de haut niveau parviennent facilement à faire un bond de 3,20 mètres sans élan ! En vitesse pure, sur 20 ou 30 mètres, des coureurs de haut niveau ne nous battaient pas toujours à l’Insep.
Quels sont vos meilleurs souvenirs aux Jeux olympiques ?
J’ai une anecdote qui m’a marqué. À Séoul, on assistait au retour du tennis aux Jeux olympiques. Il y avait Guy Forget et Henri Leconte. Thierry Rey (ancien judoka et conseiller chargé des sports de François Hollande) était l’animateur de l’équipe de France. Henri Leconte, alors numéro un français, n’a jamais mis les pieds au village olympique ! Thierry Rey, un peu agacé, avait confectionné une grande banderole où il était inscrit : « Merci Riton d’être parmi nous ». J’avais assisté à son élimination, dès le premier tour, face à un obscur Sud-Coréen…  Plusieurs personnalités, comme Mireille Mathieu, étaient venues nous rendre visite. Sinon, mon meilleur souvenir, c’est la cinquième place du Bourguignon Francis Tournefier à Séoul. J’étais alors son entraîneur.
Quel exploit sportif vous a le plus marqué dans toute l’histoire des Jeux olympiques ?
En haltérophilie, le plus grand exploit, c’est un garçon de 1,49 m pour 60 kilos qui l’a réalisé ! Naim Suleymanoglou a soulevé 192 kilos à l’épaulé-jeté aux J.O de Séoul ! C’était un Bulgare qui a demandé l’asile politique en Turquie juste avant les J.O de Séoul. Il s’était enfui de son pays. Après cet exploit, le Premier ministre turc l’a adopté. Il a reçu son poids en or ! Il a été le premier à remporter trois médailles d’or aux J.O. Hors haltérophilie, Usain Bolt m’impressionne .





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