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L’hôpital sur la grève

19/09/2013 | La Gazette de Côte d'Or n° 354 | Par Jérémie Demay

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À Auxonne, une partie du personnel s’est mise en grève. Les raisons de la colère des salariés ne sont pourtant pas nouvelles dans cet établissement.

Depuis vendredi, une banderole prévient les habitants d’Auxonne. L’hôpital est en grève. Un mouvement montrant le ras-le-bol des salariés. L’élément déclencheur : de nouveaux horaires. Depuis quelques mois, la direction a instauré des journées avec une amplitude horaire de 13 heures pour les aides-soignantes. Ainsi, elles commencent leur journée à 7 heures, pour s’arrêter à 12 h 30. Elles reprennent ensuite de 17 à 20 heures. D’après le tract de la CGT, d’autres motifs sont également avancés : répression, intimidations, mauvaises conditions de travail, manque d’effectifs, etc. Depuis plus de 3 ans, l’ambiance à l’hôpital d’Auxonne se dégrade progressivement. La Gazette a retrouvé un rapport de l’inspection du travail rédigé après une enquête de plusieurs mois en 2011. Le thème porte sur les risques psychosociaux dans l’établissement. La conclusion cible, sans détour, la directrice Édith Puglierini : « La méthode managériale utilisée par Madame Puglierini a […] un impact négatif pour l’hôpital du fait de l’augmentation de l’absentéisme, de la rotation du personnel qu’elle génère. » Le paragraphe suivant va plus loin encore : « Le comportement de Madame Puglierini pourrait caractériser le délit de harcèlement moral. » Les inspecteurs du travail estiment que « les conséquences de cette souffrance au travail sont lourdes : stress, dépression, perte d’amour-propre, sentiment de culpabilité, troubles du sommeil, tentative de suicide. »

Au cours de cette enquête, qui s’est étalée sur plusieurs mois, les inspecteurs ont auditionné de nombreux salariés qui leur ont confié les belles paroles de leur directrice. Morceaux choisis : « Vous n’êtes rien. Je suis la directrice », ou encore « Elle m’a traitée d’incompétente et menacé de me mettre au placard si je n’étais pas contente. » D’autres salariés ont simplement parlé pour crever l’abcès. « Elle crie plus fort que moi quand je m’exprime », « elle nous réduit à néant », « on vient au travail avec la boule au ventre », « on vit dans une atmosphère de menaces », etc. Devant ce constat, l’inspection du travail avait demandé une médiation (lire encadré).

Les salariés continuent pourtant, tant bien que mal, à faire face. Même quand ils sont en grève. Le manque de personnel est tellement présent, qu’il s’est auto-assigné pour assurer la continuité du service public .

La direction sur le qui-vive 

 Dans le bureau de la direction du CH Auxonne, les médias défilent depuis l’annonce de la grève de la CGT vendredi dernier. Selon Édith Puglierini, ce mouvement est illégal, même si la CGT a pris soin de reprendre un préavis national débutant le 10 septembre. Mais Édith Puglierini n’en démord pas et présente une note de service du 17 septembre comptabilisant les grévistes : six agents pour une durée d’une heure. La note indique aux employés susceptibles de faire cette grève : « L’agent absent ne pourra bénéficier des dispositions 

protectrices applicables en la matière. » Dans le même temps, elle précise que le droit de grève est constitutionnel et important à protéger…

Sur les motifs de la grève, la directrice dément tout harcèlement. Pourtant, ce dernier figure bien dans le rapport de l’inspection du travail de mai 2011. « Ces propos ne m’appartiennent pas », rétorque Édith Puglierini. D’ailleurs, elle avait répondu par courrier à cette inspection. Cette missive devait transiter d’abord par le CHU de Dijon, qui assure la direction commune d’Auxonne. Mais décidément, les courriers expédiés par le CHU ne trouvent pas leurs destinataires, puisque l’inspection du travail ne l’a pas reçu… De toute façon, dans cette réponse, elle n’évoque pas les accusations de ses employés.

Après ce rapport de 2011, la médiation a duré plusieurs mois pour tenter de trouver une solution. Elle s’est terminée le 10 avril 2013. Pour la directrice, cela a été
bénéfique. « Je me suis remise en question. Ça m’a fait réfléchir. J’ai pris un coach en management. » Tout le long de cette médiation, des échanges de courriers ont circulé entre la direction et l’inspection. Comme en témoigne cette lettre du 9 juillet 2012, où les inspecteurs du travail saluent le dialogue constructif. Ils maintiennent cependant les propos relevés par le contrôle de 2011. La lettre mentionne aussi qu’« il est indispensable de retrouver le dialogue social ». La CGT s’est retirée de la médiation en mars 2013, suite à un désaccord avec la direction.

Aujourd’hui, Édith Puglierini reconnaît qu’il reste du travail sur les risques psychosociaux. Même si elle tempère puisque, selon elle, les difficultés rencontrées vers 2010-2011, étaient principalement le fait d’un manque de dialogue entre les employés et leurs cadres. Mais les problèmes restent latents dans l’établissement et aujourd’hui cette grève en est l’illustration. Le taux d’absentéisme reste important, même s’il a légèrement diminué, passant de près de 15 % à 11 % aujourd’hui, selon les Ressources humaines de l’hôpital. La médiation préconise la mise en place de différents outils. Mais qui peinent à se mettre en place.

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