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	<title>La Gazette de Côte d&#039;Or &#187; Histoire</title>
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		<title>La nuit, le noir, le mal…</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Jan 2012 17:45:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Roald Billebault</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[279]]></category>

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		<description><![CDATA[En juin 1942 il est nommé au Kommando der Sipo-SD de Dijon]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Klaus Barbie est l’un des pires monstres qu’ait enfanté le régime hitlérien. Durant la Seconde Guerre mondiale ce nazi de la première heure avait fait de la mort un métier.</strong></p>

<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2012/01/18/la-nuit-le-noir-le-mal/untitled-copie-9/' title='untitled-copie'><img width="450" height="296" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2012/01/untitled-copie-450x296.jpg" class="attachment-medium" alt="untitled-copie" title="untitled-copie" /></a>
<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2012/01/18/la-nuit-le-noir-le-mal/untitled2-copie/' title='untitled2-copie'><img width="253" height="400" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2012/01/untitled2-copie-253x400.jpg" class="attachment-medium" alt="untitled2-copie" title="untitled2-copie" /></a>

<p>LORSQU’ADOLF Hilter accède démocratiquement au pouvoir en 1933,  Klaus Barbie n’a que 20 ans et des opinions politiques déjà bien ancrées. Son père, un ancien de la Grande Guerre, l’a élevé dans la haine du Français. Il n’est pas un cas isolé. Les clauses du Traité de Versailles, les Allemands les ont toujours vécues comme une profonde humiliation. Avec le Führer au pouvoir se disent-ils, le « Diktat » de Versailles ne sera bientôt plus.  Quant aux juifs et aux communistes, responsables aux yeux des nationalistes de tous les maux de la nation, leur tour viendra…  En 1934 Barbie relègue aux oubliettes ses ambitions religieuses et s’enrôle dans les jeunesses hitlériennes. Propulsé chef de patrouille du groupe paramilitaire il est recruté l’année suivante par le SD &#8211; le service de renseignement du parti nazi. Il est formé à Bernau aux techniques d’interrogatoire, avant de rejoindre Düsseldorf, sa première affectation. L’année de ses 23 ans il adhère au parti nazi (NSDAP). Son dossier est sans équivoque. Barbie est une recrue zélée, un pur produit du régime hitlérien : « Ses performances sont remarquables. Son comportement en tant que SS est irréprochable tant dans le service que hors du service. Son opinion relative à la conception du monde nazi est considérée comme affirmée » indique le mémo.<br />
L’élimination physique des juifs est entamée en novembre 1938 avec la Nuit de cristal. Le processus d’extermination imaginé de longue date par Hitler et les dignitaires du régime est en marche. Barbie adhère sans réserve à la folie meurtrière du guide. Après un détour par les Pays-Bas où il participe à ses premières rafles sur les populations juives, Barbie est muté en France à partir de 1940. D’après l’historien dijonnais Pierre Gounand, c’est vraisemblablement à cette époque qu’il pose en toute discrétion ses bagages à Dijon, rue du Docteur Chaussier, le siège de la police secrète allemande. Aucun document ne peut cependant l’attester avec certitude. En 1942 en revanche, on sait que Klaus Barbie est officier de la Sipo-SD de Dijon, au quatrième bureau, la Gestapo. Là encore les archives n’ont laissé que peu de traces de ses agissements. Vu les prérogatives de la Gestapo, principalement élimination des ennemis du Reich, on peut supposer qu’il a accompli sa tâche consciencieusement.<br />
Novembre 1942, les Alliés débarquent en Afrique du nord. En représailles, la Wehrmacht envahit la zone libre de l’Hexagone. Barbie quitte la Côte-d’Or pour s’installer à Lyon où il prend la direction de l’antenne locale de la Gestapo, au 14 de l’avenue Berthelot. Les séances de torture se déroulent au fort de Montluc dans le troisième arrondissement. Résistants, maquisards, communistes, juifs… enfants. Ils sont des centaines à passer par les caves sordides de l’édifice. On pratique la torture de la baignoire, on brûle les membres des détenus, on arrache des dents à la tenaille. Les exécutions sommaires sont quotidiennes. Klaus Barbie ne joue pas les seconds couteaux, il participe activement aux supplices, y prend même un vicieux plaisir, souligneront plus tard les rescapés lors du procès de Lyon. Le nazi multiplie les coups d’éclats. Le 9 février 1943 d’abord, où il met en place une souricière rue Sainte-Catherine, à l’Union générale des israélites de France. 84 personnes sont arrêtées et expédiées par les trains de la mort dans les camps d’extermination en Allemagne. Quatre mois plus tard, à Caluire, il arrête Jean Moulin le patron de la résistance. L’ancien préfet ne survivra pas à son interrogatoire mené au fort de Montluc : « Il atteint les limites de la souffrance humaine sans jamais trahir un seul secret » dira en 1964 André Malraux lorsque la dépouille de Moulin entre au Panthéon. En avril 1944, Klaus Barbie organise une nouvelle rafle à la maison d’Izieu. 44 enfants juifs sont embarqués et dirigés vers Auschwitz. Ils seront tous gazés. Le plus jeune a seulement quatre ans.<br />
Dernier baroud d’honneur en août 1944. Avant de quitter Lyon, le nazi fait déporter près de 600 juifs. Le bilan des crimes imputés à Barbie après guerre donne le tournis : plus de 4 300 meurtres, 7 581 juifs déportés et environ 14 000 résistants arrêtés et torturés.<br />
Klaus Barbie fuit la France en septembre 1944, prenant soin au passage de détruire les archives compromettantes de l’avenue Berthelot. Il rejoint l’Allemagne où il se sait en sécurité. En février 1945 les accords de Yalta entérinent le partage entre les Alliés, d’une Allemagne réduite à peau de chagrin. Les Américains cherchent à surveiller étroitement le voisin communiste. Ainsi en 1947, Le Counter Intelligence Corps (CIC) prend contact avec Klaus Barbie. Ils savent à qui ils ont affaire, son nom figure sur le registre des criminels de guerre. Peu importe, l’homme est une recrue de choix, de surcroît anticommuniste. Il devient l’agent X3054 et donne entière satisfaction à ses employeurs.<br />
De l’autre côté du Rhin on cherche les responsables de la mort de Moulin. Les autorités françaises apprennent que Barbie est en Allemagne et qu’il fricote avec l’allié américain.  L’extradition, s’imaginent-ils, ne sera qu’une formalité. Non seulement les Américains refusent de livrer Barbie, mais ils vont lui permettre de quitter l’Europe en douce. En mars 1951, passeport en règle, il embarque avec femme et enfant pour l’Amérique du Sud, en Bolivie, refuge privilégié des anciens nazis. Il s’appelle désormais Klaus Altmann. Les Français perdent la trace du bourreau de Lyon, qu’ils condamnent à mort par contumace. Maigre consolation…<br />
À La Paz, Altmann vit une retraite paisible. Il obtient la nationalité bolivienne, travaille même quelque temps avec les services secrets allemands. L’ancien gestapiste noue d’étroites relations avec les militaires putschistes boliviens de René Barrientos, lui même largement soutenu par la CIA. En 1964 Barbie devient l’homme de confiance du dictateur qui apprécie tout particulièrement son savoir-faire en matière de police.  Débusquer l’ennemi est en effet un art dans lequel est passé maître Klaus Barbie.<br />
Les services secrets français sont bien informés de sa présence à La Paz. Rien ne sera fait néanmoins pour ramener le criminel en terre française. La Bolivie vit au rythme des dictatures militaires qui s’enchaînent et se ressemblent. En 1971 le général Banzer prend le pouvoir. Pour récompenser son précieux collaborateur, il le nomme lieutenant-colonel honoraire des services secrets. Quasi intouchable, Klaus Altmann n’imagine pas qu’en France sa véritable identité et sa lointaine domiciliation viennent d’arriver sur le bureau du couple Klarsfeld. Ces deux-là ont fait de la chasse aux nazis une de leurs spécialités. L’information est communiquée aux rédactions du pays. L’opinion publique se passionne pour cette histoire au point que les autorités françaises demandent officiellement son extradition. La Paz reste muette au courrier rédigé de la main de Georges Pompidou. Les Klarsfeld optent alors pour le kidnapping. La méthode a déjà fait ses preuves en Argentine avec Adolf Eichmann, le logisticien de la solution finale.  L’opération calée pour mars 1972 foire dans les grandes largeurs. Barbie s’en sort… pour l’instant.<br />
Il faut attendre dix ans pour que le vent tourne, définitivement cette fois-ci. En France François Mitterrand accède à l’Élysée. En Bolivie la dictature militaire prend l’eau avec l’élection de Siles Zuazo. L’ancien nazi n’est plus en odeur de sainteté dans son pays d’adoption. Les Boliviens acceptent de l’extrader vers la France. François Mitterrand, en revanche, traîne des pieds. Faut-il juger Klaus Barbie en France et rouvrir les plaies de la Seconde Guerre ? Certains voient en cette hésitation le passé maréchaliste du président fraîchement élu. Robert Badinder finit par convaincre Mitterrand. Le 4 février 1983, Klaus Barbier est expulsé vers la France et inculpé pour crime contre l’humanité. Ironie de l’histoire, il est incarcéré au fort de Montluc, là où il avait quarante ans plus tôt exercé son immonde besogne. Le 11 mai 1987, s’ouvre à Lyon, en mondovision, le premier procès pour crime contre l’humanité de l’histoire du pays. Barbie a 74 ans. C’est un vieil homme abattu et rabougri qui se présente à la barre. L’ambiance est électrique, la tension palpable. Le deuxième jour de l’audience, Barbie s’adresse au tribunal. Il refuse de comparaître et demande à être ramené dans sa cellule. Le procureur général exulte : «  Il y a plusieurs façon d’interroger. Il y en avait une qui avait cours il y a plus de quarante ans dans cette ville. Celui qui était soumis à l’interrogatoire n’avait aucune possibilité de s’y soustraire. Il ne pouvait pas dire tranquillement à partir de maintenant je rentre dans ma cellule, faites ce que vous voulez cela ne m’intéresse pas. Une fois de plus c’est lui qui se dérobe, qui est un nazi honteux, qui n’ose même pas se pencher sur son passé. » Les débats se tiendront sans lui. À la barre les victimes de Barbie se bousculent. Ceux qui ont survécu aux sévices du boucher de Lyon viennent raconter leur douloureuse expérience. L’émotion est à son comble. Certains ne parviennent même pas à aller au bout de leur témoignage. Jacques Vergès tente de plaider l’acquittement. Le 3 juillet 1987, Barbie retrouve le box pour l’énoncé du verdict. « C’était la guerre, et la guerre est finie » se dédouane l’ancien nazi. Reconnu coupable de 17 crimes contre l’humanité, sans aucune circonstance atténuante, Klaus Barbie est condamné sans surprise à la réclusion criminelle à perpétuité. La satisfaction de l’auditoire ne sera toutefois que de courte durée. Comme un dernier pied de nez à l’humanité, le gestapiste  décède quatre ans plus tard d’un cancer du sang, le 25 septembre 1991.  Il n’aura purgé que huit années de prison.! .</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>&#171;&#160;J’ai vu l’empereur&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Oct 2011 16:52:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>redaction</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[267]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Côte-d’Orien Jean-Claude Héméry est mort en 1911, à l’âge de 104 ans. Petit,  il avait rencontré Napoleon à Saulieu. Un souvenir que Fréderic Mathieu nous relate dans son ouvrage Napoléon, les derniers témoins. Extrait… HÉMERY (Jean Claude), Champeau (Côte-d’Or) 15 mars 1806 – Le Raincy (Seine-Saint-Denis) 23 janvier 1911, 104 ans. Fils de Claude [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le Côte-d’Orien Jean-Claude Héméry est mort en 1911, à l’âge de 104 ans. Petit,  il avait rencontré Napoleon à Saulieu. Un souvenir que Fréderic Mathieu nous relate dans son ouvrage Napoléon, les derniers témoins. Extrait…</strong></p>

<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2011/10/19/j%e2%80%99ai-vu-l%e2%80%99empereur/hemery5-copie/' title='hemery5-copie'><img width="367" height="400" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2011/10/hemery5-copie-e1319043102902-367x400.jpg" class="attachment-medium" alt="hemery5-copie" title="hemery5-copie" /></a>

<p>HÉMERY (Jean Claude), Champeau (Côte-d’Or) 15 mars 1806 – Le Raincy (Seine-Saint-Denis) 23 janvier 1911, 104 ans.<br />
Fils de Claude Hémery, laboureur à Champeaux, et de Jeanne Griveau.<br />
Enfant, il rencontre par deux fois Napoléon, de passage à Saulieu (Côte-d’Or). Voici le récit qu’il fit, en 1906, de sa première rencontre avec l’Empereur : «  Un soir, c’était quelques jours avant le combat de Montmirail… On pouvait dire, après Champaubert, que la partie était perdue pour le « petit caporal «. Ces demi-succès ne pouvaient retarder la suprême défaite. Ce soir-là, l’Empereur arriva à Saulieu pour y passer la nuit. Mon père était le maire du village et, comme l’escorte avait mis pied à terre, Napoléon passa près de moi, l’air préoccupé.<br />
Je n’oublierai jamais cette première rencontre avec l’Empereur, que je devais revoir à son retour de l’Île d’Elbe, ni les paroles qu’il dit à mon père le lendemain en le quittant : « Il faudra faire de votre fils un soldat de ma garde !»<br />
Je ne devais pas le devenir, puisque, si peu de temps après, l’Empire s’écroulait, et que mon père remplaçait à son chapeau la cocarde tricolore par la cocarde blanche. »<br />
La deuxième rencontre de Claude Hémery avec Napoléon eut lieu le 16 mars 1815 :<br />
« J’ai vu l’Empereur à son retour de l’Île d’Elbe ! Je l’ai vu à Saulieu, à l’hôtel de la Poste… Une foule énorme arrivait de partout pour l’acclamer… Je n’étais qu’un enfant, mais je me souviens… Napoléon s’est mis à la fenêtre de l’hôtel pour saluer ceux qui étaient là. Ensuite, il est parti en voiture de poste…<br />
Il voulait aller vite, il rentrait à Paris. Un ancien maître de poste nommé Chopart, qui avait été cassé par des chefs de son administration, se chargea de le conduire. Il mit six chevaux à la voiture et il mena l’Empereur avec un train d’enfer, de Saulieu à Avallon… Une bonne journée pour Chopart. Napoléon le rétablit dans son emploi de maître de postes et déclara qu’il n’avait jamais eu de meilleur conducteur… »<br />
À la chute de l’Empire, Claude Hémery voit la ferme de son père investie par les cosaques. Envoyé par la suite sur Paris, il y travaille comme garçon de café. À la mort de Louis XVIII (16 septembre 1824), il défile devant le lit de parade où est étendu le corps du roi. Le 29 mai 1825, il assiste au sacre de Charles X.<br />
Mais la mort soudaine de son père l’oblige à retourner vivre dans son village natal, afin d’élever ses jeunes frères et sœurs. Il entre alors comme ouvrier aux forges de Maisons-Neuves, près de Précy-sous-Thyl (Côte-d’Or).<br />
Marié à l’âge de vingt ans, Claude Hémery aura onze enfants.<br />
En 1857, lors d’une opération de nettoyage de machine, sa main droite se prend dans un engrenage : tous ses doigts sont broyés ; on doit l’amputer de la main. Ne pouvant plus travailler, il se voit accorder une pension d’invalidité.<br />
Au décès de sa femme (1892), Claude Hémery s’installe chez son petit-fils, au Raincy. Il y retrouve sa fille, aux petits soins pour lui.</p>
<p><em>SOURCES : Arch. Com. Champeau, naiss. -  Le Petit Parisien, 28 mars 1906, 20 août 1907, 6 mars 1909, 24 janvier 1911. &#8211; La Presse, 7 août 1906.</em></p>
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		<title>Les derniers témoins de l’Empire</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Oct 2011 16:49:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Roald Billebault</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[267]]></category>

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		<description><![CDATA[Personne n’a échappé à la conscription]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dans son dernier ouvrage, Napoléon, les derniers témoins, Frédéric Mathieu met à l’honneur les derniers survivants de l’époque napoléonienne. </strong></p>

<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2011/10/19/les-derniers-temoins-de-l%e2%80%99empire/untitled-copie-7/' title='untitled-copie'><img width="450" height="323" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2011/10/untitled-copie-e1319042939147-450x323.jpg" class="attachment-medium" alt="untitled-copie" title="untitled-copie" /></a>

<p><strong>LA GAZETTE : Vous avez retrouvé cinq cent cinquante-quatre témoins civils et militaires des guerres napoléoniennes. On imagine que ce fut un travail de forçat de réunir toutes les informations… D’autant plus que les recensements à l’époque n’étaient pas forcement des plus fiables.</strong><br />
FRÉDÉRIC MATHIEU : J’y ai travaillé en effet environ cinq ans. Au niveau des différents recensements qui existaient, il n’y avait pas grand-chose d’accessible. J’ai beaucoup travaillé à partir d’archives de presse de l’époque, très souvent de petites brèves nécrologiques parues dans les journaux locaux et nationaux. Une fois que j’identifiais un vétéran, j’effectuais des recherches en archives militaires pour retrouver les différents dossiers. Comme cela concerne des gens qui sont morts depuis plus d’un siècle, j’ai pu y accéder sans aucune restriction.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>C’est plutôt une première, ce genre de livre ?</strong><br />
Ce qui m’a donné l’envie de faire ce livre est notamment dû au fait que dans les années 2000 disparaissaient les derniers Poilus de la Première Guerre mondiale. Je me suis rendu compte qu’en ce qui concernait les Grognards, aucun travail n’avait été fait. Du coup cela m’a extrêmement motivé pour l’entreprendre.</p>
<p><strong>On parle souvent des derniers soldats des deux guerres mondiales, nettement moins de ceux des conflits antérieurs. Les soldats de la guerre de 1870 ont été véritablement oubliés…</strong><br />
Avec la Première Guerre mondiale, qui a été un choc au niveau de la population, les vétérans de la guerre de 1870 ont été totalement évincés par les millions de victimes de ce conflit. Pourtant ils étaient encore nombreux en 1918. Le dernier vétéran de la guerre de 1870, Séraphin Pruvost est mort en 1955, dans l’indifférence générale. En revanche il faut noter qu’avant 1914 le mouvement des anciens combattants en France a pris de l’ampleur avec les vétérans de la guerre de 1870. Ce sont eux qui se sont réunis en association, et qui ont construit les premiers monuments aux morts.</p>
<p><strong>En revanche, pour les anciens Grognards, chaque disparition faisait l’objet d’un article dans la presse. La fascination du règne napoléonien peut-être ?</strong><br />
Tout à fait. Depuis la seconde partie du XIXe siècle il existe une véritable fascination pour tout ce qui touche à l’Empire. Les derniers combattants, et même les témoins de l’époque, évoquaient très souvent leur souvenir dans la presse jusqu’au début du XXe siècle.</p>
<p><strong>Vous faites un aperçu sociologique des derniers survivants des campagnes de 1792-1815. On se rend compte que toutes les couches étaient concernées, y compris de riches propriétaires.</strong><br />
Avec la conscription napoléonienne qui a été massive à partir de 1813, personne n’y a échappé. Les petites gens étaient enrôlées pour participer aux grandes campagnes d’Allemagne et de France, mais on se rend compte aussi qu’une population issue de la noblesse locale a pris part aux conflits. Le plus souvent ils débutaient leur carrière comme sous-lieutenants.</p>
<p><strong>En revanche très peu de femmes dans tout cela…</strong><br />
Les femmes qui intervenaient dans les armées napoléoniennes ne le faisaient pas en tant que combattantes. Elles étaient plutôt infirmières, vivandières ou cantinières. Elles n’ont pas de statut militaire. D’ailleurs lorsqu’elles demanderont une pension dans la seconde moitié du XIXe siècle, elles auront beaucoup de peine à se voir reconnaître leurs services. Très peu d’entre elles seront décorées de la médaille de Sainte-Hélène, qui récompensait les derniers survivants de la Grande Armée.</p>
<p><strong>On constate que la Côte-d’Or et d’une manière générale l’est de la France, ont véritablement grossi les rangs de la Grande Armée… Vous expliquez cela notamment par la crainte de l’invasion venant de l’est…</strong><br />
Tout le nord et l’est de la France étaient des territoires directement menacés par l’invasion alliée à la fin 1813, ainsi qu’en 1815. Il existait en effet un esprit plus propice à défendre le pays que partout ailleurs. Napoléon a levé beaucoup de troupes dans ces régions. Beaucoup se sont également enrôlés volontairement dans les Gardes nationales, une sorte d’armée locale.</p>
<p><strong>Le dernier des soldats napoléoniens était bourguignon, Louis Victor Baillot ; il est mort en 1898. Il a eu une carrière militaire des plus chargées… Waterloo notamment…</strong><br />
Il a été enrôlé en 1813 pour prendre part à la campagne d’Allemagne. Il a participé au siège de Hambourg. Il subira la défaite de 1814. Il est de nouveau enrôlé lors des Cent Jours en 1815. Il participe à la campagne de Belgique… Il a combattu à Waterloo où il sera blessé, capturé et envoyé en Angleterre. À la chute de l’Empire il a été autorisé à revenir en France. En 1896 il sera décoré de la légion d’Honneur par Félix Faure. En revanche, aucun hommage de dimension nationale ne fut rendu lors de ses obsèques en février 1898.</p>
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		</item>
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		<title>Des services secrets à la France-Afrique [2ème partie]</title>
		<link>http://www.gazette-cotedor.fr/2011/09/28/des-services-secrets-la-france/</link>
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		<pubDate>Wed, 28 Sep 2011 15:28:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jérémie Demay</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[264]]></category>

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		<description><![CDATA[Pendant deux et demi, j’étais tout le temps avec le président Léon]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Bob Maloubier se retrouve agent de secret de Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale. Après un passage très remarqué à Rouen, ses aventures ne font que commencer.</strong></p>

<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2011/09/28/des-services-secrets-la-france/untitled-copie-6/' title='untitled-copie'><img width="450" height="225" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2011/09/untitled-copie-450x225.jpg" class="attachment-medium" alt="untitled-copie" title="untitled-copie" /></a>
<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2011/09/28/des-services-secrets-la-france/japan_1945_lg-copie/' title='japan_1945_lg-copie'><img width="305" height="400" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2011/09/japan_1945_lg-copie-305x400.jpg" class="attachment-medium" alt="japan_1945_lg-copie" title="japan_1945_lg-copie" /></a>

<p>APRÈS AVOIR ÉTÉ approché et enrôlé dans les services secrets britanniques, Bob Maloubier est envoyé dans la région rouennaise. Sur place il sabote plusieurs usines, forme des groupes de combat, assure les parachutages… « Mais j’ai fait une mauvaise rencontre avec les Allemands, j’ai été durement touché. On m’a rapatrié à Londres » se souvient-il. Après l’avoir remis sur pied, les responsables du SOE l’envoient dans le Limousin. Les objectifs restent les mêmes : saboter et former. « Je suis arrivé dans un maquis communiste, chez le colonel Guingouin. Il dirigeait un maquis assez important au sud de Limoges. Ce colonel s’appelait lui-même le Préfet rouge ! » Bob Maloubier est gaulliste. Même si à l’époque il porte l’uniforme britannique. « On nous avait donné comme consigne de bien comprendre que nous avions des uniformes anglais, et que nous n’étions pas français. » D’ailleurs Guingouin a refusé d’être approché par des gaullistes. « Il avait peur des Français Libres » précise-t-il. « De toute façon, les programmes étaient décidés conjointement à Londres entre Churchill et les Français Libres. Mais ces derniers n’avaient pas le dernier mot puisque Churchill avait les armes, les avions, le pétrole… »<br />
Sur place, les envoyés du SOE « jouent leur rôle » comme s’amuse à le préciser Bob Maloubier. Il encadre notamment deux des plus gros parachutages dans la France occupée. « On a inondé le maquis d’armes. C’était extraordinaire. » Avant d’ajouter « On a aussi fait des attaques, j’ai guidé des embuscades… Bref, j’ai fait mon métier. »<br />
Pour l’agent secret, la fin de la guerre est cocasse. « Mon chef m’avait envoyé à Brive pour encadrer un parachutage de SAS français et operation group de l’OSS. C’est-à-dire un commando de 18 Américains. Mais nous sommes arrivés trop tard, Brive était libérée… À Limoges, mon chef a intoxiqué le responsable allemand en lui faisant croire qu’il allait déclencher un bombardement, que 20 000 hommes encerclaient la ville. Résultat, l’Allemand a signé une capitulation. Les SS n’étaient pas d’accord, alors ils sont partis avec lui et l’ont tué à quelques kilomètres de Limoges. »<br />
La guerre terminée en France, Bob Maloubier pourrait rentrer chez lui. Il pourrait même passer son brevet de pilote, qu’il a tant désiré… Mais comme le SOE a une section en Extrême-Orient, il s’y engage. Il est parachuté au Laos. Sur place, il rencontre les premiers Viets, bien avant la guerre du Vietnam. Pendant plusieurs mois, il sera gouverneur de district. Étant à peine une soixantaine du SOE à avoir été parachutés, ils doivent user de beaucoup d’imagination pour donner l’illusion du nombre aux Viets. L’armistice est signé le 2 septembre 1945, mettant fin à ce conflit. Dans la foulée le SOE est dissout. « Comme c’était une unité farfelue qui n’existait pas avant, elle a été supprimée d’un trait de plume. Personnellement, j’avais été reversé dans la Force 136. » Bob Maloubier en vrai explorateur de la vie, ne se contente pas de cette expérience. À Saigon, il rencontre un responsable français du Service Action. Naturellement, il entre à la DGER (Direction générale des études et recherches) en revenant d’Indochine à la fin de l’année 1946. Le service action à la française venait d’apparaître : « Tout a commencé de bric et de broc. La France n’avait pas un sou. Nous avions une Jeep, trois Harley-Davidson, une ambulance, et un camion. Avec ça nous avons formé le 11e bataillon de choc. » Les missions de Bob Maloubier sont moins fréquentes qu’avec le SOE. Toutefois, dans l’objectif de devoir un jour saboter des usines étrangères, il se rend en Autriche. « En 1948, j’ai mené une mission de reconnaissance de toute l’industrie de la zone française dans ce pays. »<br />
Plus tard, à la suite de « petits avatars »… comme il l’avoue lui-même… Bob Maloubier devient forestier au Gabon. Quelques années après, du pétrole est découvert dans ce pays, occasion pour l’ancien agent secret de tester une nouvelle activité : pétrolier. « J’étais en pleine activité, et je reçois un coup de téléphone de Jacques Foccart me disant : « Il faut que je te voie ».<br />
Bob Maloubier a rencontré pour la première le futur Monsieur Afrique de De Gaulle à la fin de la guerre. Ce dernier était venu effectuer des stages de parachutisme. Dès lors, une réelle complicité débute. « Je vais donc voir mon directeur en lui expliquant que l’on m’attend à Paris, et que l’Élysée veut me voir. » Le président du Gabon, Léon Mba a subi plusieurs coups d’États dont un, où il a été enlevé dans la brousse. L’échange entre Foccart et Maloubier n’est pas long. « Le président (Léon Mba) est très traumatisé » explique Jacques Foccart, qui continue : « Il faut que tu lui fasses une sécurité. J’aimerais bien que tu le rassures. » Bob Maloubier est nommé ensuite conseiller hors cadre du président du Gabon. Cette intrusion dans la politique intérieure d’un pays peut surprendre aujourd’hui. Mais à l’époque, la France-Afrique du général de Gaulle, incarnée par Jacques Foccart, bat son plein. « Pendant deux et demi, j’étais tout le temps avec le président Léon. Il ne cessait de me dire qu’il ne voulait pas de l’indépendance. Dans les premiers temps, il avait un drapeau gabonais et un plus petit français. Il était très content d’avoir ce parrain au-dessus de lui. De toute façon, on parle de la France-Afrique, mais jamais du Commonwealth. Alors que c’est typiquement la British-World. Les Anglais font la même chose que nous. Quant aux Américains… Mais personne ne parle de la Sino-Afrique avec les Chinois ! Dans ce dernier cas, je ne pense pas que la volonté des peuples africains soit très écoutée. »<br />
Après l’arrivée du remplaçant de Léon Mba, Bongo, Bob Maloubier retourne dans le pétrole et travaille pour ELF. Il prend sa retraite quelques années après. Mais les temps libres ne sont pas nombreux puisqu’il écrit, beaucoup. De plus, il garde des contacts très forts avec le milieu des agents secrets. À 88 ans, et une vie qui en contient plusieurs, il donne des conférences et témoigne. Il le fera d’ailleurs dans un reportage qui sera diffusé en octobre sur Arte, traitant des soldats de l’ombre .</p>
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		<title>Philippe Anginot : Marsac était sans état d’âme</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Jun 2011 16:29:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[252]]></category>

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		<description><![CDATA[Philippe Anginot est l’auteur d’Histoires vraies en Bourgogne, un ouvrage où il est notamment question de Jacques Marsac, un flic collabo qui terrorisa la région pendant l’occupation. Une allégeance à l’occupant qu’il paiera au prix fort. LA GAZETTE : Brossez-moi le portrait de Jacques Marsac, un personnage dont on sait assez peu de choses finalement… PHILIPPE [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Philippe Anginot est l’auteur d’Histoires vraies en Bourgogne, un ouvrage où il est notamment question de Jacques Marsac, un flic collabo qui terrorisa la région pendant l’occupation. Une allégeance à l’occupant qu’il paiera au prix fort.</strong></p>

<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2011/06/08/philippe-anginot-marsac-etait/liberation6-copie-2/' title='liberation6-copie'><img width="306" height="400" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2011/06/liberation6-copie-306x400.jpg" class="attachment-medium" alt="liberation6-copie" title="liberation6-copie" /></a>

<p><strong>LA GAZETTE : Brossez-moi le portrait de Jacques Marsac, un personnage dont on sait assez peu de choses finalement…</strong><br />
PHILIPPE ANGINOT : Jacques Marsac est né à Bergerac en 1916. Il est un brillant fonctionnaire de police. Un personnage qui en quatre ou cinq ans seulement a gravi tous les échelons de la hiérarchie pour devenir le responsable des renseignements généraux de toute la région Grand-Est. Jacques Marsac était du genre zélé et sans état d’âme.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Ascension fulgurante qu’il doit à son allégeance à l’occupant ?</strong><br />
Oui, en partie, mais je pense avant tout que c’est quelqu’un qui collait totalement avec les valeurs que défendait le gouvernement de Vichy, fondamentalement anticommuniste virulent, défenseur d’une France traditionnelle. Cela lui a permis de monter aussi rapidement dans l’administration. Avec la politique de collaboration, ses intérêts ont collé avec ceux de l’occupant, jusqu’à ce qu’il devienne cette sorte de monstre que tout le monde connaît.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Anticommuniste notoire, mais a-t-il pour autant épousé les thèses antisémites de l’occupant allemand ?</strong><br />
Il a prétendu par la suite qu’il n’y avait aucun antisémitisme dans ses actes et qu’il s’agissait uniquement d’anticommunisme, qu’il défendait les valeurs catholiques et chrétiennes. Étant donné qu’il n’y a pas eu de procès, il n’y a pas eu du coup de dossier à décharge. Ne reste de lui finalement que cet immense symbole qu’a été la chasse aux Normaliens après l’attentat de 1942.</p>
<p><strong>Lors de l’attentat de 1942 justement (ndlr : contre le foyer des soldats du Reich place du Théâtre à Dijon) il mettra toute son énergie à capturer les auteurs. Avec toujours en toile de fond cette haine du communiste…</strong><br />
Absolument, et les Dijonnais n’ont jamais digéré ça. C’est un fait d’armes pour lui puisqu’en trois mois il a trouvé les responsables de ce petit attentat, qui au passage a juste fait exploser des vitres, sans faire la moindre victime. Les Allemands n’ont pas fait de quartier puisque le jour même de leur arrestation les cinq garçons ont été fusillés. Je crois qu’il pensait que cela allait donner l’exemple et refréner toutes les envies d’actions de ce type. Et cela a provoqué précisément le contraire.</p>
<p><strong>Vous racontez dans votre livre qu’il était capable d’actes barbares pour obtenir des aveux… Dites-m’en plus…</strong><br />
Il y a eu quelques études sur le sujet mais à aucun moment Marsac n’est présenté comme l’auteur d’actes barbares ; mais c’était plutôt celui qui était dans le bureau d’à côté. Il était vraiment prêt à tout pour obtenir des renseignements afin de prouver son efficacité aussi bien auprès de Vichy qu’auprès de la Gestapo.</p>
<p><strong>À la Libération, Marsac est arrêté. Dans votre livre vous vous interrogez sur la souplesse de ses conditions de détention, un peu comme si on voulait le voir s’évader, mieux, se faire abattre…</strong><br />
Clairement oui. Il faut savoir que ceux qui s’occupaient de lui étaient ses anciens subordonnés, ce qui est déjà particulier. Il se déplaçait de la maison d’arrêt au palais de justice tranquillement à pied tous les jours. Manifestement il avait des conditions de détention très privilégiées. Il tentera même de s’évader. On peut penser, avec cette espèce d’hypocrisie dont l’administration sait faire preuve parfois, que l’on cherchait un bon moyen de ne pas faire ce procès.</p>
<p><strong>Procès d’ailleurs qui n’aura pas lieu puisque le 15 février 1945 (ndlr : après l’ajournement de son procès) la vindicte populaire va lui coûter la vie dans des circonstances terribles. Événement sans précédent à Dijon. </strong><br />
C’est tout à fait unique à Dijon, et en France d’une manière générale. 25 000 personnes, plus du quart de la population dijonnaise de l’époque, qui se réunissent pour aller montrer au juge ce qu’est la vraie justice, c’est du jamais vu. Cette foule décide d’aller jusqu’à la prison pour extraire Jacques Marsac. Dans le déroulement tout n’est d’ailleurs pas très clair.</p>
<p><strong>Comment les portes de la prison se sont ouvertes ? Pourquoi y avait-il des gens armés ? Et que d’autres avaient des échelles… Cela semblait bien organisé. </strong><br />
<strong>Et tout dérape en quelques instants…</strong><br />
À peine sorti de sa cellule on lui passe un ceinturon autour de la taille pour le faire avancer comme un chien. À l’extérieur de la prison il est bousculé violemment par la foule, roué de coups. Il n’est même arrivé jusqu’à la place qu’il est déjà mort. Il sera pendu au panneau indiquant l’école du boulevard Voltaire ; son corps se décroche ; il est de nouveau pendu à un marronnier. On l’exhibe, on le transperce avec des pics. Son corps ensuite est traîné dans les rues jusqu’à la place de la Mairie, où il est empalé sur les grilles. On a laissé faire les plus jeunes, un peu comme une vengeance des étudiants dijonnais après l’affaire des Normaliens fusillés en 1942.</p>
<p><strong>Certains historiens n’excluent pas que Marsac ait été une sorte d’agent double,  travaillant aussi pour l’Intelligence service britannique… Qu’en pensez-vous ?</strong><br />
Il n’y a pas suffisamment d’informations sur ce point. Je pense que si cela avait été le cas, ça se serait passé différemment. S’il avait été un personnage important des services secrets britanniques il aurait été protégé après sa reddition auprès de la résistance. Et puis il ne faut pas oublier qu’il a réussi à faire tomber des agents britanniques. En tout cas s’il l’a été, il l’a été très tard… .</p>
<p><em>Histoires vraies en Bourgogne de Philippe Anginot </em><br />
<em>Le Papillon Rouge Éditeur</em></p>
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		<title>Les Nuits de Bourgogne en lumière</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Mar 2011 16:42:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jérémie Demay</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[239]]></category>

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		<description><![CDATA[Gréco, Jarre, Béjart, Gérard Philipe…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les Archives départementales exposent la vie des Nuits de Bourgogne. À travers des affiches, des photos, ou encore des costumes, le festival culturel, qui s’est arrêté en 1984, revit un peu.</strong></p>

<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2011/03/09/les-nuits-de-bourgogne-en-lumiere/frad021_67j225-copie/' title='FRAD021_67J225-copie'><img width="450" height="298" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2011/03/FRAD021_67J225-copie-450x298.jpg" class="attachment-medium" alt="FRAD021_67J225-copie" title="FRAD021_67J225-copie" /></a>

<p><strong>LA GAZETTE : Pourquoi organiser cette exposition sur le festival des Nuits de Bourgogne ?</strong><br />
CATHERINE PELLETIER, des Archives départementales : Ce festival a été créé en 1954, dans la foulée de la décentralisation culturelle et dans le sillage de l’ouverture du festival d’Avignon. Cette exposition retrace les activités du festival qui s’est arrêté en 1984. Trente-et-un ans d’existence, pour vingt-cinq saisons, nous devions rappeler ces souvenirs de grands moments culturels.</p>
<p><strong>Comment s’est déroulée la récupération de tous ces documents ?</strong><br />
Nous avons reçu tout le fonds de l’association qui gérait le festival. C’est-à-dire qu’elle s’occupait de la mise en place des spectacles, des saisons… L’association occupait un petit local rue des Forges à Dijon. Quand elle a été dissoute, les archives ont été confiées à des amis du président qui habitaient à la campagne. Ces derniers ont déménagé, les archives ont transité dans de nombreux endroits. À une période, elles étaient mêmes dans des clapiers à lapins ! Un ancien administrateur d’un festival a récupéré les archives. Il nous a contactés et nous les avons sauvées en mars 2003.</p>
<p><strong>Qu’avez-vous fait après avoir retrouvé ces archives ?</strong><br />
C’était un vaste vrac. Il a fallu tout reprendre. C’était un peu du classement à la petite cuillère ! Au total nous avons trois cent cinquante affiches, quinze mètres linéaires d’archives, avec des programmes, des photos, des maquettes de costumes…</p>
<p><strong>Comment est organisée cette exposition ?</strong><br />
Dans le hall des Archives, une grande banderole accueille les visiteurs. Elle date de la première année du festival en 1954. Dans cet espace on trouve la vie de l’association. Dans la deuxième pièce est présenté un résumé des principaux thèmes des manifestations culturelles. Cela va de la danse, à des expositions d’art, à de la musique, des chanteurs, sans oublier bien sûr le théâtre. Il y a aussi un hommage à Michel Parent, le fondateur du festival.</p>
<p><strong>À chaque fois, toutes les périodes d’une discipline ont été présentées. Pour le théâtre, cela va de l’Antiquité à la période moderne…</strong><br />
Oui, pour le théâtre antique, les Nuits de Bourgogne ont représenté Sophocle, Aristophane. Le classique était présent avec du français, mais aussi italien, espagnol… Il y a eu aussi le théâtre romantique, et contemporain. Les spectateurs ont assisté à des représentations très fortes. Je pense au Cimetière des voitures d’Arrabal, où il y avait autant de spectacle sur la scène que dans la salle.</p>
<p><strong>Quel est l’intérêt de montrer tout cela au public ?</strong><br />
Tout d’abord pour mettre en valeur notre service. Cela donne une image moins poussiéreuse des Archives. Le but est aussi de faire revivre pour les anciens Dijonnais qui ont pu assister à ces représentations, le souvenir de grands moments, comme la venue de Juliette Gréco, le spectacle de danse de Maurice Béjart et ses ballets du XXe siècle. Maurice Jarre a permis aux Dijonnais d’écouter sa musique. En théâtre, dès la première année, de grandes compagnies sont venues, comme le Théâtre national populaire avec, entre autres Silvia Monfort, Gérard Philipe. Certains Bourguignons se souviennent d’ailleurs de lui quand, dans les vignes du clos Vougeot, il déclamait des vers du Cid. On ne va pas faire l’inventaire complet de tous les grands qui sont venus, cela serait trop long !</p>
<p><strong>Pourquoi ce festival s’est-il arrêté en 1984 ?</strong><br />
Tout d’abord il avait de grandes ambitions, mais de petits moyens. Le festival s’étalait sur de nombreux lieux du département et des régions voisines. Cela demandait une intendance considérable. Les dernières années, le festival se concentrait uniquement sur la musique. De plus, le fondateur et organisateur Michel Parent avait été appelé à de hautes fonctions à l’Unesco.<br />
<em>&gt; Festival des nuits de Bourgogne, jusqu’en septembre 2011 aux archives départementales &#8211; 8, rue Jeannin à Dijon.</em></p>
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		<title>Triple meurtre dans le Châtillonnais</title>
		<link>http://www.gazette-cotedor.fr/2011/02/23/triple-meurtre-dans-le-chatillonnais/</link>
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		<pubDate>Wed, 23 Feb 2011 15:54:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Roald Billebault</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[237]]></category>

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		<description><![CDATA[Je lui ai saigné la gorge, comme à un gros porc]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>En 1936, Le hameau de la Montagne, situé à une petite soixantaine de kilomètres de Dijon, a été le théâtre d’une sordide affaire criminelle. <br />
</strong></p>

<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2011/02/23/triple-meurtre-dans-le-chatillonnais/gouczo10-copie/' title='gouczo10-copie'><img width="450" height="362" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2011/02/gouczo10-copie-450x362.jpg" class="attachment-medium" alt="gouczo10-copie" title="gouczo10-copie" /></a>
<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2011/02/23/triple-meurtre-dans-le-chatillonnais/adh384-copie/' title='ADH384-copie'><img width="386" height="400" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2011/02/ADH384-copie-386x400.jpg" class="attachment-medium" alt="ADH384-copie" title="ADH384-copie" /></a>

<p>GOUCZOULIAKOFF. Basile Gouczouliakoff. À son tableau de chasse, cet homme affiche un triple meurtre. Pour quelques centaines de francs de l’époque, il va tuer ses anciens patrons et leur valet de chambre. À aucun moment il n’éprouvera le moindre remords, le moindre regret. Lors des auditions il se délectera même à raconter son forfait. <br />
Jeudi 9 janvier 1936. Au hameau de la Montagne tout près de Bellenod-sur-Seine, les habitants sont inquiets. Voilà deux jours que la ferme des frères Bonnot semble déserte. Les volets sont clos. Personne n’a aperçu Lucien et Jules, ni le commis. Les trois hommes se sont comme volatilisés. Et dans le petit village, leur disparition ne passe pas inaperçue. Tout le monde connaît les deux septuagénaires et leur employé, Pierre Triolaire. Peu probable qu’ils soient partis à l’improviste, laissant la bâtisse inoccupée,  et les bêtes sans surveillance. Cela ne leur ressemble pas du tout. Dans la matinée, une voisine donne l’alerte. Le maire et les gendarmes d’Aignay se rendent sur place. La disparition est en effet du genre… inquiétante. <br />
Les gendarmes font le tour de la ferme. Tout est verrouillé. Et toujours aucune réponse des occupants. Un carreau de la chambre des frères est brisé pour pénétrer la maison.  Et visiblement quelqu’un est déjà passé par là. Tout est sans dessus dessous. Le brigadier Dumont fait une première découverte. Macabre. Sur le lit, Jules est étendu, mort. Il a la gorge tranchée. Il avait 79 ans. Au pied du lit, Lucien, 71 printemps, baigne dans une marre de sang. La crispation de ses derniers instants a marqué son visage.  L’autopsie dira qu’il a reçu deux balles en pleine tête avant d’être égorgé lui aussi… à trois reprises. Au rez-de-chaussée d’autres gendarmes découvrent le cadavre du jeune employé, Pierre Triolaire. Même sanction, deux balles de revolver en pleine tête, et un égorgement pour finir le travail. La maréchaussée n’en revient pas. L’enquête débute immédiatement et à ce stade, le mobile du vol semble largement privilégié. De prime abord, on pense à un vulgaire crime de rôdeur. Sauf que tout ne colle pas dans cette hypothèse. Seuls quelques meubles semblent avoir été véritablement fouillés. Un peu comme si l’assassin savait ce qu’il allait trouver. Et puis, à aucun moment le jour du triple meurtre le voisinage n’a entendu les aboiements du chien de berger, pourtant du genre soupe au lait avec les étrangers…<br />
Le nom d’un homme va bientôt venir sonner aux oreilles des policiers. Il s’agit de Basile Gouczouliakoff, employé chez les frères Bonnot entre novembre 1933 et mars 1934. Et c’est une certitude, Gouczouliakoff était au hameau la veille du crime. Mieux, la nuit précédant la découverte des cadavres. Plusieurs témoins le confirment. En décembre 1935, il était même revenu vider quelques verres avec ses anciens patrons. Et à cette époque tout le monde avait été très étonné de voir l’ancien domestique rouler en voiture, bien habillé et fumant le cigare. Lui qui avait quitté son emploi chez les Bonnot pour s’engager dans la Légion… <br />
Les policiers apprennent également que le 7 janvier Gouczouliakoff avait quitté précipitamment la région pour se rendre à Paris… où il dépensait sans compter. Les policiers se forgent une intime conviction sur la culpabilité de l’ancien domestique. Un faisceau de présomptions selon le langage policier. Le 13 janvier 1936 il est interpellé à la sortie du métro Clignancourt. Embarqué dans les locaux de la sûreté, Gouczouliakoff ne tarde pas à se mettre à table. Il raconte avec précision la nuit du 8 au 9 janvier 1936 : « J’étais dans la plus noire misère le jour où j’ai décidé de les expédier dans l’autre monde. Je connaissais l’emplacement de leur cagnotte. » Il poursuit : « Je savais que ces deux péquenots avaient l’habitude de se coucher tôt. Armé d’un revolver et d’un couteau, j’ai pénétré à pas de loup dans la chambre des frères. D’un coup sec j’ai allumé l’électricité, ce qui a réveillé le vieux Jules ». Gouczouliakoff n’épargne aucun détail : «  Je ne lui ai pas laissé le temps de réagir. De mon couteau, je lui ai saigné la gorge, comme à un gros porc. Après je suis passé au Lucien et je l’ai aligné à son tour, en lui logeant un coup de revolver en pleine tête. » Aucune émotion ne vient perturber son morbide récit. Les policiers sont bouche bée. « Je suis descendu à la cuisine. J’ai tiré deux balles de revolver dans la tête de Triolaire. Pour l’achever, je lui ai tranché le cou à l’aide de mon couteau. Il n’a pas eu le temps de réaliser ce qui lui arrivait. » Gouczouliakoff récupère les économies, 500 francs. Avant de quitter les lieux, il prend même le temps de manger un bout. Placé en détention, Gouczouliakoff fait des siennes et se rétracte. Il charge deux Polonais et un Russe qu’il aurait rencontrés à Paris. Il minimise son rôle, tente de convaincre le magistrat instructeur qu’il n’était qu’un guetteur, qu’à aucun moment il n’est rentré dans la ferme. Une version qui ne persuade personne. Il n’y aura d’ailleurs aucune reconstitution du triple meurtre avant le début de son procès devant la cour d’assises de Dijon, qui s’ouvre le 28 novembre 1936. Et comme de rigueur, les débats vont s’intéresser à son parcours professionnel et à sa vie privée. <br />
Basile Gouczoulaikoff est né à Kiev le 21 décembre 1900. Et son parcours est du genre tumultueux. On le voit dans les rangs de l’armée Wrangel, dit avoir servi aux Dardanelles sur un bateau russe. Il  parle de ses errances à travers l’Europe. Il vit de petits boulots, de menus larcins. Les témoignages de ses anciens employeurs ne le dépeignent pourtant pas comme un monstre. On dit même de lui qu’il est un garçon intelligent, plutôt serviable. Sa vie privée ne laisse pas non plus transparaître l’assassin qui sommeillait en lui. On lui prête une relation platonique avec une jeune infirmière d’origine russe. Les courriers qu’il lui adressait sont du genre poli…  <br />
Au cours des débats le « Cosaque » ne manifeste aucune compassion pour les victimes. Arrogant, cynique, il sourit à la moindre occasion. Il ne réitère d’ailleurs pas ses aveux prononcés lors de son interpellation. « Je suis innocent », clame-t-il à l’auditoire,   remettant sur le tapis la théorie des complices. <br />
Dans son réquisitoire il ne faisait aucun doute que l’avocat général allait demander la peine capitale. Ce qu’il obtint à l’issue des délibérations des jurés, qui ne traînèrent pas plus de trente minutes. Gouczouliakoff accueille la sanction sans manifester la moindre émotion. Le pourvoi en cassation formé à la sortie de l’audience n’y changera rien. Ni d’ailleurs la grâce présidentielle, refusée manu militari par Albert Lebrun.<br />
Le 18 février 1937, à 5 h 20, Basile Gouczoulaikoff est extirpé de sa cellule pour être conduit à la guillotine, installée pour l’occasion devant la prison de la rue d’Auxonne. Il faudra plusieurs centaines d’hommes du 27 RI pour maintenir les milliers de curieux venus voir le monstre du Châtillonnais. La vue de la guillotine déstabilise Gouczouliakoff. Il résiste, vocifère deux trois insultes au passage. Il faudra le porter jusqu’à l’échafaud.  Peine perdue… À 6 h 10, le bourreau Anatole Deibler actionne le couperet de ce qui devait être la dernière exécution capitale en public en Côte-d’Or.</p>
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		<title>Chevrolet de chez nous !</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Jan 2011 17:01:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Roald Billebault</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[230]]></category>

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		<description><![CDATA[La presse américaine se passionne pour ce Français à la moustache gauloise]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Épopée. Chevrolet… Voila un nom qui fleure bon l’Amérique. Et pourtant Louis Chevrolet fondateur de la marque éponyme a vécu en Côte-d’Or, à Beaune, pendant plus de dix ans.</strong></p>

<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2011/01/05/chevrolet-de-chez-nous/louis-chevrolet-3-copie/' title='Louis-Chevrolet-3-copie'><img width="400" height="400" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2011/01/Louis-Chevrolet-3-copie-400x400.jpg" class="attachment-medium" alt="Louis-Chevrolet-3-copie" title="Louis-Chevrolet-3-copie" /></a>

<p>PRINTEMPS 1896. William K. Vanderbilt, réputé coureur automobile américain traverse l’Europe au volant de son automobile. Il passe par le vignoble côte-d’orien, à Beaune notamment. La balade s’annonce sympathique, les températures sont de saison, l’alouette des champs et la mésange charbonnière n’ont pas raté leur rendez-vous printanier. Au beau milieu du faubourg Bétonnière, le moteur suffoque, accusant certainement le coup des kilomètres. L’engin s’arrête net, impossible de repartir. D’un français maladroit, il s’adresse au revendeur de cycles du coin qui avoue sans détour ne rien y toucher en mécanique automobile. Dans l’atelier voisin, l’apprenti Louis Chevrolet s’affaire à quelques menues réparations. Le vélo, et la mécanique en général, c’est la passion du jeune homme. Il a d’ailleurs à son palmarès quelques victoires qui lui ont déjà valu de belles manchettes dans la presse locale. Les spécialistes de l’époque le voient déjà comme un futur grand coureur, un Anquetil d’avant l’heure ! Certes, il le sera, mais pas à vélo. À tout hasard son boss lui demande s’il se sent capable de mettre le nez dans le capot de l’automobile récalcitrante. Frénétiquement attiré par ce condensé de belle mécanique, Louis plonge les mains dans le cambouis. Il y a fort à parier qu’il n’a jamais vu de voiture de si près. Pourtant, l’auto redémarre en trois coups de cuillère à pot. Le patron et l’Américain restent médusés par l’habileté du gamin. À tel point que Vanderbilt lui laisse une adresse aux States au cas où il se déciderait à traverser l’Atlantique travailler chez l’oncle Sam… Reste à savoir maintenant si cette jolie histoire est authentique… en tout cas elle est fort séduisante.<br />
Louis Chevrolet naît le 25 décembre 1878 en Suisse à Chaux-de-fond, dans le canton de Neufchâtel. Il est le deuxième enfant d’une fratrie qui en comptera sept. La famille déboule à Beaune en 1887, au 20 de la rue Maufoux, pour y chercher des jours plus fastes. Joseph, le paternel, horloger de profession, a en effet bien du mal à joindre les deux bouts en cette période de morosité ambiante. Louis quitte les bancs de l’école très tôt, onze ans à peine,  pour travailler, ramener quelques petits sous au foyer. Il se découvre une passion – dévorante – pour la mécanique. Un peu par hasard, au détour d’une de ces rencontres qui forcent le destin,  il se retrouve à Suresnes suivre une formation de mécanique automobile aux (feues) usines Daracq… Nous sommes en 1900, année de l’exposition universelle. Tous les constructeurs de l’époque exposent leur modèle : Dion-Bouton, Daracq, Audibert et Lavirotte… Le secteur est en pleine mutation, les progrès fulgurants. Louis Chevrolet veut faire partie de l’aventure. Il a un rêve à accomplir… un rêve américain. Après un court séjour au Québec, Chevrolet dégote une place de mécano à New York dans une succursale de la firme Dion-Bouton début 1901. Il y reste jusqu’en 1905, date à laquelle il entre chez Fiat. Année décisive pour le Côte-d’Orien d’adoption. Ses employeurs ont le nez creux et décident de lui confier les essais de leurs automobiles. Se révélant aussi talentueux derrière un volant que dans un atelier, il participe le 20 mai à sa première course à l’hippodrome de Morris Park. Sans trop forcer, il rafle la  première place, humiliant au passage Barney Oldfield, la vedette des circuits de l’époque.  Entre temps, il fait venir à New York ses frères et sœurs restés à Beaune, et jure fidélité à Suzanne Treyvoux. Charles Chevrolet, le premier rejeton, arrive à l’été 1906, Alfred, le second six ans plus tard. Louis Chevrolet enchaîne quelques jolies victoires et s’offre même le luxe de pulvériser le record de vitesse du Mile en le parcourant à 189 km/h. Une prouesse qui fait de lui la nouvelle coqueluche du public yankee. La presse américaine se passionne pour ce <br />
« Français à la moustache gauloise », le gratifiant au passage du titre de « pilote le plus casse-cou du monde ». <br />
Et pour cause, entre 1905 et 1920, il passera près de trois ans à l’hôpital. En 1908, Louis Chevrolet est approché par William Durant, fondateur de Buick et initiateur de General Motors. L’industriel flaire le filon et les possibles retombées économiques s’il parvenait à signer Chevrolet dans son écurie. Une simple formalité, l’argentier est du genre convaincant. Au volant d’une Buick Bug, Chevrolet accumule victoires et records. Et toujours avec le style. De chouchou il passe héros national. Durant propose à Louis de mettre entre parenthèses sa carrière de pilote dans le but de concevoir de nouveaux modèles. Mieux, il lui propose de créer une nouvelle marque… Chevrolet. Son rêve américain, il le touche enfin du doigt. Dire qu’il y a à peine quinze ans il réparait des vélos dans un petit atelier beaunois. Mais les jours heureux seront finalement de courte durée.<br />
En 1911 Louis Chevrolet présente la Classic six, une berline luxueuse dotée d’un moulin six cylindres de 4.9 litres. Les critiques sont dithyrambiques, et le modèle s’écoulera à trois mille exemplaires. Un beau succès commercial pour l’époque. Mais la Classic six sera au final la seule voiture conçue par Chevrolet pour Chevrolet. En 1913, Louis claque la porte de la firme qui porte son nom, s’asseyant au passage sur un joli magot. En cause, les divergences de point de vue entre les deux associés. Durant veut des voitures moins chères, voire bon marché, à l’image de la T de Ford ; Louis de son côté ne jure que par le haut de gamme. L’accord commercial, pas franchement à l’avantage de Louis, interdit à ce dernier d’utiliser son propre nom s’il lui venait l’envie de créer une nouvelle marque. Il ne pourra qu’assister, impuissant, à l’expansion irrésistible de la marque qui porte son nom. La désillusion est de taille mais Louis Chevrolet n’est pas du genre à baisser les bras : « Never give up » n’était-elle pas sa devise ? Il revient à la course et fonde la Frontenac Motor Company. Les voitures qu’il conçoit sont novatrices en tout point. Utilisation de l’aluminium, aérodynamisme optimisé… Sur circuit, les Frontenac surpassent bien souvent leurs concurrentes. C’est d’ailleurs au volant d’un de ces bolides que Gaston, l’un des frères de Louis, remporte en 1920 les 500 miles d’Indianapolis. Le destin voulait également qu’il perde la vie au volant de ce même engin six mois plus tard à Beverly Hills. Anéanti, Louis Chevrolet met fin à sa carrière de pilote début 1921 pour se consacrer à plein temps à ses activités de constructeur. <br />
Quelques succès permettent à la Frontenac Motor company de garder la tête hors de l’eau, mais la terrible récession de 1929 se fait déjà sentir. Il y perdra des plumes, accumulera dettes et traites. En 1926, associé à Arthur, son frère aîné, Louis se lance dans la construction de moteurs pour les avions. L’entreprise baptisée Chevrolair ne fait pas de vieux os. Fâchés à mort, les deux frères se déchirent avant même d’avoir vendu le moindre moteur. Ils ne devaient d’ailleurs jamais se réconcilier. Arthur se suicidera en 1946 après avoir sombré dans une très sérieuse dépression. Les années 30 marquent le début de la fin de l’extraordinaire ascension de Louis Chevrolet. Sérieusement dans le rouge à la banque, l’ex star des circuits n’a pas d’autre choix que de trouver rapidement un emploi. Il retourne à ses premières amours, la mécanique. Ironie du sort il est embauché chez Chevrolet à Detroit comme simple mécanicien d’atelier. En 1934, une dernière tragédie vient toucher l’ancien coureur automobile. <br />
Son fils Charles, 28 printemps à peine au compteur, meurt, balayé par une crise d’urémie. Sans compter que sa santé personnelle s’est largement détériorée. Sujet à de fréquentes crises d’apoplexie, Louis Chevrolet s’éteint au matin du 6 juin 1941 dans sa modeste demeure de Lakewood dans la banlieue de Detroit, entouré de ce qui lui reste de famille. De sa dernière demeure au cimetière Holly Cross d’Indianapolis, Louis Chevrolet contemple pour l’éternité l’usine Chevrolet qu’il avait fondée une trentaine d’années auparavant. Le rêve américain, c’est un peu comme les histoires d’amour… elles finissent mal… en général.</p>
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		<title>Nos ancêtres les Poilus</title>
		<link>http://www.gazette-cotedor.fr/2010/11/24/nos-ancetres-les-poilus/</link>
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		<pubDate>Wed, 24 Nov 2010 16:24:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Roald Billebault</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[225]]></category>

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		<description><![CDATA[en l’espace de 15 jours 2 000 Côte-d’Oriens ont été tués]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Il n’y a aujourd’hui plus aucun témoin de la Grande Guerre. Tous les Poilus s’en sont allés. Gilles Vauclair et Didier Calabre, spécialistes du premier conflit mondial, nous racontent dans Les Poilus de la Côte-d’Or dans la grande guerre l’histoire de ces soldats anonymes.</strong></p>

<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2010/11/24/nos-ancetres-les-poilus/poilus/' title='POILUS'><img width="229" height="400" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2010/11/POILUS-229x400.jpg" class="attachment-medium" alt="POILUS" title="POILUS" /></a>
<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2010/11/24/nos-ancetres-les-poilus/poilu-1/' title='poilu-1'><img width="450" height="298" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2010/11/poilu-1-450x298.jpg" class="attachment-medium" alt="poilu-1" title="poilu-1" /></a>

<p><strong>LA GAZETTE : D’ou vient le terme Poilus ?</strong><br />
GILLES VAUCLAIR : C’est un terme qui existait déjà au XIXe siècle. Il caractérisait un homme costaud, plutôt viril. Pendant la guerre de 14-18, lors des premiers mois du conflit &#8211; la guerre de mouvement &#8211; les soldats n’avaient absolument pas le temps de s’entretenir physiquement. Très rapidement ils se sont retrouvés barbus et hirsutes. Le terme s’est démocratisé vraisemblablement à partir de ce moment-là.</p>
<p><strong>Lorsque l’on prend connaissance des courriers écrits par les soldats au lendemain de la déclaration de guerre, on a l’impression que la mobilisation de 1914 s’est faite dans une certaine allégresse…<br />
</strong>Plus ou moins feinte. Il faut toujours se remettre dans le contexte de la conscription, d’une troisième République très militarisée, où la virilité, l’état d’esprit masculin étaient très forts. Les hommes qui pleuraient dans les chaumières, cela ne se faisait pas. Je dirais que l’allégresse qu’ils étalaient était en fait bien mesurée.</p>
<p><strong>Les troupes côte-d’oriennes font-elles partie des premières à se retrouver au cœur des combats ?<br />
</strong>Les troupes côte-d’oriennes, et bourguignonnes d’une manière générale, sont les premières à se retrouver au cœur des combats. Dès le 7 août 1914, une partie des troupes est entrée dans Mulhouse, et, entre le 15 et le 20 c’est la guerre totale sur le front alsacien. Ailleurs, il ne se passait encore pas grand chose.</p>
<p><strong>Et ça commence plutôt mal à Mulhouse, puisqu’un officier côte-d’orien est limogé après une retraite jugée prématurée !<br />
</strong>En effet, le 10 août le général Curé, commandant la 14e DI, ainsi que son supérieur, seront limogés par Joffre pour avoir sonné la retraite précipitamment de Mulhouse. Les Dragons de la 8e division de cavalerie, ceux d’Auxonne, Dijon et Belfort seront accusés de mollesse et d’imprévoyance.</p>
<p><strong>Les soldats côte-d’oriens ont toutefois de belles victoires à leur palmarès ?<br />
</strong>Ils enregistrent quelques succès mais les Allemands vont se ressaisir et reprendre le dessus jusqu’à la bataille de la Marne, avant que le front ne se stabilise. Les Côte-d’Oriens vont de toute façon participer à tous les combats de la Grande Guerre, Verdun, la Somme mais aussi aux côtés de l’armée d’Orient.</p>
<p><strong>Ce  que l’on sait moins c’est que lors de la bataille de la Marne, Dijon et plus particulièrement Châtillon-sur-Seine, avaient un rôle stratégique.<br />
</strong>Châtillon-sur-Seine est devenu le quartier général de Joffre après son repli de Bar-le-Duc. La victoire de la Marne était loin d’être assurée, Joffre prévoyait une retraite jusque vers la Loire, quitte à abandonner Paris. Dijon a eu une place très importante à ce moment-là. Du côté de Varois et Ruffey-lès-Echirey, on avait demandé à la population de commencer à creuser des tranchées pour défendre la place forte de Dijon le cas échéant.</p>
<p><strong>Les témoignages des Poilus sont très détaillés, à croire que le peu de répit dont ils disposaient, ils l’occupaient à écrire…<br />
</strong>Dans leur grande majorité les soldats savaient lire et écrire, l’enseignement et l’éducation étant très présents sous la troisième République. Pour la première fois dans l’histoire de la guerre, les soldats étaient capables journellement d’écrire à leurs familles, du moins quand ils en avaient le temps. Des courriers que l’armée acheminait gratuitement.</p>
<p><strong>Il y a des épisodes où des Côte-d’Oriens se sont illustrés, je pense notamment à la bataille du fort de Vaux…<br />
</strong>Plusieurs soldats du département étaient présents lors de cette bataille qui s’est déroulée en juin 1916, et notamment Léon Buffet un aspirant de 20 ans. Il s’est battu héroïquement plusieurs jours pour délivrer un message au commandant Raynal, le chef du fort. Aujourd’hui une rue porte son nom à Dijon.</p>
<p><strong>La guerre des tranchées à Verdun à partir de 1916 a, semble-t-il, été très meurtrière pour les Poilus côte-d’oriens ?<br />
</strong>Pas plus que les autres finalement. Rien qu’au mois d’août 1915, en l’espace de 15 jours 2 000 Côte-d’Oriens ont été tués. L’année 1917 sera l’année la moins meurtrière, puisque les opérations militaires étaient plus limitées.</p>
<p><strong>Beaucoup de Côte-d’Oriens se sont aussi battus hors du territoire, aux côtés de l’armée d’Orient.<br />
</strong>Deux régiments du département ont pris part à l’armée d’Orient : le 210e régiment d’infanterie d’Auxonne et le 227e de Dijon sont partis en Grèce, à Salonique, se battre pour aider les Serbes. Ils ont combattu un ennemi puissant composé d’Allemands, de Turcs, de Bulgares et d’Autrichiens.</p>
<p><strong>À partir de 1917, on note une recrudescence des mutineries éclatant au sein des régiments…<br />
</strong>Le régiment qui s’est « illustré » en matière de mutinerie est le 370e RI, un régiment de réserve d’Épinal, dans lequel on comptait un bon tiers de Bourguignons. 600 hommes ont refusé de monter au front, dont bon nombre de Côte-d’Oriens. Plusieurs ont été traduits en conseil de guerre, quelques-uns condamnés à mort, dont un Dijonnais. Il sera finalement gracié mais il s’est tout de même retrouvé aux travaux publics, l’équivalent du bagne dans le civil, en Afrique du Nord.</p>
<p><strong>À la fin de la guerre on fait les comptes : sait-on combien de Poilus côte-d’oriens  ont perdu la vie ?<br />
</strong>Au minimum 10 500, au maximum 11 000 d’après nos recherches. Cela corrobore des études qui ont été faites par des députés côte-d’oriens dans les années 1920. D’autres parlent de 13 900 morts en se basant sur les noms présents sur les monuments aux morts, ce qui est erroné puisque qu’il y a entre 20 et 30 % de noms en trop sur ces monuments. Certains soldats apparaissent en effet plusieurs fois sur différents monuments aux morts.</p>
<p><strong>On prend la mesure de l’ampleur du conflit quand on apprend qu’une seule commune du département (sur 707) n’a pas de victime à déplorer…<br />
</strong>En effet, Chaugey, une petite commune du canton de Recey-sur-Ource…</p>
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		<title>Le séjour côte-d’orien de l’Empereur</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Nov 2010 16:57:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Roald Billebault</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[222]]></category>

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		<description><![CDATA[Bonaparte fascine, subjugue ses semblables]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L’empereur des Français a séjourné à Auxonne entre 1788 et 1791, alors qu’il n’était encore qu’un petit officier très prometteur.  <br />
 </strong></p>

<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2010/11/03/le-sejour-cote-d%e2%80%99orien-de-l%e2%80%99empereur/bonaparte2/' title='bonaparte2'><img width="299" height="400" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2010/11/bonaparte2-299x400.jpg" class="attachment-medium" alt="bonaparte2" title="bonaparte2" /></a>
<a href='http://www.gazette-cotedor.fr/2010/11/03/le-sejour-cote-d%e2%80%99orien-de-l%e2%80%99empereur/bonaparte/' title='bonaparte'><img width="298" height="400" src="http://www.gazette-cotedor.fr/wp-content/uploads/2010/11/bonaparte-298x400.jpg" class="attachment-medium" alt="bonaparte" title="bonaparte" /></a>

<p>BONAPARTE A 19 ANS lorsqu’il arrive à Auxonne en juin 1788. La petite ville côte-d’orienne abrite, depuis fin décembre 1787, le régiment d’artillerie de la Fère. Le jeune Corse s’est déjà fait remarquer pour ses aptitudes de meneur d’hommes et de fin tacticien, lors de ses précédentes formations aux écoles militaires de Brienne et de Paris, d’où il sortira officier à l’issue de dix mois de cours, au lieu des vingt-quatre initialement requis. Sous le commandement du Baron du Teil, le genre de gars qui ne plaisante pas, Bonaparte suit à Auxonne une formation militaire des plus strictes et rigoureuses. L’apprentissage des manœuvres militaires est son pain quasi-quotidien. Il voue une passion à l’artillerie, à la balistique en général. Son temps libre, quand il en dispose, il l’occupe à la lecture, cloîtré dans une chambre sans âme : histoire, géographie, mathématiques… Le lieutenant Bonaparte dévore avec passion tout ce qui lui tombe entre les mains… Mably, Corneille, Racine, Montesquieu ou Rousseau. Il rédige même un projet de règlement de la Constitution de la calotte du régiment, société formée par les lieutenants pour juger les officiers qui manquent à l’honneur. Quand il délaisse la lecture, c’est pour profiter de la campagne alentour. On raconte que le garçon est capable de faire l’aller-retour entre Auxonne et Dôle, à pied, sans sourciller. On le voit flâner à Villers-Rotin au pied d’un tilleul bicentenaire, ou du côté de la forêt des Crochères. Il joue au loto, prend soin de son frère Louis, qui l’a rejoint en Côte-d’Or. Côté finances, l’officier ne roule pas sur l’or. Sa maigre pension sert en grande partie à subvenir aux besoins de sa famille, depuis le décès de son père à Montpellier en 1785. Physiquement, Bonaparte ne respire pas la fraîcheur et la bonne santé. Maigre et du genre livide. Une pâleur accentuée par des cheveux d’un noir profond, pas très bien mis en place. Son visage est grave, sérieux. Son accent corse lui vaut les railleries de ses camarades de formation. Et pourtant, Bonaparte fascine déjà, subjugue ses semblables. Lombard, son professeur de mathématiques, répète sans cesse que le garçon « ira très loin »… C’est peu de le dire. Il se lie d’amitié avec le lieutenant des Maizis, qu’il fréquentait déjà à l’école militaire de Paris. Bonaparte a ses entrées dans la vie mondaine d’Auxonne, y compris chez le Baron du Teil, le boss du régiment. Avant de rendre son dernier souffle à Sainte-Hélène en 1821, Napoléon couchera sur son testament les descendants du baron en leur octroyant la somme de 100 000 francs « comme souvenir de reconnaissance pour les soins que ce brave général a pris de nous ». <br />
 L’histoire raconte que lors de son séjour à la garnison, le futur empereur se serait épris de Manesca Pillet, une jeune fille du coin qu’il aurait aimé baguer… sans succès. Mais déjà la révolution agite le pays. À Paris, la Bastille est prise le 14 juillet 1789. La contagion s’étend. Bonaparte assiste aux premières insurrections provinciales, y compris celle des canonniers de son régiment. Le vent tourne, le pays va changer à tout jamais. Après la nuit du 4 août et la fin du système féodal, il écrit : « Cette année s’annonce favorable aux gens de bien, après tant de siècles d’oppression et d’esclavage ». Il quitte Auxonne le 14 juin 1791 pour rejoindre le 4e régiment d’artillerie à Valence. Sa destinée est en marche. En 1793 il va s’illustrer lors du siège de Toulon, événement fondateur dans sa conquête du pouvoir. Bonaparte n’oubliera jamais Auxonne et la formation qu’il y a reçue. Lorsqu’il devient Consul, l’un des premiers actes du gouvernement consulaire sera de maintenir à Auxonne l’Arsenal que le Directoire voulait transférer à Rennes.</p>
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